Une nouvelle étude britannique montre que la consommation d'aliments peu transformés aide à perdre du poids.
Commercialisé sous les noms Ozempic et Wegovy, le sémaglutide promet une perte de poids sans effort. Ce médicament suscite un espoir inédit : voir enfin reculer l'épidémie mondiale d'obésité. Dans son ouvrage Pilule miracle, Johann Hari nous éclaire sur cette révolution pharmaceutique et ses implications.
Dans son livre Pilule miracle, le journaliste britannique Johann Hari raconte son parcours personnel avec l’Ozempic, de sa décision à recourir au traitement jusqu'à sa transformation physique. Mais son ouvrage va bien au-delà du simple récit personnel. À travers une enquête approfondie auprès de scientifiques et de patients, il dissèque ce phénomène récent et complexe, offrant une perspective à la fois complète et nuancée.
Nouveaux médicaments contre l’obésité : que sont les agonistes du GLP-1 ?
Ozempic, Wegovy, Mounjaro, sont tous des molécules agonistes du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), une molécule que le corps produit après un repas. Ozempic et Wegovy contiennent du sémaglutide, un antidiabétique servant à contrôler la glycémie. Ces médicaments permettent au corps de digérer les aliments plus lentement, d’arriver plus vite à satiété et donc de manger moins. Le Mounjaro contient du tirzépatide. Tous ces médicaments se présentent sous la forme de stylo injectable.
L’Ozempic doit certainement son succès à sa grande efficacité. Dans une étude sur plus de 1 200 patients diabétiques, le sémaglutide a permis une perte de poids de 4,6 kg au bout de 30 semaines en moyenne (1). Johann Hari l’a expérimenté. Il décrit ses premières sensations après deux jours sous Ozempic. Le matin, il se réveille et raconte : « J’ai ouvert les yeux et j’ai immédiatement senti que quelque chose n’allait pas. » Que se passe-t-il ? « Je me sentais très légèrement nauséeux, mais rien de grave. Si j’avais ressenti cela n’importe quel autre jour, cela ne m’aurait pas freiné dans mes activités. Ce n’était donc pas ça. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre d’où venait cette sensation. Je me réveille toujours avec une faim de loup, mais ce matin-là, aucune sensation de fringale. Mon appétit avait complètement disparu. » Et ces sensations continuent dans les jours qui suivent : « À la fin de cette première semaine, j’avais l’impression que les portes de mon estomac s’étaient refermées, laissant passer uniquement un minuscule interstice de lumière. »
Comme il mange moins (mais pas forcément mieux dans un premier temps…), les résultats se traduisent rapidement sur la balance : il perd une dizaine de kilos les six premiers mois. C’est un vrai changement de vie pour lui qui a longtemps été en surpoids et était même obèse au moment où il a commencé à prendre le médicament.
« Ce fut la perte de poids la plus rapide et la plus spectaculaire de ma vie, dit-il. Je me suis senti plus léger, j’étais plus vite sur pied, ce qui a renforcé ma confiance en moi au point que j’ai commencé à frimer un peu. » Mais il s’interroge aussi sur les effets secondaires qu’il a pu ressentir et surtout que d’autres personnes ont éprouvés de manière bien plus grave.

Nausées, étourdissements, sont des effets rapportés par de nombreux utilisateurs, poussant même certains à abandonner le traitement. « Mes nausées, plutôt légères au début, surgissaient subitement et me donnaient l’impression d’être à bord d’un chalutier en pleine tempête », témoigne Johann Hari.
D’autres conséquences sont préoccupantes, en particulier la hausse du risque de cancer de la thyroïde, mise en évidence par un chercheur français, Jean-Luc Faillie, professeur de pharmacologie médicale au CHU de Montpellier (2). Des pancréatites ont également été signalées parmi les utilisateurs.
