Diététiques chinoise et occidentale sont-elles compatibles ?

Par Sarah Amiri Publié le 31/10/2019 Mis à jour le 31/10/2019
Point de vue

Diététicienne libérale, Véronique Liégeois explique dans cet entretien comment elle mêle médecine occidentale et médecine chinoise pour le bien-être de ses patients.


Vous avez un profil diététique atypique. Pouvez-vous me donner les grandes lignes de votre parcours ?

Je suis une diététicienne classique, depuis plus de 30 ans, et je suis venue à la médecine et à la diététique chinoises grâce au Qi gong, car j’enseigne cette pratique. Je me suis donc formée à la diététique chinoise comme partie intégrante de la médecine chinoise, car j’utilise aussi d’autres techniques comme l’acupuncture et les massages.

Comment conjuguez-vous toutes ces pratiques dans vos consultations ?

Je ne les utilise pas toutes à chaque fois, cela dépend de la demande des patients. Ce qui me met à l’aise, c’est que beaucoup de médecins chinois travaillent de cette façon, en utilisant des techniques complètement ancestrales d’un côté, tout en sachant lire un scanner ou une IRM de l’autre, l’un n’empêchant absolument pas l’autre. Voilà, c’est finalement très chinois d’utiliser toutes les ressources possibles même si elles paraissent un peu incompatibles à première vue.

Les diététiques occidentale et chinoise sont quand même très différentes. Comment arrivez-vous à concilier les deux approches ?

Ces deux univers peuvent effectivement paraître sans aucun point commun et un petit peu difficile à superposer. Selon moi, il y a quelque chose à prendre dans chacune des approches, et cela peut être intéressant de ne pas faire que l’une ou que l’autre, de ne pas sectoriser les choses. Par exemple, pour moi, ce n’est pas problématique de faire un calcul de calories et en même temps de m’intéresser à la nature énergétique, au sens de l'énergétique chinoise (du Qi) des aliments.

Pensez-vous que la médecine chinoise a une place à se faire dans la médecine occidentale ?

Ce sont deux mondes et deux concepts qu’il ne faut pas opposer, deux médecines qu’il faut garder parallèles en sachant utiliser les forces de chacune. Il ne s’agit pas de rejeter la médecine occidentale qui est d’ailleurs très utilisée en Chine, c’est à chaque praticien d’avoir une bonne connaissance des deux pour pouvoir les utiliser de manière efficace.
Souvent on essaye d’évaluer les effets de la médecine chinoise, je pense plus à l’acupuncture par exemple, avec des protocoles pour montrer l’efficacité de tel point ou de telle façon de piquer, mais en réalité, ce n’est effectivement pas une médecine basée sur les sciences au sens où on l’entend chez nous, et donc l’évaluation est inadaptée, souvent biaisée et ne donne pas de très bons résultats. C’est cela qui est un peu compliqué : on veut évaluer des effets avec des outils qui ne sont pas adaptés.

Concrètement, que conseillez-vous à un patient en surpoids qui veut contrôler son poids et éviter les complications ?

Pour des femmes qui sont en surpoids, l’essentiel de ma patientèle en libéral, qui ne comprennent pourquoi elles ne maigrissent plus alors qu’elles ne mangent que des aliments froids et crus (qui créent beaucoup d’humidité dans le corps), je vais leur proposer de changer littéralement d’approche en mangeant cuit et chaud avec des épices et des aliments qui ont tendance à réchauffer le corps en rééquilibrant le système rate. Sans pour autant manger moins, on peut en effet obtenir des résultats rien qu’en changeant la façon de préparer ses aliments. 

Y a-t-il des pathologies qui sont plus adaptées à la diététique chinoise qu’à l’occidentale ? 

