PNNS : les recommandations nutritionnelles officielles

Par Lanutrition.fr Publié le 07/03/2007 Mis à jour le 28/01/2019
Actualité

Santé Publique France (SPF) vient de formuler des recommandations à l'aide du rapport de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire et Environnement (ANSES) datant de décembre 2016 afin de mettre en place le nouveau Programme National Nutrition Santé (PNNS).

Pourquoi c'est important 

La plupart des pays donnent des conseils nutritionnels pour prévenir les maladies chroniques. Les recommandations en vigueur dans les pays francophones n'étant que partiellement basées sur les dernières études scientifiques,  et ayant conduit globalement à un fiasco comme le montre Jérémy Anso dans Santé, mensonges et (toujours) propagande LaNutrition propose ses propres recommandations nutritionnelles, et les a détaillées dans La meilleure façon de manger. Ces nouvelles recommandations officielles sont-elles plus satisfaisantes ? Détails. 

Protéines, lipides, glucides : ce qui a changé

L’ANSES recommande de composer sa consommation quotidienne moyenne afin que la contribution aux calories de chaque grand groupe de macronutriments soit la suivante :

- 40 à 55 % des calories (kcal) sous la forme de glucides (contre 50 à 55 % auparavant), c’est-à-dire essentiellement céréales, féculents et pour partie fruits et légumes, les sucres simples étant marginalisés.

- 35 à 40 % des calories (kcal) sous la forme de lipides (30 à 35 % auparavant), c’est-à-dire de graisses.

- 10 à 20 % des calories (kcal) sous la forme de protéines (remplace les 11 à 15 % précédents), qu’elles soient animales ou végétales.

À titre de comparaison, le Canada utilise des fourchettes beaucoup plus larges, calquées sur celles des États-Unis et qui vont jusqu’à 35% de protéines et 60 % de glucides. Les recommandations belges et suisses sont très proches des recommandations françaises.

 

Protéines

Glucides

Lipides

Belgique

15%

50%

20-35 %

Suisse

10 à 20%

45-55%

30%

Canada

10 à 35 %

45 à 60 %

20 à 35 %

Le nouveau PNNS

En France, pour vous aider à composer vos menus conformément à ces recommandations, le PNNS a établi des repères nutritionnels. La célèbre pyramide alimentaire a été laissée de côté. Désormais les recomandations simplifiées sont séparées en 3 groupes : réduire, aller vers et augmenter. Détails de l'avant / après.

Augmenter

Dans cette rubrique, on retrouve : 

  • Les fruits et légumes (au moins 5 par jour, par exemple 3 légumes et 2 fruits) frais, surgelés ou en conserve dont la consommation était déjà encouragée par le PNNS auparavant.
  • Les légumes secs (au moins deux fois par semaine) qui appartenaient faussement au groupe des produits céréaliers dans le précédent programme. Ils ont désormais leur place au sein de la catégorie des aliments protéinés.
  • Les fruits à coque et la cuisine faite maison, qui n'étaient pas mentionnés dans les anciennes recommandations.
  • Une activité physique (30 minutes par jour) diversifiée (endurance, résistance musculaire, assouplissements, équilibre, etc.), qui a la même place qu'auparavant.

Aller vers 

Dans cette rubrique, on retrouve : 

  • Une consommation de poisson (2 fois par semaine), gras et maigre en alternance. Une recommandation déjà présente dans l'ancien PNNS.
  • Des produits céréaliers complets à chaque repas. Fidèle à l'ancien programme.
  • Les matières grasses ajoutées en petite quantité. Nouveauté : le PNNS conseille de se tourner vers les huiles d'olive, de colza et de noix.
  • Les aliments locaux et de saison. Une nouveauté pour le local.
  • Une consommation de produits laitiers suffisante (2 par jour contre 3 avant) mais limitée (avec une alternative végétale riche en calcium).
  • Les aliments issus de l'agriculture biologique qui ne figuraient pas dans l'ancien PNNS.

Réduire

Dans cette rubrique, on retrouve : 

  • Viande (500 g maximum par semaine), charcuterie (150 g maximum par semaine), produits sucrés (10 % des apports totaux) et boissons sucrées (1 verre de 200 ml par jour) que l'ancien programme conseillait également de limiter. 
  • L'alcool (2 verres standard par jour maximum et pas chaque jour), ce qui est fidèle à l'ancienne recommandation. 
  • Les produits gras, salés, sucrés et ultra-transformés. La notion d'aliment ultra-transformé, introduite en France par le chercheur et collaborateur de LaNutrition, Anthony Fardet, dans son livre "Halte aux aliments ultra-transformés : mangeons vrai !" fait enfin son apparition.
  • Les produits notés D et E par le Nutri-Score. Nouvelle recommandation concomittante à la création du Nutri-Score.
  • Le temps passé assis (et son corrolaire marcher un peu toutes les 2 heures) qui fait également son entrée.

