Une personne sur dix souffrirait de maladie auto-immune

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Une étude sur 22 millions de Britanniques suggère que 10 % de la population souffre de maladie auto-immune. L'alimentation et les facteurs environnementaux seraient les principaux responsables.

Longtemps mal comprises, les maladies auto-immunes font l'objet d'une recherche intense. Infections virales, pollution, dysbiose intestinale, déficit en vitamine D : les pistes se multiplient pour expliquer pourquoi le système immunitaire finit par attaquer l'organisme lui-même.

L'expert : Le Dr Jean-Marie Magnien, auteur de Réduire au silence 100 maladies avec le régime Seignalet

Qu'est-ce qu'une maladie auto-immune ? Définition

Considérée comme une maladie d'origine multifactorielle, la maladie auto-immune implique un dérèglement du système immunitaire. Celui-ci protège généralement des maladies et infections. Lorsqu'il détecte des agents pathogènes, il dirige des cellules spécifiques pour identifier et détruire les micro-organismes pathogènes. "Le système immunitaire sait normalement faire la différence entre les corps étrangers et vos cellules, indique le Dr Magnien. Mais dans les maladies auto-immunes, le système immunitaire attaque par erreur des parties de votre corps, telles que les articulations ou la thyroïde."

Quelles sont les maladies auto-immunes ? Liste des maladies auto-immunes

Les maladies auto-immunes les plus connues sont :

  • la polyarthrite rhumatoïde ;
  • la maladie de Crohn (maladie inflammatoire chronique de l'intestin) ;
  • certaines affections thyroïdiennes (maladie de Basedow et thyroïdite de Hashimoto) ;
  • la sclérose en plaques ;
  • la maladie cœliaque, qui résulte d'une réaction immunitaire au gluten, un ensemble de protéines présentes dans le blé, le seigle, l'orge et le triticale.
  • le lupus érythémateux systémique ;
  • le vitiligo ;
  • le syndrome de Sjögren, qui affecte les glandes salivaires et lacrymales.

Certaines maladies auto-immunes ne ciblent qu'un seul organe. Le diabète de type 1 endommage le pancréas. D'autres conditions, telles que le lupus, peuvent affecter tout le corps.

Quelle est la maladie auto-immune la plus fréquente ?

La maladie auto-immune la plus fréquente est la thyroïdite de Hashimoto.

En 2012, Une étude menée dans le sud de la Sardaigne auprès de 25 885 personnes suivies par 21 médecins généralistes a évalué la prévalence de 12 maladies auto-immunes dans la population générale (1). La plus fréquente était la thyroïdite auto-immune, suivie du psoriasis (et arthrite psoriasique), de la polyarthrite rhumatoïde et du diabète de type 1. Les résultats montrent également que les maladies auto-immunes ont tendance à s’associer entre elles : les personnes atteintes d’une première maladie auto-immune présentent un risque plus élevé d’en développer une seconde. L'existence d'une maladie auto-immune constitue ainsi un signal d'alerte pour la surveillance d'autres pathologies du même type.

La fréquence des maladies auto-immunes dans la population

Dans une étude sur 22 millions de personnes, publiée dans The Lancet, les chercheurs estiment qu'une personne sur dix souffre d'une maladie auto-immune, les femmes étant plus touchées que les hommes (2). Pour parvenir à ce constat, les chercheurs ont examiné des dossiers de santé électroniques anonymisés au Royaume-Uni afin d'identifier 19 des maladies auto-immunes les plus courantes. Ils sont arrivés à la conclusion qu'environ 10 % de la population britannique (13 % des femmes et 7 % des hommes) souffrait de l'un des 19 troubles auto-immuns identifiés. De précédentes estimations allaient de 3 à 9 %. "Il est difficile de spéculer sur la façon dont ces estimations s'appliquent à d'autres pays, précise le Dr Nathalie Conrad, auteur de l'article et chercheur à l'Université de Glasgow. Nous pensons qu'il est peu probable que de telles variations soient attribuables aux seules différences génétiques et suggérons que des facteurs de risque potentiellement modifiables peuvent être impliqués dans le développement de maladies auto-immunes."

Les maladies auto-immunes sont-elles en augmentation ?

Dans cette étude, les chercheurs ont découvert que les augmentations les plus importantes dans la fréquence des maladies auto-immunes concernent la maladie cœliaque, le syndrome de Sjögren et la maladie de Basedow

Pour le diabète de type 1, de 1990 à 2021, l'incidence et la prévalence mondiales ont augmenté de manière significative, respectivement de 32,04 % et 41,47 % (3).

Quelle différence entre incidence et prévalence ?
L'incidence fait référence au nombre de nouveaux cas d'une maladie dans une population sur une période donnée. La prévalence, quant à elle, représente le nombre total de cas (nouveaux et existants) au sein d'une population à un moment donné.

Si on regarde les données publiées par la base de données mondiale Global Burden of Disease, on observe également une augmentation de la fréquence de la polyarthrite rhumatoïde depuis 1990 (voir figure ci-dessous).

Qu'est-ce qui peut déclencher une maladie auto-immune ?

Parmi les facteurs de risque soupçonnés de jouer un rôle dans l'augmentation des maladies auto-immunes, figurent l'obésité, certains agents infectieux (virus notamment), la vitamine D, l'alimentation.

