Comment la grenade protège des maladies liées à l'âge

Par Marie-Céline Ray Publié le 01/08/2016 Mis à jour le 10/03/2017
Actualité

Les molécules responsables des bénéfices de la grenade sont les urolithines produites par la flore intestinale à partir de composés du fruit.

La grenade est un fruit originaire d’Asie, contenant des petites graines rouges, qui peut être consommée telle quelle ou sous forme de jus. Elle exerce une action neuroprotectrice contre la maladie d’Alzheimer et préviendrait le vieillissement cérébral. Le fruit est connu pour ses propriétés anti-inflammatoires, anti-âge et antioxydantes.

Lire : Les propriétés de la grenade 

La grenade contient un polyphénol, l’ellagitanine dont les bactéries de la flore intestinale se servent pour fabriquer des molécules appelées urolithines. Ce sont ces urolithines qui expliqueraient les bienfaits de ce fruit. Mais comment agissent les urolithines, et donc la grenade ?

L’urolithine A ralentit le vieillissement

L’urolithine A est un composé naturellement produit dans l’intestin quand une molécule de la grenade de la famille des ellagitannines est digérée par les bactéries de la flore intestinale. Quand le précurseur de l’urolithine A est présent dans l’intestin, il se rompt en acide ellagique qui est ensuite transformé par les bactéries intestinales pour donner de l’urolithine A.

Une équipe de l’école polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) a testé l’urolithine A chez le ver nématode Caenorhabditis elegans. Il s’agit d’un organisme modèle très utile pour étudier le vieillissement cellulaire car à 8-10 jours il est déjà âgé. Résultats : lorsque les vers sont exposés à l’urolithine A, ils vivent environ 45 % plus longtemps. L’équipe a aussi observé que l’urolithine A empêche l’accumulation de mitochondries défectueuses quand le ver vieillit.

Lors du vieillissement, les mitochondries (les usines énergétiques des cellules) deviennent défaillantes. Un processus, appelé mitophagie, recycle des mitochondries usagées. Si les mitochondries usées ne sont pas recyclées, elles peuvent causer des problèmes dans les cellules, notamment au niveau des muscles qui peuvent s’affaiblir. Il existe des preuves montrant que des mitochondries usagées jouent un rôle dans des maladies liées au vieillissement comme la maladie de Parkinson.

Les chercheurs suisses ont ensuite répété leurs expériences chez des rongeurs et trouvé que l’urolithine A conduisait à une réduction significative des mitochondries défectueuses. De plus, les souris âgées (2 ans) avaient une meilleure endurance que des souris témoins (à 42 % supérieure). Dans d’autres tests chez de jeunes rats, l’urolithine améliorait la capacité physique.

L’urolithine A restaure donc la mitophagie. Pour un des auteurs, Patrick Aebischer, professeur de neuroscience, l’urolithine A  « est la seule molécule connue qui peut relancer le processus de nettoyage mitochondrial, aussi connu comme mitophagie. C’est une substance tout à fait naturelle, et son effet est puissant et mesurable. » D’après Chris Rinsch, un autre auteur de l’étude, « des précurseurs de l’urolithine A se trouvent non seulement dans les grenades, mais aussi en petites quantités dans beaucoup de noix et de baies. »

Les urolithines passent dans le cerveau

Dans une étude parue dans ACS Chemical Neuroscience en 2015, des chercheurs de l’université de Rhode Island ont cherché quelles molécules issues de la grenade pouvaient passer la barrière hémato-encéphalique. Ils ont étudié 21 composés issus de la grenade : aucun ne pouvait passer cette barrière, mais certains de leurs métabolites, les urolithines, y parvenaient. Les chercheurs ont aussi montré que les urolithines limitaient la formation de plaques bêta-amyloïdes in vitro, les plaques impliquées dans la maladie d'Alzheimer. Les urolithines seraient donc les molécules responsables de l'effet neuroprotecteur et anti-inflammatoire de la grenade.

