Le protocole Reversa contre le diabète, le surpoids et la maladie du foie gras

Par Priscille Tremblais Publié le 26/11/2019 Mis à jour le 26/11/2019
Point de vue

Rencontre avec le Dre Èvelyne Bourdua-Roy qui a cocréé au Québec une clinique novatrice, destinée à aider les personnes souffrant de troubles métaboliques tels que le diabète à inverser complètement leur maladie.

LaNutrition.fr : Vous êtes médecin de famille à la base. Comment vous est venue l'idée de fonder la clinique Reversa ?

Dre Èvelyne Bourdua-Roy : Pendant mon 2e congé de maternité, au printemps 2016, des collègues médecins m’ont parlé de l’alimentation cétogène, que je ne connaissais pas du tout. Elles m’ont suggéré de lire Code obésité, du néphrologue Jason Fung (l'auteur aussi du Guide complet du jeûne) qui fut une véritable révélation pour moi. J’ai ensuite communiqué avec le Dr Fung pour lui demander la permission de venir observer ce qu’il faisait dans sa clinique Toronto. Lui et sa directrice, Megan Ramos, ont gracieusement accepté de m’accorder un stage d’observation, en octobre 2016, au cours duquel ils m’ont enseigné leur manière de renverser le diabète de type 2 et l’obésité. Lors de mon stage, j’ai vu des choses que je ne croyais pas possibles, que mes études en médecine ne m’avaient pas préparée à concevoir. Ce fut un choc. J’ai vu pour la première fois de ma vie des patients diabétiques de type 2 qui allaient mieux, qui perdaient du poids, qui se sevraient de leur insuline et de leurs autres médicaments hypoglycémiants. Les patients venaient à leur suivi avec le sourire et étaient heureux de montrer leur progrès. 

Vous dites que cela vous a fait un choc. Pourquoi ?

J’avais toujours appris et compris que le diabète de type 2 était une maladie chronique et progressive, et que le traitement standard consistait à donner des médicaments, en doses croissantes et en nombre croissant, jusqu’à l’insuline, et à surveiller les complications. Jamais, au cours de mes études (qui sont récentes : j’ai terminé ma résidence en médecine familiale en 2015), on ne m’a expliqué que le diabète de type 2 pouvait être renversé, ou, au minimum, beaucoup mieux géré avec une alimentation faible en sucre. Jamais on ne m’a même appris à déprescrire des médicaments, puisqu’en effet, avec l’alimentation standard, les patients ne peuvent pratiquement jamais réduire ou cesser leurs hypoglycémiants. 
Bref, tout cela m’apparaissait logique, physiologique, soutenu par la science et, visiblement, si j’en croyais tout ce que je voyais à la clinique du Dr Fung, clairement possible à réaliser. 
C’est à ce moment que je me suis dit que je devais absolument fonder une clinique similaire, mais en français, pour que les Québécois aient également accès à l’alimentation comme option thérapeutique dans la prise en charge et le renversement du diabète de type 2. 

Quelles sont les grandes lignes de votre protocole de soin ?

Nous proposons à nos patients de réduire significativement les apports en glucides (sucre) de leur alimentation, d’éliminer le plus possible les aliments transformés et ultra-transformés, de même que les huiles produites industriellement à partir de graines et riches en oméga-6 (comme l’huile de pépins de raisin, de tournesol, de colza, etc.), et d’augmenter leurs apports en lipides. Il s’agit donc de leur enseigner à adopter une alimentation faible en glucides (100 g de glucides nets et moins par jour) ou cétogène (20 g de glucides nets et moins par jour). Nous leur enseignons également à pratiquer le jeûne intermittent, ainsi que le jeûne prolongé si cela les intéresse, dans le but d’accélérer le renversement de l’hyperinsulinémie et de la résistance à l’insuline. 

Quelles maladies vous permet-il d'inverser ?

On peut renverser ou améliorer considérablement toutes les maladies chroniques liées au style de vie qui, à la base, résultent ou sont aggravées par l’hyperinsulinémie et la résistance à l’insuline, comme le syndrome métabolique, le diabète de type 1 et 2, l’obésité, le surpoids, la fatigue chronique, le syndrome des ovaires polykystiques, la goutte, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie, la stéatose hépatique, la microalbuminurie, etc. Il est à noter que l’on n’obtient pas un renversement complet chez tous nos patients, avec toutes les pathologies. Par exemple, certains diabétiques, après six mois ou plus d’alimentation cétogène et de jeûne intermittent, ne sont pas encore en mesure de cesser tous leurs médicaments hypoglycémiants. 

En combien de temps permet-il d'inverser un diabète de type 2 ?

