Sophie Gironi : « J’ai perdu 40 kg en 2 ans avec un régime cétogène »

Par Priscille Tremblais - Journaliste scientifique Publié le 26/01/2021 Mis à jour le 26/01/2021
Point de vue

Si le régime cétogène, ou kéto, est surtout connu pour traiter l’épilepsie, il permet aux personnes ayant une tendance au surpoids, de stabiliser leurs niveaux d’insuline et ainsi de mincir. Rencontre avec une ex-obèse qui a adopté cette alimentation et accompagne désormais d’autres personnes sur ce mode de vie.

LaNutrition : Vous vous présentez comme une ex-obèse. Combien pesiez-vous avant votre perte de poids et comment mangiez-vous à ce moment-là ?

Sophie Gironi : Je n’ai pas toujours été obèse, mais j’ai passé mon enfance en haut, voire légèrement au-dessus de la courbe de poids standard, notamment parce qu’étant un petit bébé à la naissance, j’ai été nourrie à des laits enrichis de farine. À la puberté, j’ai commencé à prendre du poids, et je me souviens que je pesais 84 kg à 16 ans, pour 1,70 m. À 30 ans, je pesais entre 103 et 105 kg.
C’est à ce moment-là que j’ai eu comme un déclic : j’avais une vie stable, j’étais jeune maman et je cuisinais des produits frais et réputés « sains ». Mes kilos ne pouvaient pas être imputés à une mauvaise qualité de vie, d’autant que mon mari ne grossissait pas. Je crois que c’est ce qui m’a poussée à m’intéresser à mon poids : je comprenais, en comparant mon mode de vie à celui de personnes minces de mon entourage, qu’il y avait quelque chose qui clochait, et je voulais savoir quoi.

Qu'avez-vous fait alors ?

Je suis allée voir un premier nutritionniste qui m'a prescrit un régime hypocalorique classique sur 4 semaines que j'ai suivi à la lettre. Après 4 semaines, fière d'avoir tenu malgré les privations, je suis retourné le voir et en montant sur la balance, j'ai constaté que je pesais 4 kg de plus. La réaction du médecin a été un monument d'injustice pour moi : il a remis en cause mon sérieux en me disant que je pouvais lui dire, si je me levais la nuit pour manger !
Suite à cette expérience malheureuse, j'ai eu la chance de trouver un médecin nutritionniste génial à Nice, qui s'est attaqué à mon syndrome métabolique à l'aide d'une alimentation pauvre en glucides (sans céréales ni féculents notamment) et qui a été le premier à me parler de cétose.

Avec lui, j'ai adopté une alimentation essentiellement carnée, avec des cycles de 4 semaines : un cycle uniquement carnivore, puis un cycle avec des légumes à un repas par jour, puis à deux repas par jour, puis la réintroduction des féculents une fois par semaine... Arrivée à cette étape, je recommençais systématiquement à prendre du poids, et nous repartions alors sur le premier cycle. J'ai perdu ainsi près de 40 kg en 2 ans.

À droite : Sophie Gironi avant sa perte de poids

Est-ce que cela a été difficile de changer aussi radicalement d'alimentation ?

Globalement non... Je n’ai jamais eu un rapport compliqué avec la nourriture, pour moi – surtout à ce moment-là où je voulais vraiment comprendre ce qui dysfonctionnait – il s’agissait avant tout de trouver le bon « carburant » et j’étais détachée de l’affect qui entoure souvent la nourriture, je vivais ça comme une expérience presque scientifique. Et puis il faut avouer que les protéines apportent la satiété, et l’absence de glucides fait purement et simplement disparaître les coups de barre et les fringales associées aux hypoglycémies réactionnelles. C’est donc beaucoup plus facile : on a moins faim !

Le journaliste américain Gary Taubes dit dans son dernier livre que « les gros ne sont pas des minces qui mangent trop ». Vous êtes d'accord avec lui ?

