Oméga-3 et inflammation

Par Lanutrition.fr Publié le 15/03/2006 Mis à jour le 10/03/2017
Quel est l'impact de l'inflammation sur notre santé ?

Des composés aussi puissants que des hormones

Pendant longtemps, on a cru que les acides gras servaient exclusivement à nous apporter de l’énergie. Mais au cours des 30 dernières années, les scientifiques ont montré que les graisses donnent naissance à des dérivés appelés eicosanoïdes qui permettent à nos cellules de communiquer entre elles. En 1982, le Suédois Bengt Samuelsson a reçu le prix Nobel de médecine pour avoir découvert et élucidé les modes d’action des eicosanoïdes dans l’inflammation et le cancer.

Les eicosanoïdes ont des effets qui s’apparentent à ceux des hormones. Ils agissent d’ailleurs en accord avec elles, à la manière d’un orchestre. Les eicosanoïdes participent entre autres à la régulation de :

- la pression artérielle

- la coagulation sanguine

- la fonction cardiaque

- la contraction des bronches

- la protection des muqueuses digestives

Surtout, les eicosanoïdes modulent l’ensemble des phénomènes inflammatoires et immunitaires dans l’organisme. Mais tous les eicosanoïdes ne se ressemblent pas. Les graisses de la famille oméga-6 libèrent entre autres une famille d’eicosanoïdes pro-inflammatoires. A titre d’exemple, on sait aujourd’hui que l’aspirine soulage les inflammations précisément parce qu’elle empêche ces eicosanoïdes issus des oméga-6 de se former. Les eicosanoïdes oméga-6 favorisent aussi la coagulation, la vasocontriction et la prolifération cellulaire. A l ‘inverse, les eicosanoïdes oméga-3 sont bien moins puissants, donc très peu inflammatoires et plutôt vasodilatateurs. Mais s’il y a trop des premiers et pas assez des seconds, non seulement tous les processus inflammatoires sont encouragés, la tension artérielle peut s’élever et le système immunitaire s’emballer. Cela ne veut pas dire que les oméga-6 sont « mauvais ». Grâce à eux, une hémorragie peut être enrayée. Un excès d’oméga-3 pourrait d’ailleurs favoriser les saignements, comme en témoigne la fréquence élevée d’accidents vasculaires cérébraux chez les Esquimaux. Autre exemple : les oméga-6 permettent aussi la synthèse d'une prostaglandine qui prévient les glaucomes. Mais notre alimentation, qui apporte trop d’oméga-6 et pas assez d’oméga-3, entraîne une surproduction d’eicosanoïdes inflammatoires, vasoconstricteurs, coagulants. Or, les inflammations, pour ne citer qu’elles, sont à l’origine d’un nombre considérable de maladies chroniques. On peut donc affirmer que le déséquilibre oméga-6/oméga-3 nuit à la santé et qu’il doit être contrecarré par des mesures diététiques appropriées.

 

Pourquoi les inflammations minent votre santé

 

Ce dossier s’intéresse surtout aux effets anti-inflammatoires des oméga-3. Les inflammations chroniques sont souvent dues à un excès de zèle du système immunitaire, qui active des globules blancs en trop grande quantité. Ce recrutement se fait par l’intermédiaire du leucotriène B4 (LTB4), issu de la transformation des acides gras oméga-6. Lorsque vous consommez suffisamment d’oméga-3, ceux-ci sont convertis en une autre substance, le leucotriène B5 (LTB5), qui est trente fois moins puissant pour attirer les globules blancs.
Les oméga-3 bloquent l’inflammation d’une autre manière : en ordonnant aux gènes de produire moins de cytokines pro-inflammatoires comme les interleukines 1 et 6.
Pourquoi les inflammations sont-elles indésirables ? Tout simplement parce qu’on sait aujourd’hui qu’il existe une composante inflammatoire dans la quasi-totalité des maladies chroniques. La découverte la plus surprenante concerne l’obésité. Les personnes en surpoids présentent des valeurs élevées d’interleukine 6 (IL-6) et de protéine C-réactive, deux marqueurs de l’inflammation. Ce qui fait dire dans une étude scientifique récente au Dr Jose-Manuel Fernandez-Real (Hôpital de Gérone, Espagne) que « l’obésité apparaît de plus en plus comme une maladie inflammatoire d’origine alimentaire. » (1)
La résistance à l’insuline, qui conduit au diabète et qui est fréquemment associée à l’obésité, est, elle aussi, de plus en plus considérée comme une maladie inflammatoire. (2) La résistance à l’insuline s’accompagne d’un niveau élevé d’IL-6. Cette cytokine pro-inflammatoire a des effets désastreux sur la masse grasse parce qu’elle empêche les cellules de brûler leurs réserves. Elle entraîne aussi une augmentation des triglycérides (graisses du sang) et d’une famille de graisses (les VLDL) impliquées dans l’évolution vers le diabète. (3) D’ailleurs, des taux élevés d’IL-6 et de protéine C-réactive prédisent le développement du diabète de type 2, (4) et la mortalité chez la personne âgée. (5)