Lire aussi : Que vaut le NutriScore ?

En résumé

Les bonnes surprises du nouveau PNNS

- Réduire les produits sucrés

Cette recommandation n'a pas changé et c'est tant mieux. LaNutrition considère depuis l'origine que la consommation de sucres ajoutés est associée à un risque accru de diabète et d’obésité. En 2001, l’AFSSA (l'ancienne ANSES) estimait pourtant que l’idée que les sucres entraînent du diabète relève d’une "croyance" non scientifique. 

- Manger au moins 5 fruits et légumes

Une recommandation qui est restée intacte. LaNutrition recommande toutefois des apports supérieurs en légumes car ils aident à stabiliser le poids, à prévenir les maladies cardiovasculaires et dégénératives et l’ostéoporose.

- L'accent mis sur les légumineuses et les fruits à coques

C'est une des bonnes surprises de ce nouveau PNNS. Compte tenu de leurs nombreux aspects santé (richesse en fibres et protéines, index glycémique bas, bonnes graisses pour les oléagineux) il était temps de les mettre plus souvent au menu comme le recommande LaNutrition.

- Différencier les graisses selon leur qualité 

Ici encore, une recommandation qui s'est métamorphosée. Auparavant le PNNS se contentait d'un simple "limitez les matières grasses et surtout les graisses saturées". Maintenant il conseille de privilégier les huiles riches en oméga-3 au profit de celle qui contiennent beaucoup d'oméga-6. LaNutrition tient depuis longtemps ce discours ; le PNNS pourrait aller encore plus loin mais c'est une avancée.

- Lutter contre la sédentarité (même celle des sportifs)

Dans les nouvelles recommandations, on peut voir que le PNNS, en plus de l'activité physique, recommande de ne pas rester assis trop longtemps, même si on est sportif. Un conseil prodigué par LaNutrition depuis quelques années déjà.  Ces recommandations, à l'instar de celles de l'OMS, encouragent à diversifier le type de sport (endurance, musculation, stretching, etc.) ce qui est une bonne chose surtout concernant la musculation, souvent mal perçue, mais dont LaNutrition n'oublie pas les bénéfices santé.

- Promouvoir les produits de saisons & locaux

Peu d'études (pour ne pas dire aucune) ont mesuré le profil nutritionnel et l'impact santé des aliments locaux et de saison comparé aux autres sur la santé. Néanmoins, leur impact écologique est moindre. Une raison qui nous semble suffisante pour les plébisciter.

- Mettre en avant le fait-maison 

Cette recommandation est sans doute une des plus importante de ce nouveau PNNS. LaNutrition alerte depuis longtemps sur la nécessité de cuisiner soi-même pour éviter les produits ultra-transformés

Ce qui pourrait encore être amélioré

- Consommer pommes de terre et céréales à chaque repas

Malgré la baisse des glucides dans la ration calorique totale, le PNNS n'a pas changé de cap concernant son conseil sur les céréales et autres tubercules. La plupart des pommes de terre et des céréales vendues en France ont un index glycémique élevé, qui est associé à un risque de surpoids et d’obésité. Le fait que le PNNS mette l’accent sur les céréales complètes et le pain bis ne change pas grand-chose à l’affaire. Certes cette recommandation si on la suit a pour effet positif d’augmenter la teneur en fibres et minéraux. Mais l’index glycémique du blé, qu’il soit complet ou raffiné ne varie pas beaucoup, comme Le Nouveau Régime IG l'a montré.

- Les matières grasses en petite quantité 

Malgré la hausse des lipides dans la ration calorique totale et la différenciation appréciable entre les acides gras polyinsaturés (oméga-3 et 6), le PNNS reste ferme quant à la nécessité de consommer des matières grasses raisonnablement. Il faut ajouter des matières grasses tous les jours, mais en petite quantité pour (selon le PNNS) limiter son risque de maladies cardiovasculaires et sa prise de poids. Des justifications qui ne sont confirmées par aucune étude (1,2,3,4).

- La distinction glucides simples/complexes 

On peut toujours lire qu'il existe des glucides simples et complexes dans la rubrique des féculents du PNNS. Il n'est donc toujours pas fait mention d'index et/ou de charge glycémiques, deux concepts pourtant validés scientifiquement. Et cela fait maintenant 20 ans que la Food and Drug Administration (FAO) a statué sur le fait qu'il fallait stopper ces appellations trompeuses sur le plan nutritionel (9).

