Déculpabilisation facile, mode d’emploi

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 08/11/2010 Mis à jour le 06/02/2017

Le livre « L’alimentation de vos enfants, enquête sur la marketing et les idées reçues » de Fabiola Flex et du Dr Patrick Tounian prétend vouloir « déculpabiliser les parents ».Le message est globalement le même à tous les rayons alimentaires : donnez à vos enfants à manger ce que vous voulez, c’est sans importance.Si seulement c’était si simple, la majorité des problèmes de santé seraient réglés en un coup de cuillère à pot…

 

Le sacro-saint « petit-déjeuner équilibré »

 

Ce que disent les auteurs

Globalement, qu’à moins que votre enfant n’ait faim au réveil le petit déjeuner n’est pas un repas indispensable. Et s’il a faim, qu’il déjeune ce qu’il voudra c’est sans importance. Après tous la petite Pushpa du haut de ses quatre ans avale tous les matins un pain au chocolat sur le chemin de l’école et elle affiche 15 petits kilos pour son mètre zéro cinq. « Qu’il s’agisse d’une brioche, d’un pain au chocolat, d’un sachet de biscuits, de tartines de confiture, de beurre ou de pâte à tartiner, de céréales pour petit déjeuner plus ou moins grasses et plus ou moins sucrées…quelle importance ».

L’avis de LaNutrition.fr

Le petit déjeuner vient après une période de jeûne de 8 à 10 heures. Son apport nutritionnel doit permettre de compenser une partie des dépenses de la matinée. Il permet chez la plupart des enfants d’éviter les sensations de fatigue intellectuelle ou musculaire et surtout, s’il est équilibré, l’hypoglycémie et le grignotage de 10 heures. Le petit déjeuner pourrait être conçu pour apporter 20 à 25% de l’énergie totale de la journée, même s’il existe de grandes variabilités selon les enfants. Certains pourront s’accommoder sans risque d’un petit déjeuner réduit à son minimum, mais de nombreuses études montrent que les enfants qui prennent un petit-déjeuner ont moins de risques de devenir obèse que ceux qui ne mangent pas le matin.

LaNutrition.fr conseille de consommer régulièrement :

-       Pour le pain : un pain complet aux céréales et au levain pour son index glycémique modéré.

-       Pour les matières grasses : beurre ou margarine.

-       Pour les céréales : flocons d’avoine ou muesli.

-       Pour les protéines : soja, jambon, œuf, yaourt ou fromage.

-       Des fruits frais, secs et oléagineux.

-       Un carré de chocolat.

-       Une boisson : thé, chocolat, jus de fruits frais ou pressé

LaNutrition.fr déconseille de consommer régulièrement (une consommation occasionnelle ne pose pas de problème) :

-       La plupart des pains blancs, pains briochés et pains de mie (index glycémiques élevés).

-       Des viennoiseries.

-       Des céréales de type corn flakes, blé ou riz soufflés, etc…

-       Des petits déjeuners essentiellement glucidiques, sans protéines.

Pour en savoir plus, consultez notre dossier consacré au petit déjeuner

Marie Francoise Rolland-Cachera, Anthropometric and Behavioral Patterns Associated with Weight Maintenance after an Obesity Treatment in Adolescents, The Journal of Pediatrics Volume 152, Issue 5, May 2008, Pages 678-684

Breakfast Eating and Weight Change in a 5-Year Prospective Analysis of Adolescents: Project EAT,” March edition of Pediatrics, American Academy of Pediatrics.

Sucre et obésité

Ce que disent les auteurs

A ce chapitre, ce sont les bénéfices de produits non raffinés qui sont remis en question. Et c’est encore Solange, notre mère de famille nutritionnellement trop « correcte » qui en prend pour son grade. Pourquoi ? Parce que la maman de Ethan et Nathaël privilégie les produits complets à leurs homologues raffinés. Parce que dans son placard le pain complet, le riz complet et les pâtes complètes remplacent la baguette, le riz blanc et les pâtes classiques.  Une précaution bien superflue selon les auteurs. Leurs arguments ? D’une part les gains nutritionnels réalisés en termes de quantité de vitamines et de minéraux sont dérisoires d’autre part les enfants ne mangeront pas moins parce qu’ils mangent des produits non raffinés.

