Deux tiers des auteurs d'essais cliniques sur les médicaments sont payés par les fabricants

Par Juliette Pouyat Publié le 19/05/2017 Mis à jour le 20/05/2017
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Les études qui reposent sur ces liens financiers donnent plus souvent de résultats favorables aux médicaments que les études indépendantes.

Les essais cliniques constituent la méthode la plus fiable pour évaluer la sécurité et l’efficacité des médicaments. Ils doivent être menés en toute objectivité car les résultats obtenus ont des conséquences sur la pratique clinique, la santé et la sécurité des patients. Malheureusement, l’implication de l’industrie pharmaceutique dans certaines études tend à influencer les résultats des essais cliniques. Par exemple, dans une enquête menée en 2002 auprès de 3247 chercheurs du National Institutes of Health, 15,5% admettaient modifier la conception, la méthode ou les résultats de leur étude sous la pression d’une source de financement.

Il est prouvé que les études financées par l’industrie sont plus susceptibles d’obtenir des résultats positifs que celles qui ne le sont pas. Il faut cependant différencier le financement d’une étude attribué à un établissement du financement individuel d’un chercheur qui représente un gain financier personnel.

Dans cette nouvelle étude, c’est l’impact du lien financier des chercheurs/auteurs principaux d'un essai clinique sur les résultats qui a été évalué. Les auteurs de l’étude ont analysé les essais cliniques publiés au cours de l’année 2013 et qui évaluaient l’efficacité des médicaments. Ils ont recueilli 190 articles soit 195 études regroupant 397 auteurs principaux.

Des résultats plus favorables aux industriels

Parmi les 397 auteurs, 231, soit deux tiers environ, avaient des liens financiers (auto-déclarés ou non) avec l’industrie pharmaceutique sous différentes formes : honoraires pour consulting ou conférences, détention d’actions, paiement de frais de voyages, relation avec des employés, possession de brevet….

Les résultats montrent qu’il existe un lien financier dans 76% des études positives (démontrant l’efficacité du médicament) et seulement dans 49% des études négatives.  L’existence d’un lien financier entre les auteurs principaux et l’industrie pharmaceutique augmente donc «les chances» que la conclusion de l’étude soit favorable au médicament évalué.

« Si le fait que l’industrie fasse appel à des chercheurs qui ont une expertise dans leur domaine n’est pas surprenant, cela n’explique pas pourquoi la présence de liens financiers est associée à des résultats favorables aux médicaments » expliquent les auteurs de l’étude. Une des explications est qu’il existe un biais de publication, c’est-à-dire que les résultats moins favorables ne sont jamais publiés. C’est pour cela, que les essais cliniques financés ou non- doivent être pré-enregistrés dans une base de données. « Malgré cela, le taux de publication des résultats reste faible ». On estime en effet qu'un tiers des études ne font jamais l'objet d'une publication.

Par ailleurs, il est également possible que les liens financiers influencent la conception de l’étude et l’analyse des résultats. « Et, dans ce cas, la transparence seule n’est pas suffisante pour que le lien financier n’ait pas d’impact sur les conclusions de l’étude ».

Quelles solutions adopter ?

L’idéal serait qu’aucun chercheur ayant des liens avec l’industrie pharmaceutique ne puisse s’engager dans l’évaluation de l’efficacité d’un médicament. « Cela semble difficilement réalisable compte tenu de l’étendue des relations qui existent entre l’industrie pharmaceutique et les chercheurs universitaires ».

D’autres solutions peuvent être considérées : les biais liés à l'approche analytique peuvent être évités en ayant recours à une analyse statistique indépendante des résultats des essais cliniques majeurs. Cette méthode utilisée par le passé a été abandonnée au profit d’une politique de transparence et de divulgation des liens financiers (pas toujours appliquée d’ailleurs). La publication de l’ensemble des données brutes pourrait également réduire le biais analytique. Mais l'industrie pharmaceutique s'y oppose.

 

 

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