Lire aussi : Il faut en finir avec les glucides simples et complexes

Ce qui est regrettable

- Présenter les produits laitiers comme essentiels

Encore une fois, il y a eu des progrès pour cette recommandation. Elle est passée du sacré  "3 à 4 produits laitiers par jour" à "2 à 3 produits laitiers par jour en incluant une alternative végétale". Malheureusement on constate qu'ils sont toujours considérés comme essentiels à une bonne santé osseuse avec ce type de raisonnement ; « il y a du calcium dans les os, donc en mangeant de grandes quantités d’aliments contenant du calcium, on aura des os solides. » Raisonnement qui n’est pas vérifié scientifiquement.

Si les recommandations que LaNutrition qualifiait autrefois d'excessives sont plus modérées, elles accréditent cependant toujours l'idée que les produits laitiers sont indispensables. Avec l'Ecole de santé publique de Harvard et le rapport récent du groupe EAT-Lancet, LaNutrition estime depuis l'origine que l'on peut consommer des laitages (si on les aime et les tolère), mais qu'on peut aussi s'en passer, d'où la recommandation de 0 à 2 produits laitiers par jour. 

- S'appuyer sur le Nutri-Score 

Le Nutri-Score est considéré comme un outil crucial pour différencier les "bons" des "mauvais" produits industriels. Néanmoins, le Nutri-Score est loin d'être parfait.

Pour conclure 

Des progrès encourageants ont été réalisés, mais pour certains d'entre eux on constate des paradoxes : 

  • On plébiscite les légumineuses mais on ne parle pas d'index glycémique en continuant de laisser subsister le doute entre sucres "rapides/lents" ou "simples/complexes".
  • On différencie bien la qualité des graisses, on augmente l'apport total des lipides dans la ration calorique mais on conseille toujours d'en consommer en petite quantité pour des raisons vagues.
  • On diminue l'apport total des glucides dans la ration calorique mais on conseille toujours de manger céréales et pommes de terre à chaque repas. 
  • On encourage le fait-maison, conseille de limiter les produits ultra-transformés mais on suggère de se référer au peu fiable Nutri-Score pour choisir les céréales du petit déjeuner.
  • Il n'est pas fait de distingo selon le niveau d'activité physique ou l'état de santé (risques d'une alimentation très glucidique chez les sédentaires et les diabétiques, les personnes résistant à l'insuline) ; risques d'exposition au lactose chez les enfants et les personnes ayant une ascendance méditerranéenne, africaine ou asiatique.

Autres références : 

[1] NIH Consensus Statement. Ann Int Med 1993, 119:764

[2] NIH Clinical Guidelines on Obesity. Obes Res 1998;6(Suppl 2):51S-209S

[3] Nutrition and Metabolism Advisory Committee : A review of the relationship between dietary fat and overweight/obesity. NHF, février 2003.

[4] Patty W Siri-Tarino, Qi Sun, Frank B Hu, Ronald M Krauss; Meta-analysis of prospective cohort studies evaluating the association of saturated fat with cardiovascular disease, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 91, Issue 3, 1 March 2010, Pages 535–546, https://doi.org/10.3945/ajcn.2009.27725

[5] Alan D Dangour, Karen Lock, Arabella Hayter, Andrea Aikenhead, Elizabeth Allen, Ricardo Uauy; Nutrition-related health effects of organic foods: a systematic review, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 92, Issue 1, 1 July 2010, Pages 203–210, https://doi.org/10.3945/ajcn.2010.29269

[6] Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom K E Bradbury, A Balkwill, E A Spencer, A W Roddam, G K Reeves, J Green, T J Key, V Beral, K Pirie & The Million Women Study Collaborators. British Journal of Cancer volume 110, pages 2321–2326 (29 April 2014)

[7] Smith-Spangler C, Brandeau ML, Hunter GE, Bavinger JC, Pearson M, Eschbach PJ, et al. Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives?: A Systematic Review. Ann Intern Med. ;157:348–366. doi: 10.7326/0003-4819-157-5-201209040-00007

[8] Current status of persistent organic pesticides residues in air, water, and soil, and their possible effect on neighboring countries: A comprehensive review of India Ishwar Chandra Yadava & al, Science of The Total Environment, Volume 511, 1 April 2015, Pages 123-137.

[9]  Carbohydrates in human nutrition, G. Nantel Food and Nutrition Division, FAO, 1999.

[10]. R.L. Weinsier, « Dairy foods and bone health: examination of the evidence », American Journal of Clinical Nutrition, 2000 ; 72:681-689.

[11] Lanou AJ, Berkow SE, Barnard ND. Calcium, dairy products, and bone health in children and young adults: a reevaluation of the evidence. Pediatrics. 2005 Mar;115(3):736-43.

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