Cela varie grandement d’un individu à l’autre et dépend de plusieurs facteurs. Plus le diabète de type 2 est installé depuis longtemps, plus le renversement complet est incertain et plus cela peut prendre de temps. Il est plus facile de renverser un diabète de type 2 de deux ou trois ans, d’un patient qui ne prend que de la metformine ou un autre hypoglycémiant oral, qu’un diabète de type 2 de plus de 30 ans, traité depuis de nombreuses années à l’insuline. Parfois, le pancréas est trop atteint et ne parvient pas à prendre la relève entièrement, une fois l’insuline cessée. Parfois, cependant, le pancréas recommence à sécréter suffisamment d’insuline pour combler les besoins et les glycémies se normalisent, même après des dizaines d’années. 
L’amélioration des glycémies et le début du sevrage progressif des hypoglycémiants (incluant l’insuline) est habituellement relativement rapide. Dans les premiers jours et les premières semaines, on note déjà des changements notables et il est fréquent que nous cessions des médicaments dans les premiers jours suivant l’adoption de l’alimentation faible en glucides. 
Je dirais que pour la majorité des patients, c’est une question de quelques mois, globalement

Le protocole de Newcastle du Pr Roy qui permet aussi d'inverser un diabète semble ne fonctionner que sur des diabètes diagnostiqués depuis moins de 5 ans. Est-ce aussi le cas du vôtre ?

Non. Nous avons des patients qui avaient le diabète de type 2 depuis plus de 30 ans et qui ont réussi à renverser leur diabète. Cela dépend des individus. Mais le renversement du diabète de type 2 n’est pas nécessairement notre seul objectif. 

En effet, l’alimentation cétogène permet de stabiliser les glycémies, et ainsi réduire ou éviter les montagnes russes de glycémie, autant chez les types 2 que les types 1 et le diabète gestationnel, et permet souvent une réduction des médicaments hypoglycémiants, hypotenseurs, hypolipémiants, analgésiques, anti-reflux et autres. Il aide à la perte de poids et à l’amélioration des marqueurs du syndrome métabolique, comme la tension artérielle, les triglycérides, le tour de taille, le « bon » cholestérol HDL, etc. 

Pour en savoir plus sur le protocole de Newcastle, lire Comment j'ai vaincu le diabète sans médicament de Normand Mousseau

Quels sont les autres avantages de votre protocole par rapport à celui de Newcastle ?

L’alimentation cétogène permet aussi aux patients de manger à leur faim à chaque repas, et de maintenir leurs acquis et bienfaits dans le temps, à long terme, puisque c’est une alimentation que l’on peut adopter pour le restant de ses jours, contrairement au protocole de Newcastle, qui n’est pas soutenable à long terme. Puisqu’elle n’est pas hypocalorique, l’alimentation cétogène bien formulée permet de maintenir un bon métabolisme basal et de préserver la masse maigre, ce qui, encore une fois, n’est pas le cas du protocole de Newcastle. 

Combien de patients avez-vous traités avec succès jusqu'à présent ?

De janvier 2017 à décembre 2019, plus de 1300 personnes se sont inscrites à la Clinique Reversa, à Contrecoeur, La Sarre, Québec et Montréal. Environ un tiers était diabétique, les autres venaient pour du surpoids et divers problèmes de santé, comme la fatigue chronique, l’hypertension artérielle, la stéatose hépatique, la douleur chronique, le syndrome métabolique, etc. Pratiquement tous les patients que nous avons traités ont connu des améliorations de leur santé, que ce soit une meilleure énergie, moins de douleur, un meilleur sommeil, moins d’anxiété, une baisse de la tension artérielle, une amélioration ou normalisation des glycémies, une disparition des crises de goutte, un retour des règles de manière régulière, et, bien sûr, une perte de poids. 

Cependant, puisque le programme ne dure que six mois, plusieurs patients n’atteignent pas tous leurs objectifs de santé en ce court laps de temps, mais tous apprennent comment cheminer dans cette direction. En effet, notre approche est basée sur le renversement de maladies chroniques qui se sont installées progressivement, au fil des années. On ne peut pas s’attendre à tout renverser en quelques mois. Il faut comprendre que c’est un processus, un cheminement dans la direction inverse de la maladie. Nous visons à enseigner à nos patients comment cheminer vers la santé et nous leur donnons de nombreux outils, qu’ils conservent avec eux dans leur « coffre à outils » pour le restant de leurs jours. 

Certains de vos patients qui ont connu de réelles améliorations retournent-ils à leurs anciennes habitudes ?