Le nutritionniste qui m'a fait découvrir l'alimentation réduite en glucides et perdre du poids avait un mantra semblable, il m'avait dit à l'époque : « on ne grossit pas parce qu'on mange mal mais on mange mal parce qu'on grossit ». Cette petite phrase anodine a eu un impact majeur sur ma vie, et m’a permis de me débarrasser de cette culpabilité inconsciente qu’on traîne quand on est obèse, où on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est de notre faute puisqu’on nous dit qu’il suffit de « manger bouger » pour garder la ligne.

On le voit tous les jours avec les personnes minces à qui on parle de nutrition : la plupart des gens sont persuadés d'être en contrôle de leur corps et d’être minces parce qu’ils font « ce qu’il faut » alors qu'en réalité le corps est sous l'influence des hormones, de la chimie particulière du cerveau, de la composition du microbiote, du métabolisme. Et de la même manière qu’une personne va être grande ou petite, blonde ou brune, elle va avoir une réaction différente de celle de son voisin face à un même aliment.

J'ai beaucoup aimé l’exemple utilisé par Gary Taubes à ce sujet dans son livre Pourquoi on grossit. Il parlait de la nécessité pour les ours bruns de prendre du poids avant d'hiberner et disait que quel que soit l’accès qu’ils auraient à la nourriture, ils auraient pris suffisamment de poids à la fin de l’hiver parce qu’ils étaient « programmés » pour ça. Quitte à être en état de semi-famine s’ils trouvaient peu de nourriture, le peu d’énergie qu’ils en tireraient se transformant en gras plutôt qu’en énergie. C’est ainsi que la plupart des obèses ne sont pas gros parce qu’ils mangent trop, ni ne sont trop fainéants pour faire du sport, mais parce que leur corps est en quelque sort programmé pour utiliser la nourriture pour fabriquer du gras au lieu de fabriquer de l’énergie, ce manque d’énergie se traduisant par une faim constante.

Comment en êtes-vous arrivée à accompagner les autres dans l'adoption d'une alimentation réduite en glucides ?

C'est un concours de circonstances. J'avais créé mon site Les assiettes de Sophie pour partager mon expérience du cétogène, mes lectures sur le sujet et mes recettes. C’étaient plutôt un passe-temps, et c’est ce blog c'est ce qui a conduit les éditions Thierry Souccar à me contacter pour écrire un livre de recettes (30 assiettes céto). Le livre a généré un peu de visibilité pour mon site, une petite communauté s'est créée via la page Facebook et le compte Instagram que j’avais créés, et parmi cette communauté, des personnes ont commencé à me demander si je pouvais les accompagner dans l’adoption d’une alimentation réduite en glucides.

J’étais à un moment de ma vie où j’envisageais de quitter mon travail salarié pour redevenir freelance, et comme j’avais longtemps enseigné en écoles supérieures, fait de la formation professionnelle et coaché des dirigeants, je me suis dit que je pourrais utiliser ces compétences pour créer un programme. C’est ainsi que sont nées « Les Astuces de Sophie ».

Quel bagage scientifique avez-vous ?

Depuis 15 ans, je suis l’actualité de la nutrition et des alimentations réduites en glucides, j’ai vu émerger de nombreux spécialistes outre-Atlantique dont j’ai dévoré les livres et les publications : Gary Taubes, mais également le Dr Jason Fung, la Dre Evelyne Bourdua-Roy et le Pr Tim Noakes en Afrique du Sud. L’an dernier, j’ai suivi une formation The Nutrition Network, justement fondée par le Pr Tim Noakes, destinée aux coachs et praticiens de la nutrition, qui comportait, outre un volet scientifique, un volet important sur les addictions. Je suis désormais un autre cursus, toujours auprès de The Nutrition Network, sur la réduction thérapeutique des glucides dans le cadre de pathologies comme le diabète et l’obésité.

Vous parlez beaucoup d'addiction au sucre. Qu'est-ce que c'est et qui concerne-t-elle?