La cerise sur le gâteau arrive au rayon des boissons : dans le match jus d’orange contre Coca les auteurs déclarent une égalité parfaite. Motif : « que les enfants avalent du lait, du jus d’orange, du coca ou de l’eau pétillante, l’impact sur les calories avalées au cours des repas suivants est identique. »

L’avis de LaNutrition.fr

Les auteurs passent par pertes et profit la notion d’index glycémique (IG) des aliments. Certes, ils abordent cette notion mais c’est pour conclure qu’ « aucun travail scientifique sérieux n’est parvenu à démonter l’efficacité prolongée des aliments à faible index glycémique dans le traitement de l’obésité ». Une affirmation bien cavalière…

De très nombreuses études montrent en effet que les repas dont l’IG est bas diminuent l’appétit et la consommation globale de calories, et qu’ils font également maigrir les personnes en surpoids. Une récente étude américaine confirme en effet l'avantage d’une alimentation à IG bas, non seulement pour maigrir durablement, mais aussi pour réduire les facteurs de risque cardiovasculaire. L'étude montre pour la première fois que si ce régime est efficace chez tous, il est particulièrement adapté aux personnes en surpoids qui sécrètent beaucoup d'insuline. L'insuline est une hormone du pancréas, fabriquée en réponse à une montée du sucre sanguin. Elle sert de messager pour indiquer aux cellules de capter ce sucre.

Cara Ebbeling et son équipe de l'Hôpital pour enfants de Boston, Massachusetts ont assigné pendant 6 mois 73 personnes obèses âgées de 18 à 35 ans à l'un ou l'autre de ces régimes : un régime pauvre en graisses (55% de glucides et 20% de graisses) ou un régime à IG bas (40% de glucides dont une majorité à IG bas, 35% de graisses).

Les volontaires ont suivi scrupuleusement leur régime pendant 6 mois, puis ils ont été suivis pendant 12 mois supplémentaires. Résultat : les volontaires dont l’insuline était élevée n’ont perdu que 1,2 kilos avec le régime pauvre en graisses, mais 5,8 kilos avec le régime à IG bas. Leurs graisses corporelles ont baisse de 0,9% dans le premier cas, et de 2,6% dans le second.

Pour en savoir plus, consultez notre dossier consacré à l’index glycémique

Ebbeling CB, Leidig MM, Feldman HA, Lovesky MM, Ludwig DS. Effects of a low-glycemic load vs low-fat diet in obese young adults: a randomized trial. JAMA. 2007 May 16;297(19):2092-102.

 

« Cinq fruits et légumes par jour », ni plus, ni moins…

 

Ce que disent les auteurs

Cette fois-ci c’est Maria, maman de la petite Léa, qui est tournée en ridicule. Motif : Maria essaye de faire manger un maximum de fruits et légumes à sa fille, convaincue que c’est bon pour sa santé. Bonne idée ? Pas forcément si l’on en croit les auteurs. Motif ? « Léa n’a aucun problème de poids… Pourquoi alors sa mère devrait-elle utiliser à tout prix une bonne dose de légumes pour réduire la densité calorique de ses repas ? Pour donner l’exemple ? Parce qu’il est de bon ton d’être au régime en cette époque de croissance élevée des bourrelets ? Parce qu’il faut absolument développer le secteur agricole français ? Pas très convaincants, comme arguments. Dangereux même. Car il y a bien un risque à imposer à tout prix 400 grammes de fruits et légumes quotidiens aux enfants qui n’en veulent pas : celui de les en dégoûter à jamais ». Pour un peu, la maman de Léa passerait pour une tortionnaire… Et pourtant c’est encore elle qui a raison !

L’avis de LaNutrition.fr

Depuis quand « manger des fruits et légumes » est-il synonyme d être au régime ? Le principal avantage des fruits et légumes ne réside pas seulement dans la possibilité d’ingérer moins de calories. Encore une fois s’agissant des calories les auteurs confondent trop facilement quantité et qualité. Parce que les fruits et légumes sont avant tout pourvoyeurs d’une variété incroyable de substances bénéfiques pour l’organisme : minéraux, vitamines, fibres solubles et insolubles, polyphénols et antioxydants en tout genre.

LaNutrition.fr va même plus loin que les « 5 fruits et légumes par jour » et fait de cette catégorie d’aliment la base de sa pyramide alimentaire.