Le cerveau est lui aussi une cible des médicaments agonistes de GLP-1 et des troubles de l’humeur, des dépressions voire des pensées suicidaires, sont possibles. Johann Hari a lui aussi constaté des changements dans son moral, six mois après avoir commencé l’Ozempic : « Je me sentais plus en forme, plus séduisant et plus confiant. Mais je ressentais également autre chose : mon humeur était étrangement assombrie. Je ne me sentais pas aussi enthousiaste que d’habitude à l’idée de commencer ma journée. Je me sentais un peu apathique. Sans tomber dans un état dépressif, je me sentais souvent maussade. »
Mon humeur était étrangement assombrie
Le livre évoque aussi le risque de hausse des troubles alimentaires touchant notamment les jeunes femmes. Le journaliste en prend conscience quand sa nièce de 18 ans, qui n’est pas en surpoids, lui demande de l’aider à se procurer de l’Ozempic.
Les bénéfices sanitaires de ces médicaments sont indéniables : en retrouvant un poids normal, les personnes souffrant d'obésité voient leur diabète régresser et leur risque de pathologies chroniques s'effondrer. Pourtant, le journaliste s’interroge : est-il raisonnable de dépendre d'une molécule – potentiellement à vie – pour maintenir une silhouette saine ? L'alimentation équilibrée et l'activité physique ne devraient-elles pas suffire ?
Il raconte ses expériences avec les régimes et montre à quel point il peut être difficile de réussir sa perte de poids quand on a été longtemps en surpoids ou obèse. Il explique aussi que le sport n’aide pas forcément à mincir. Il en arrive à la conclusion que l’Ozempic peut aussi être vu comme une solution d’urgence, pour éteindre un incendie. C’est ce que lui explique une amie qui a eu un cancer, alors que Johann se pose la question d’arrêter l’Ozempic. Tout comme nous savons que le cancer a des causes environnementales contre lesquelles il faut lutter à long terme, il n’empêche que, quand la maladie apparaît, il faut la soigner. « C’est comme si un incendie se déclarait chez moi, et que je disais : « Il faudrait vraiment que nous songions à utiliser des matériaux de construction moins inflammables et à installer des systèmes de gicleur d’incendie plus efficaces. » Ce sont certes d’excellentes idées, lui dit son amie. Mais pour l’instant, la maison est en feu ! L’urgence, c’est d’appeler les pompiers pour qu’ils sortent la lance à incendie. »
La prise d’un médicament contre l’obésité permet d’ouvrir une fenêtre de plusieurs mois où de nouvelles habitudes, plus saines, peuvent se mettre en place. Johann Hari en prend conscience au fil du temps, et se décide à apprendre à cuisiner. C’est aussi ce que nous expliquait la Dre Èvelyne Bourdua-Roy dans notre article paru en décembre 2024 dans Le Monde de la Nutrition car il lui arrive de prescrire des médicaments anti-obésité : « Je trouve les injectables très utiles chez les patients qui ont une dépendance à la malbouffe, au sucre et aux produits ultra-transformés. Je dis à mes patients que ces médicaments sont une lame à double tranchant : bien utilisés, ils peuvent donner un coup de pouce. Mal utilisés, ils seront l’équivalent d’une chirurgie bariatrique injectable temporaire. Il est absolument primordial que les gens qui les utilisent profitent de la fenêtre d’efficacité du produit (pour certains, le produit sera efficace pendant quelques mois, pour d’autres pendant quelques années) pour améliorer leurs habitudes de vie, changer leur alimentation, réduire leur stress, bien dormir, et, surtout, faire de la musculation tout en consommant suffisamment de protéines. »
Une étude de l’Université d’Oxford montre que l’arrêt des médicaments anti-obésité s’accompagne d’une reprise de poids rapide et d’une perte des bienfaits cardiovasculaires (hypertension, hypercholestérolémie). En moyenne, les patients reprennent 0,4 kg par mois et pourraient retrouver leur poids initial en moins de deux ans (3). Cette reprise est près de quatre fois plus rapide qu’après un programme basé sur l’alimentation et l’activité physique. Malgré leur efficacité initiale, les agonistes du GLP-1 ne sont donc pas une solution durable sans changements du mode de vie.
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