Un complément avec de la grenade ralentit le cancer de la prostate

Certains aliments riches en polyphénols, antioxydants présents naturellement dans l’alimentation, ont des propriétés anticancéreuses. Par exemple, consommer beaucoup de fruits et légumes, riches en antioxydants – et donc en polyphénols – après un cancer du sein diminuerait le risque de rechute.

 Lire : L'huile d'olive et les polyphénols contre le cancer du sein 

Dans une étude parue dans Prostate cancer and prostatic disease, les chercheurs ont testé un mélange d’aliments riches en polyphénols pour réduire la progression du cancer de la prostate. Un des indicateurs pour suivre l’évolution de ce cancer est le dosage du PSA (Prostate Specific Antigen). Son dosage dans le sang est un élément pour le diagnostic précoce du cancer de la prostate et le suivi de l'évolution de la maladie.

199 hommes atteints d’un cancer de la prostate ont participé. Certains ont eu un placebo et d’autres un complément avec un mélange de thé vert, grenade, curcuma et brocoli. Les taux de PSA ont été mesurés entre les deux groupes au début de l’étude puis 3 et 6 mois après. Résultats : entre le début et la fin de l’étude, les taux de PSA ont augmenté en moyenne de 14,7% chez les participants ayant reçu le supplément alimentaire riche en polyphénols et de 78,5 % chez les participants ayant reçu le placebo. Entre le début et la fin de l’étude, 46 % des participants recevant la supplémentation avaient un taux de PSA inférieur ou identique contre 14 % dans le groupe placebo.

 Lire : Contre le cancer de la prostate : fibres, fruits, céréales complètes

Moins de stress oxydatif et d'inflammation avec du jus de grenade

Selon des chercheurs de l’hôpital Western Galilee, en Israël, la consommation de jus de grenade permettrait de réduire les complications de patients sous dialyse. Les auteurs ont suivi 101 patients sous dialyse à qui ils ont donné soit du jus de grenade, soit un placebo avant chaque dialyse (3 fois par semaine) durant un an. Résultat : l’inflammation et le stress oxydatif sont réduits chez les patients consommant du jus de grenade, tout comme le risque d’infections et de maladies cardiovasculaires.

Pour en savoir plus sur les propriétés des fruits : Le guide des aliments antioxydants (lire un extrait ICI >>)

Sources

Ryu D, Mouchiroud L, Andreux PA, Katsyuba E, Moullan N, Nicolet-Dit-Félix AA, Williams EG, Jha P, Lo Sasso G, Huzard D, Aebischer P, Sandi C, Rinsch C, Auwerx J. Urolithin A induces mitophagy and prolongs lifespan in C. elegans and increases muscle function in rodents. Nat Med. 2016 Jul 11. doi: 10.1038/nm.4132

Yuan T, Ma H, Liu W, Niesen DB, Shah N, Crews R, Rose KN, Vattem DA, Seeram NP. Pomegranate's Neuroprotective Effects against Alzheimer's Disease Are Mediated by Urolithins, Its Ellagitannin-Gut Microbial Derived Metabolites. ACS Chem Neurosci. 2015 Nov 17.

Thomas R, Williams M, Sharma H, Chaudry A, Bellamy P. A double-blind, placebo-controlled randomised trial evaluating the effect of a polyphenol-rich whole food supplement on PSA progression in men with prostate cancer-the UK NCRN Pomi-T study. Prostate Cancer Prostatic Dis. 2014 Jun;17(2):180-6. doi: 10.1038/pcan.2014.6. Epub 2014 Mar 11.

The American Society of Nephrology’s 43rd Annual Meeting and Scientific Exposition in Denver.

La sélection

Publicité

Les meilleurs livres et compléments alimentaires sélectionnés pour vous par NUTRIVI, la boutique de la nutrition.

Découvrir la boutique logo Nutrivi

A découvrir également

Back to top