Dans le cadre de cette formation, j’ai eu l’occasion de suivre les cours d’une addictologue réputée qui expliquait que les addictologues considèrent désormais le sucre comme la « drogue d'introduction », celle qui crée les cheminements neuronaux entraînant l’addiction. Elle disait également que le sucre produisait les mêmes dommages que ceux observés avec la prise d'alcool ou de cocaïne, ce qui n’est pas rien !
Et c’est d'autant plus insidieux que cette drogue touche tout le monde et qu'elle est associée à des moments plaisants, dès l’enfance. Et attention, on peut être « addict » au sucre et rester mince : le corps humain compense. Quand on sait qu'on est passé en France d'une consommation de 5 kg de sucre/an/personne dans les années 1950 à 35 kg aujourd'hui, cela montre bien que le corps de la majorité des gens encaisse le trop-plein de sucre. Seuls ceux qui présentent le mauvais « programme métabolique » dont je parlais plus haut seront obèses, là où d’autres subiront peut-être des effets néfastes moins visibles et plus tardifs, comme un cancer ou la maladie d'Alzheimer par exemple !

Pour vous, l'alimentation cétogène n'existe pas. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

L'alimentation cétogène stricte, dans sa version enseignée en Faculté de Médecine et utilisée officiellement contre l'épilepsie réfractaire, est une alimentation thérapeutique avec des ratios cétogènes de 4 parts de graisse pour 1 part de protéines+glucides (ratio 4:1). Elle n'a rien à voir avec l'alimentation cétogène adoptée par le grand public, notamment pour mincir, qui présente plutôt un ratio 1:1. Au-delà de cette différence, il faut également souligner que tout le monde ne réagit pas aux aliments de la même façon. Par exemple, chez certains le fromage n'est pas toléré sur le plan digestif, ou freine la perte de poids, tandis que chez d'autres, sa consommation n'a pas d'effet particulier tant pour la santé que la silhouette.

Le cétogène est devenu est un grand mot-valise pour parler des alimentations réduites en glucides, alors qu’il y en a des dizaines de versions et surtout, que ce n’est pas le fait d’être en cétose qui entraîne la perte de poids, mais bien la diminution des glucides et la mise en place de l’alimentation adaptée à son métabolisme, avec la juste quantité de protéines et de lipides, et l’éviction des aliments néfastes – qui ne sont pas les mêmes pour tout le monde !
Dans mon approche, on part d'une hypothèse de base, la suppression des féculents et du sucre, et ensuite on ajuste la quantité de protéines et lipides pour trouver le juste équilibre entre perte de poids, satiété et énergie. J’accompagne aussi mes clients en coaching dans l’identification des aliments qui peuvent leur poser problème, pour qu’ils trouvent LEUR alimentation idéale... parce que si le régime universel existait, ça se saurait !

Le régime cétogène gagne en popularité, avec notamment des stars qui en parlent. Sentez-vous cet engouement ?

Je ne suis pas trop ce qui se passe en France car globalement on y est à la traîne par rapport aux pays anglo-saxons.... Ce que je vois et qui me déplaît souverainement, c’est l’engouement autour des aliments minceur étiquetés cétogènes ou low carb, un engouement entretenu à grand renfort de publicité et d’articles pseudo informatifs, qui poussent les gens à acheter de nouveaux produits – qui restent des produits ultra-transformés – là où mon approche de l’alimentation est plus basée sur des produits sains et frais.

Cela m’évoque le « Dirty keto » (cétogène sale en français), une tendance née aux États-Unis qui met en avant des pratiques très éloignées du bon sens – comme se nourrir de bacon couvert de fromage fondu à tous les repas.

En revanche en France, à part quelques stars qui l’évoquent – et pas toujours de manière très scientifique – je n’ai pas vu un réel engouement du grand public. Peut-être aussi parce que la presse généraliste ne fait pas appel aux bons experts pour en parler : lorsqu’on entend parler de cétogène dans un magazine, c’est généralement l’apologie du gras d’une part opposée à l’avis d’un médecin qui n’en connaît que les principes qu’il a étudié en Faculté de Médecine.
Les vrais experts, les médecins qui pratiquent l’alimentation cétogène au quotidien avec leurs patients et qui obtiennent de vrais résultats reconnus par la communauté scientifique, sont rarement contactés par les médias français, et c’est dommage.

À découvrir : Révolution kéto et 30 assiettes céto

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