 

Infarctus et cancer aussi

 

L’inflammation est également une caractéristique des infarctus et des angines de poitrine. Elle peut avoir pour origine plusieurs causes, comme le cholestérol oxydé ou la présence d’homocystéine, un sous-produit toxique des protéines (qui s’accumule dans les vaisseaux lorsqu’on manque de vitamines B6, B9, B12, de choline et de bétaïne). Mais il semble que chez les victimes d’un infarctus, il y ait une réaction inflammatoire démesurée et diffuse qui joue un rôle central dans la maladie en activant des cellules inflammatoires comme les neutrophiles, les monocytes et les macrophages.
L’inflammation chronique est de surcroît considérée par les chercheurs comme un facteur qui peut conduire au cancer. En général, plus l’inflammation se prolonge, plus le risque de cancer s’élève. Ces inflammations peuvent être déclenchées par des virus, des bactéries, des parasites, des agents chimiques irritants, des particules indigestes. Ils provoquent la libération de médiateurs inflammatoires comme les cytokines, les radicaux libres et les eicosanoïdes de la famille oméga-6. (6)
Côté cerveau, plusieurs études ont trouvé que les personnes qui souffrent de dépression ont des niveaux élevés de cytokines pro-inflammatoires comme l’IL-6. (7) Enfin, les seniors en bonne santé dont les taux d’IL-6 augmentent le plus sont aussi ceux dont la mémoire baisse le plus, comme l’a confirmé une étude publiée en 2003 dans le journal médical Neurology. (8) D’ailleurs, pour de très nombreux chercheurs, la maladie d’Alzheimer serait d’origine inflammatoire. (9)

 

Bibliographie

1. Fernandez-Real JM : Insulin resistance, inflammation, and serum fatty acid composition. Diabetes Care. 2003, 26(5):1362-1368.

2. Fernandez-Real JM : Insulin resistance and inflammation in an evolutionary perspective: the contribution of cytokine genotype/phenotype to thriftiness. Diabetologia, 1999, 42:1367-1374.

3. Papanicolau DA : The pathophysiologic roles of interleukin-6 in human disease. Ann Intern Med 1998, 128:127-137.

4. Pradhan AD : C-reactive protein, inter-leukin 6, and risk of developing type 2 diabetes mellitus. JAMA 2001, 286:327-334.

5. Yudkin JS : Inflammation, obesity, stress and coronary heart disease. Is interleukin-6 the link? Atherosclerosis 2000, 148:209- 214.

6. Shacter E : chronic inflammation and cancer. Oncology 2002, 16(2) : 217-226.

7. Miller GE Cynical hostility, depressive symptoms, and the expression of inflammatory risk markers for coronary heart disease. J Behav Med. 2003, 26(6):501-515.

8. Yaffe K : Inflammatory markers and cognition in well-functioning African-American and white elders. Neurology. 2003, 8;61(1):76-80.

9. Sala G : Peripheral cytokine release in Alzheimer patients: correlation with disease severity. Neurobiol Aging. 2003, 24(7):909-914.

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