Insuffisance rénale : les aliments acidifiants en cause

Par Juliette Pouyat Publié le 29/09/2014 Mis à jour le 17/01/2018
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Le régime occidental, acidifiant, pourrait augmenter le risque d’insuffisance rénale chronique et influencer sa progression. A l'inverse, un régime alcalinisant, riche en potassium, serait protecteur.

Pourquoi c'est important

L’équilibre acide-base de notre organisme est essentiel à la santé. Pour fonctionner correctement, notre organisme doit se situer dans une zone de pH légèrement alcalin : le pH sanguin est d'environ 7,40, oscillant entre 7,35 et 7,45. L'alimentation exerce une influence sur cet équilibre acide-base. Il existe en effet des aliments acidifiants – généralement riches en protéines animales comme la viande, le fromage, mais aussi les aliments salés – et des aliments basifiants (fruits et légumes). Lorsque la charge acide alimentaire induite par les aliments acidifiants n’est pas suffisamment compensée par les aliments basifiants, il peut s’installer une acidose métabolique de bas grade pouvant aboutir à des problèmes de santé ; la définition de cette acidose métabolique est un pH sanguin "normal" mais légèrement et durablement abaissé (autour de 7,35), ainsi que des taux de bicarbonates sériques "normaux" mais eux aussi légèrement abaissés.

Lire : Régime acidifiant et acidose métabolique (abonnés)

Un régime acidifiant pourrait impacter la santé rénale car les reins doivent s’adapter à une excrétion d’acide plus importante afin de maintenir l’équilibre acide-base. Des études récentes ont montré que le régime de type occidental pourrait être un facteur de risque d'insuffisance rénale et d'insuffisance rénale chronique, alors qu’un régime alcalinisant peut freiner la détérioration de la fonction rénale chez des patients atteints d’insuffisance rénale chronique avec acidose métabolique.

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Ce que les chercheurs ont trouvé

Dans une étude, les chercheurs ont recueilli des données concernant 12 293 participants de la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) 1999–2004, âgés de plus de 20 ans. Ils ont notamment évalué l’acidité issue de l’alimentation par l’estimation de l’excrétion nette d’acide (Net acid excretion NAEes), calculée à partir de l’indice PRAL et exprimée en mEq/jour.

L’indice Pral (Potential Renal Acid Load) – charge rénale acide potentielle - permet d’évaluer l’acidité de l’urine  (et donc de l’organisme) en fonction des aliments que l’on mange. Il se mesure en milliéquivalent (mEq) à partir de la quantité de minéraux acides et de minéraux basiques apportés par notre alimentation. Lorsque l’indice Pral est supérieur à zéro, l’alimentation est acidifiante. Si l’indice Pral est négatif, l’alimentation est basifiante.

Des échantillons d’urine ont été recueillis afin de déterminer les différents stades de l’insuffisance rénale chronique : l’albuminurie (taux d'albumine dans les urines) a été mesurée pour évaluer les éventuels dommages aux reins car elle montre un défaut de filtration du rein. Le débit de filtration glomérulaire (GFR), qui est le volume filtré par les reins par unité de temps a églement permis d’évaluer la fonction rénale.

Les résultats montrent que la charge acide de l’alimentation est associée à l’albuminurie : les personnes ayant une excrétion nette d'acide (NAE) plus importante ont également une albuminurie plus élevée. De la même façon, les 20% de participants ayant l’excrétion nette d’acide la plus élevée ont 40% de risque en plus d’avoir une dysfonction rénale (estimée par le GFR) que les 20% de participants ayant l’excrétion nette d’acide la plus basse.

Dans une autre étude transversale sur des Coréens âgés, un régime apportant une charge acide nette plus élevée était associé à l'insuffisance rénale chronique, alors qu’un apport élevé de potassium apparaissait protéger de l’insuffisance rénale. Ce n’est pas la première fois que le potassium est associé à une protection de la fonction rénale : c’était le cas dans les études NHANES et PREVEND. Non seulement le potassium est un facteur majeur de l’équilibre acide-base, mais un bon statut en potassium prévient l’hypertension, qui est un facteur de risque pour les maladies rénales.

En pratique

Il s'agit d'études d'observation décrivant une association, ne permettant donc pas de tirer une conclusion de cause à effet. Cependant, un régime peu salé et centré sur les végétaux, donc alcalinisant, peut être conseillé car il ne présente pas de risques pour la santé et pourrait au contraire prévenir de nombreuses maladies chroniques. Un tel régime n’exclut pas forcément les protéines animales : on peut continuer d’en consommer, en s’assurant que les végétaux restent majoritaires et qu'on avale peu de sel. Dans l'étude prospective de santé de Singapour, la consommation de viande rouge était associée à un risque plus élevé d’insuffisance rénale terminale, alors que soja et légumineuses, qui apportent des protéines végétales semblaient protéger. Ce qui laisse penser que par rapport à la viande, les protéines provenant de sources végétales peuvent avoir des effets différents sur la fonction rénale. Pour vous aider, LaNutrition a rassemblé l'indice PRAL de plus de 800 aliments dans le Guide de l'équilibre acide-base, de la diététicenne-nutritionniste Florence Piquet.

Lire : apprenez à composer un menu alcalinisant presque idéal

Sources

Banerjee T. Dietary acid load and chronic kidney disease among adults in the United States. BMC Nephrol. 2014 Aug 24;15(1):137. doi: 10.1186/1471-2369-15-137.

Ko BJ, Chang Y, Ryu S, Kim EM, Lee MY, Hyun YY, Lee KB. Dietary acid load and chronic kidney disease in elderly adults: Protein and potassium intake. PLoS One. 2017 Sep 27;12(9):e0185069.

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