Le rôle des infections

Certains agents infectieux ont été associés au déclenchement de maladies auto-immunes. Le virus Epstein-Barr (EBV), responsable de la mononucléose infectieuse, est ainsi impliqué dans le risque de développer une sclérose en plaques : une étude publiée dans Science en 2022, portant sur plus de 10 millions de militaires américains, a montré que l'infection par l'EBV multiplie par 32 le risque de sclérose en plaques (4). L'infection au SARS-CoV-2 a également été associée à l'apparition ou à l'aggravation de plusieurs maladies auto-immunes, en particulier le lupus, la polyarthrite rhumatoïde et le diabète de type 1. Une étude récente a trouvé une augmentation du risque de développer une polyarthrite rhumatoïde de 45 % chez les personnes qui ont été infectées par le virus SARS-CoV-2 (5).

Les facteurs environnementaux

L'exposition à long terme à la pollution atmosphérique est associée à un risque plus élevé de développer des maladies auto-immunes (6), en particulier la polyarthrite rhumatoïde, d'après une étude de l'université de Verone (Italie), portant sur 81 363 sujets. L'exposition aux microparticules PM10 et PM2,5 était associée à un risque accru de polyarthrite rhumatoïde. "Chaque augmentation de 10 µg/m3 de la concentration de PM10 était associée à une augmentation de 7 % du risque de développer une maladie auto-immune", disent les auteurs. 

Le déficit en vitamine D

La vitamine D joue un rôle immunomodulateur bien documenté. Un déficit chronique en vitamine D est associé à un risque plus élevé de développer plusieurs maladies inflammatoires chroniques d'origine auto-immune (7). Une étude clinique randomisée publiée dans le New England Journal of Medicine en 2022 (étude VITAL) a montré qu'une supplémentation en vitamine D réduisait de 22 % le risque de développer une maladie auto-immune chez les personnes de plus de 50 ans (8).

Le stress et les facteurs psychosociaux

Le stress chronique est aujourd'hui reconnu comme un facteur déclenchant potentiel. D'après la société française de rhumatologie, dans 20 à 30 % des cas de maladies auto-immunes, on constate que la pathologie s’est déclenchée après un événement marquant et stressant, tel qu’un traumatisme physique ou psychique : deuil, séparation, accouchement, intervention chirurgicale, etc. 

Une étude publiée en 2018 portant sur un large échantillon de la population suédoise a montré qu'un stress important augmente le risque de développer une maladie auto-immune ultérieurement (9).

Lire : Les stress de la vie pourraient accélérer le vieillissement du système immunitaire

Le microbiote et la piste de la perméabilité intestinale

Le déséquilibre du microbiote intestinal (dysbiose) est aujourd'hui au cœur de nombreuses recherches sur les manifestations de la maladie auto-immune. Une étude publiée dans Nature communications en 2024 a mis en évidence des profils spécifiques de dysbiose associés à l'activité de la maladie de Crohn (10).

Dans les années 1980, le médecin universitaire français Jean Seignalet (1936-2003) a proposé que les maladies auto-immunes se déclarent sur un terrain génétique particulier (lié notamment aux types HLA), dans un contexte d’hyperperméabilité intestinale et en présence d’un déclencheur d’origine bactérienne, toxique ou alimentaire.

Lire : Maladies auto-immunes : quel rôle du microbiote et de la perméabilité intestinale dans l'inflammation ? (abonnés)

"Parmi les substances alimentaires citées par le Dr Seignalet figurent le gluten et les protéines laitières. Pour le Pr Seignalet, le cours de ces maladies peut donc être modifié par une diminution de la perméabilité intestinale et l'éviction des aliments déclencheurs", dit le Dr Magnien.

Dans les années 2010, l’équipe du Pr Alessio Fasano à Harvard a confirmé que la perméabilité intestinale est un facteur clé dans le déclenchement de réactions auto-immunes, et leur persistance. Ainsi, le Pr Fasano a montré en 2015 que l’exposition à la gliadine, une protéine immunologique du gluten, augmente la perméabilité intestinale chez tout le monde. "Cette hyper-perméabilité n’entraînera de phénomène d’auto-immunité que chez une partie de la population, déclare le Dr Magnien. Certes le gluten n’est pas la seule substance susceptible d’augmenter la perméabilité intestinale mais c’est la plus présente dans l’alimentation."

"Par ailleurs, indique le Dr Magnien, plusieurs études suggèrent que les allergènes alimentaires dans l'enfance, en particulier l'exposition précoce aux protéines de lait de vache, peuvent influencer le risque de maladies auto-immunes, telles que le diabète de type 1, la maladie cœliaque, les maladies inflammatoires de l'intestin, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques, les troubles neuropsychiatriques."

Lire : L'indice inflammatoire alimentaire, qu'est-ce que c'est ?

Le gluten, en augmentant la perméabilité intestinale augmente la possibilité de voir des protéines laitières ou des fragments de protéines se retrouver dans l’organisme et déclencher une réaction auto-immune. "Cela ne signifie pas, indique le Dr Magnien, que l'hypersensibilité à la caséine conduit chez tous à la sclérose en plaques ou à une maladie auto-immune. Mais cela signifie qu’il est prudent de les éliminer, au moins pendant quelque temps, si l’on souffre d’inflammation chronique ou de maladie auto-immune."

On dispose aujourd’hui de plusieurs études d’intervention corroborant les rétablissements répertoriés par Jean Seignalet après le suivi de son régime, et les témoignages positifs des lecteurs du Dr Jean-Marie Magnien après la mise en application des protocoles décrits dans son livre.

Un avis médical reste souhaitable si vous souffrez de maladie auto-immune et souhaitez opter pour des changements alimentaires.

Pour aller plus loin : Réduire au silence 100 maladies avec le régime Seignalet

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