Oui, c’est assez marquant pour le surpoids, parce que parfois on est vraiment dans une impasse avec la diététique occidentale. Pour les patients diabétiques, elle peut aussi aider, car on est dans la même problématique que celle du surpoids. Ou pour toutes les pathologies de dysfonctionnement d’un organe, même si c’est toujours un peu compliqué de superposer les descriptions des pathologies dans la médecine chinoise et dans la médecine occidentale. Les dysfonctionnements ne sont pas interprétés du même angle et par conséquent ils ne sont pas traités de la même manière. 
La diététique chinoise peut par ailleurs améliorer les douleurs et aider à stabiliser certaines pathologies articulaires, notamment lorsqu'elles sont liées au froid et à l'humidité. En augmentant la consommation d'aliments qui réchauffent (épices, plats chauds, ...) et en réduisant ceux qui refroidissent et augmentent l'humidité (crudités, produits laitiers...), les patients ressentent un réel mieux-être en qu'elles semaines. 
A l'inverse, un patient présentant un terrain de chaleur (teint rouge, sensation d'avoir toujours chaud, stress, tendance à l'hypertension artérielle...), peut être mieux équilibré par la consommation d'aliments de nature fraîche (tofu, thé vert, concombre, melon...)

Comment vos patients sont-ils réceptifs à votre approche ?

Je pratique dans une petite ville rurale, où la médecine chinoise n’est pas très connue, mais cela ne m’empêche pas de l’utiliser comme outil quand ça peut être utile. Il y a des concepts dans la médecine chinoise qui sont assez simples, et assez efficaces à mettre en œuvre. Le patient ne va pas comprendre directement le sens, mais quand il en voit l’efficacité, l’acceptation de cette vision est assez facile. J’explique quand même toujours l'origine des ces principes, ceux de la médecine chinoise, en précisant bien qu'ils ne sont pas une pure invention. 
Ce qui peut être aussi parlant pour les patients, c’est que la médecine chinoise nous remet en phase avec notre environnement naturel, avec les saisons… et aujourd’hui on est peut-être un peu plus sensible à ça.

Avez-vous adapté votre alimentation en découvrant la diététique chinoise ? 

On peut très bien suivre une alimentation française classique en incluant les principes de la diététique chinoise sans forcément manger asiatique. Pour ma part, ce que j’ai modifié depuis que je pratique la médecine chinoise, c’est surtout une plus grande diversité des aliments. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans la cuisine asiatique : il y a beaucoup de plats différents, ce qui permet d’avoir un panel d’aliments très divers, qu’on peut aussi doser selon ses envies et ses besoins du moment. Et devant une table où il y a beaucoup de choix, on va avoir l’instinct de manger ce dont on a besoin sur le moment : un jour un peu plus de légumes, l’autre jour un peu plus de viande. Et cela laisse quand même une grande liberté d’adaptation.
Ce qui peut être intéressant aussi c’est d’intégrer aussi dans les plats, beaucoup de « petits » aliments qui font toute la différence comme le gingembre, l’ail, et toutes les herbes aromatiques.
Il y a des principes d’équilibre notamment des saveurs en diététique chinoise qui peuvent être intéressant à utiliser dans l’équilibre alimentaire : un subtil dosage des saveurs, qui oriente les effets physiologiques du plat. 

Quels sont les meilleurs conseils que vous donneriez pour une bonne santé ?

On le dit depuis longtemps et il faut continuer à le dire : l’important c’est de manger des aliments bruts et frais, et de les cuisiner soi-même. Déjà quand on fait ça, il n’y a plus à se poser la question de combien de calories manger, ou tel grammage de tel aliment : très vite le corps s’autorégule quand on lui donne des aliments de bonne qualité.
Être dans l’écoute de son corps et de sa vraie nature aussi, en retrouvant des réflexes que l’on a perdus, en arrêtant de manger quand on a plus faim par exemple, ou en ne sortant pas de table avec l’estomac trop plein, ce qui est très chinois comme approche. C’est comme ça qu’on peut retrouver son équilibre alimentaire. 

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