D’ailleurs les atouts santé de la consommation de fruits et légumes ont largement fait leurs preuves. Par exemple le régime méditerranéen, l’alimentation préhistorique ou encore le régime IG, qui ont tous trois démontré leur efficacité non seulement contre le surpoids mais aussi contre de nombreuses maladies chroniques comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires.

 

Que vaut le « fait maison » ?

 

Ce que disent les auteurs

Cette fois ci c’est un papa qui fait du zèle : Eric, qui s’occupe des courses pour le foyer, essaye d’éviter au maximum les plats industriels tout préparés au profit du fait maison. Sa femme Noémie pousse même le vice jusqu’à confectionner elle-même le pain quotidien qu’elle donne à ses filles. C’est louable, reconnaissent les auteurs, mais selon eux c’est loin d’être indispensable. Motif : les produits fait maison sont souvent plus gras que leurs homologues industriels… « Bonne nouvelle pour Eric : même si les soirs de fatigue il se laissait tenter par des cordons-bleus, des lasagnes ou des hachis surgelés, la quantité de lipides ingérée par ses filles n’augmenterait donc pas. »

Et s’agissant des additifs en tout genre qui rendent illisible la recette du moindre plat cuisiné industriel, les auteurs reconnaissent là un avantage certain au fait maison. Mais concluent tout de même : « Est-ce vraiment aider les parents que de les angoisser avec des histoires d’E dangereux, de matières grasses et de sucres suspects, de taux de sel trop élevés ? Comme s’ils n’en avaient pas assez déjà, avec les soucis des enfants, du conjoint, des impôts, du patron, des voisins et du chien. Non, ils n’ont pas mérité ça ».

L’avis de LaNutrition.fr

Une fois de plus, les auteurs confondent quantité et qualité. Il est fort possible que les lasagnes de votre grand-mère affichent autant sinon plus de calories que ceux de chez Marie au rayon surgelés. Mais dans ceux de votre grand-mère au moins vous savez ce qu’il y a : de la viande, des tomates, du beurre, de l’huile d’olive et peut-être même un ingrédient secret qu’elle ne vous divulguera jamais, même sous la torture. Mais stabilisateurs, exhausteurs de gout, graisses végétales partiellement ou totalement hydrogénées, amidon modifié, sucre inverti, ne font assurément pas partie de la recette de mamie. A choisir on préférera une alimentation qui les évite.

C’est d’ailleurs l’un des principaux critères de choix conseillé par LaNutrition.fr dans ses livres Le bon choix au supermarché édition 2016-2017 (lire un extrait ICI >>) et Le bon choix pour vos enfants (LIRE UN EXTRAIT ICI >>) : opter pour les aliments dont la liste d’ingrédients est la plus courte.

Lire notre dossier consacré au bon choix au supermarché.

Au nom du bio

 

Ce que disent les auteurs

 

Globalement, que l’avantage des produits bio sur les produits issus de l’agriculture conventionnelle est négligeable. La preuve ? « En France aujourd’hui on meurt de plus en plus vieux bien que les produits issus de l’agriculture biologique ne représentent qu’une part infime de notre consommation ». Autre argument avancé : les limites fixées par les autorités sanitaires pour la quantité de résidus de pesticides tolérées sont tellement prudentes que « même des être humains à moitié lapins ne pourraient pas s’intoxiquer avec les doses détectées ». Exemple : « Pour qu’un enfant de 40 kilos risque un pépin avec les pommes où on trouve du carbendazime il faudrait qu’il en avale en une journée… près de trois kilos de fruits de l’échantillon le plus contaminé ».

L’avis de LaNutrition.fr

De plus en plus d’études montrent que l’exposition aux pesticides, y compris « à bas bruit » peut avoir des conséquences sur la santé, et ce, même sur plusieurs générations.

Par ailleurs certaines études ont également mis en évidence que certains fruits et légumes issus de l’agriculture biologiques (mais pas tous), sont plus riches en antioxydants que leurs homologues issus de l’agriculture traditionnelle.

Certes, le bio est plus cher. Mais au-delà de la santé, c’est aussi un mode de production beaucoup plus respectueux de l’environnement. Et ça aussi c’est à prendre en compte pour la santé de nos enfants…

Consultez notre dossier sur le bio.

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