Santé : que nous apprennent les Chimane de Bolivie ?

Par Marie-Céline Ray Publié le 24/03/2017 Mis à jour le 11/04/2017
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Les membres de cette communauté amazonienne, entre chasseurs-cueilleurs et agriculteurs, seraient les champions de la santé cardiaque dans le monde. Comment font-ils ?

Les Tsimane (ou Chimane) font partie d’une ethnie qui habite dans la jungle bolivienne, dans des villages qui comptent entre 60 et 200 personnes. Les Chimane vivent relativement longtemps, de l’ordre de 70 ans. Plusieurs études se sont penchées sur ce peuple qui est plutôt en bonne santé, malgré ses conditions de vie. Quel est leur secret ?

Le risque cardiaque le plus faible au monde

D’après un article paru dans The Lancet, les Chimane auraient « Les plus faibles taux de coronaropathie enregistrés à ce jour. » Dans cette étude, les scientifiques ont examiné 705 Chimane de plus de 40 ans. Leurs artères ont été examinées par des scanners aux rayons X pour déterminer la quantité de plaques de calcium. Cette mesure de la calcification des artères donne une idée de l’âge des artères, de la présence d’athérosclérose et du risque de maladies cardiaques. Les résultats ont été comparés à ceux de 6.814 personnes de l’étude MESA (Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis).

596 personnes n’avaient pas de calcium dans les artères, 89 (13 %) avaient un score calcique compris entre 1 et 100 et 20 (3 %) plus de 100. Un score calcique compris entre 100 et 400 indique un début d’athérome. Chez les plus de 75 ans, 31 (65 %) avaient un score de 0 et 4 (8 %) des scores supérieurs à 100, soit une proportion cinq fois moins importante que celle observée dans des sociétés industrielles. D’après Randal Thomson, un des auteurs de l’article qui s‘exprime dans le Washington Post, « Leurs artères sont 28 à 30 ans plus jeunes que les nôtres. » L’obésité, l’hypertension, le tabagisme, étaient rares chez les Tsimane.

Les chercheurs se sont aussi intéressés aux différences entre l’alimentation des Tsimane et des sociétés industrielles. En calories, environ 14 % du régime des Tsimane est formé de protéines, 14 % de graisses et 72 % de glucides.  En général, les régimes occidentaux comme aux Etats-Unis ou en France contiennent des proportions de graisses plus élevées et de glucides plus faibles.

Mais chez les Tsimane les glucides sont riches en fibres et contiennent peu de sucres simples. Ils mangent du singe et du piranha ou du poisson chat. Ils cueillent des fruits et des noix, et font pousser un peu de riz, de maïs et de plantain, chassent et pêchent. De plus, les Tsimane font beaucoup d’exercice physique (chasse, marche, travaux agricoles…) : l’activité sédentaire ne représenterait que 10 % du temps en journée, alors que dans les sociétés industrielles c’est plutôt 50 % du temps qui est sédentaire le jour.

Si les Tsimane ne semblent pas connaître les maladies cardiaques, ils souffrent d’autres problèmes de santé en raison du manque d’accès à une eau de qualité. Les vers parasites sont fréquents chez eux, environ deux tiers des adultes en sont infestés.

Les Chimane dorment moins que les occidentaux

On conseille généralement de dormir 7 à 9 heures par nuit et è à 8 heures après 65 ans. Mais une recherche sur trois peuples de chasseurs-cueilleurs parue dans Current Biology  montre que ces peuples dorment naturellement 6 à 7 heures par nuit et que la température jouait un rôle important dans le contrôle de leur sommeil.

Dans cet article, des chercheurs de l'université de Californie Los Angeles ont voulu savoir comment les humains dormaient avant l'ère industrielle. Pour cela, ils ont étudié le sommeil de trois tribus de chasseurs-cueilleurs : les San de Namibie, les Hadza de Tanzanie et les Tsimane de Bolivie. Résultats : les trois peuples avaient une organisation du sommeil similaire. Entre le début et la fin du sommeil, il se passait entre 6,9 et 8,5 heures mais la durée du sommeil variait de 5,7 à 7,1 heures ; la plupart des adultes étudiés dormaient moins de 7 heures par nuit, avec une moyenne de 6h et 25 minutes, soit bien moins que la moyenne de 8 heures généralement recommandée.

Bien que n'ayant pas d'électricité, les peuples étudiés ne se couchaient pas à la nuit tombante et restaient éveillés pendant 3 heures et 20 min en moyenne après le coucher du soleil.  Aussi, pour Jerome Siegel, un des auteurs de l'article, « Le fait que nous restions tous debout des heures après le coucher du soleil est tout à fait normal.».

En dépit d'un sommeil plus court, les peuples étudiés étaient en bonne santé, avec moins d'obésité, une meilleure pression sanguine, une meilleure forme physique et un cœur en meilleure santé que les habitants des sociétés industrielles.
De plus, ces travaux révèlent l'importance de la température dans le contrôle du sommeil. En effet, le réveil coïncidait avec le point le plus froid, généralement avant le lever du soleil : l'heure de réveil était quasiment stable le matin. Le cycle de température quotidien, qui est un facteur absent des environnements modernes, serait donc un régulateur naturel du sommeil, en plus de la lumière. Ces résultats suggèrent donc que, pour lutter contre l'insomnie, il faudrait que la température des chambres diminue la nuit au lieu de rester stable.

Pour adopter un mode de vie inspiré du paléolithique, lire : Le modèle Paléo (EXTRAIT ICI >>)

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