Il est indéniable que certains patients, malgré de bons résultats, décident de reprendre leur alimentation précédente, celle qui les avait rendus malades, pour diverses raisons. L’alimentation cétogène et l’alimentation faible en glucides ne conviennent pas nécessairement à tous, même si on peut la décliner de multiples façons (méditerranéenne, végétarienne, sans noix, sans produits laitiers, hypotoxique, végane, sans porc, sans plante, etc.). 
Nous n’avons jamais prétendu que le cétogène était la panacée, le remède miracle qui guérissait tout et, de ce fait, que tous devaient l’adopter. Nous croyons que l’alimentation cétogène est indiquée dans plusieurs contextes, que c’est UNE des options thérapeutiques possibles, et qu’elle mérite d’être connue et proposée à tous, parmi les traitements possibles. Ensuite, chacun est libre de faire ses choix. Notre rôle à titre de professionnels de la santé est de proposer toutes les options et de soutenir les patients dans leurs choix. Et pratiquement aucun de nos patients diabétiques ne s’était fait offrir l’alimentation cétogène comme option thérapeutique. Tous s’étaient fait offrir des médicaments, et certains la chirurgie bariatrique

Avez-vous connu des échecs ? Le cas échéant, pour quelles raisons selon vous ?

Certainement. Aucun traitement, peu importe sa nature, ne peut convenir à 100% des patients et donnent des résultats chez tous, même les meilleurs médicaments et les plus habiles chirurgies. Certains patients ont obtenu des résultats très modestes, ce qui les a découragés. D’autres ont trouvé l’adoption de l’alimentation cétogène trop difficile, souvent par manque de soutien de leur entourage (conjoint, famille, collègues de travail). D’autres encore ont une dépendance au sucre et ont besoin d’une thérapie pour les dépendances (ce que nous ne sommes pas encore en mesure d’offrir). Certains nous citent le manque de temps, ou d’autres raisons qui nous portent à croire que le moment était peut-être mal choisi pour eux. Néanmoins, selon nous, tous les patients qui ont connu des échecs ont au moins maintenant des connaissances sur l’alimentation cétogène et le jeûne intermittent et possèdent de nouveaux outils dans leur coffre à outils, pour améliorer leur santé. Il est possible qu’ils choisissent de s’en servir plus tard, à un moment plus opportun.  

Peut-on obtenir les mêmes résultats simplement en adoptant un régime cétogène tout seul dans son coin ?

Si l’on n’a pas de problème de santé important, on peut très bien adopter l’alimentation cétogène ou faible en glucides par soi-même. On peut adopter n’importe quelle alimentation, comme le végétarisme, dans son coin. Cependant, il faut veiller à bien se renseigner sur le sujet et s’assurer d’adopter une alimentation variée et bien équilibrée en micronutriments. L’alimentation cétogène n’est pas dangereuse en soi

En revanche, les patients qui prennent des médicaments et ceux qui sont diabétiques (type 1 ou 2) ont besoin d’un suivi médical pour l’ajustement des médicaments. Dans leur cas, l’adoption de l’alimentation cétogène peut être dangereuse. Ce n’est pas l’alimentation qui est dangereuse en soi, c’est le fait de réduire les apports en glucides, ce qui va faire baisser le taux de sucre sanguin, sans ajustement des médicaments, qui eux aussi visent à faire baisser le taux de sucre dans le sang. Il peut en résulter des hypoglycémies, voire une acidocétose diabétique (chez les patients qui prennent un médicament appelé inhibiteur du SGLT2 s’il n’est pas cessé rapidement). 

En France, le régime cétogène est regardé avec beaucoup de suspicion par les nutritionnistes et les professionnels de santé. Comment est-il perçu au Québec ?

Il est également regardé avec beaucoup de suspicion par les nutritionnistes, malheureusement. Par contre, de plus en plus de professionnels de la santé commencent à s’y intéresser. Beaucoup l’ont eux-mêmes adopté ou ont des patients qui ont eu d’excellents résultats avec l’alimentation cétogène et cela a piqué leur curiosité. Comme il y a beaucoup de science qui soutient l’alimentation cétogène et que ses principes sont logiques et physiologiques, il y a une vague de changement et d’ouverture ici. D’ailleurs, l’Association américaine du diabète a inclus l’alimentation faible en glucides et très faible en glucides (cétogène) dans ses lignes directrices de 2019 et a indiqué que c’était l’alimentation qui était soutenue par le plus de données probantes pour l’amélioration des glycémies chez les personnes diabétiques. En général, le Canada tend à emboîter le pas quand les États-Unis font quelque chose. Nous nous attendons donc à ce que Diabète Canada ajoute également l’alimentation faible en glucides et très faible en glucides dans ses lignes directrices prochainement. Lorsque cela aura lieu, je pense que l’ensemble des professionnels de la santé, incluant les nutritionnistes, devra s’intéresser davantage à cette option thérapeutique. 

Lire aussi : Kit de démarrage du régime cétogène (abonnés)

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