Deux études de l’Inserm pointent les risques de cancer et de diabète associés avec la consommation de conservateurs.
Les émulsifiants, largement utilisés par l’industrie agro-alimentaire pour fabriquer des aliments ultra-transformés pourraient avoir des effets néfastes sur la flore intestinale. Tour d’horizon.
Les émulsifiants sont des substances naturelles ou de synthèse, souvent employées par l’industrie agro-alimentaire pour fabriquer des aliments ultra-transformés.
On trouve des émulsifiants dans un très grand nombre d’aliments industriels dans lesquels eau et huile sont associés, mais aussi dans les glaces, les chewing-gums et les produits de panification… Certains de ces émulsifiants peuvent avoir des effets marqués sur la flore intestinale.
A lire : Ce que l’on sait des effets des émulsifiants de synthèse sur le cerveau
Les émulsifiants servent à lier deux composants qui en temps normal ne se mélangent pas ou mal, comme l’eau et l’huile. Les émulsifiants créent des micelles stables à l’interface entre l’eau et l’huile. Dans les glaces, où l’une des phases est constituée d’air, ils permettent de la stabiliser. Ils donnent aux aliments un aspect et une consistance soyeux, ce qui les rend plus attrayants pour le consommateur.
Les émulsifiants ont d’autres fonctions, dites « secondaires », comme le durcissement de la pâte des produits panifiés, et la prévention du rancissement.
L’industrie agro-alimentaire associe ainsi souvent 2 ou 3 émulsifiants dans le même produit pour flatter leur apparence et faire des économies de matières premières. Par exemple, dans un gâteau industriel, un mélange d’émulsifiants permet d’augmenter l’aération, ce qui conditionne le volume, mais aussi de stabiliser la pâte, de la rendre souple et d’augmenter la teneur en eau.
À lire aussi : 10 conseils pour soulager les ballonnements
Les émulsifiants peuvent être d’origine naturelle ou synthétique.
Les émulsifiants, naturels ou synthétiques pourraient poser des problèmes à la flore intestinale (microbiote intestinal), selon certains travaux.
L’intestin est colonisé par une large communauté de micro-organismes comprenant bactéries, virus, champignons, qu’on appelle microbiote intestinal.
Le microbiote intestinal joue des rôles importants sur le métabolisme, l’immunité, l’inflammation, la santé cardiovasculaire et même la santé du cerveau. La perte de diversité du microbiote ou son déséquilibre ont été associés à des maladies inflammatoires chroniques, qui vont de l’obésité au syndrome métabolique, au diabète syndrome métabolique et aux maladies inflammatoires de l'intestin comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (colite ulcéreuse).
A lire aussi : Intestin irritable : le rôle des additifs exploré
Le microbiote intestinal peut être altéré par bien des facteurs, qui vont du stress chronique à la qualité de l’alimentation, en particulier le manque de fibres. Ces perturbations portent le nom de dysbiose. Récemment, des études ont mis en évidence le rôle néfaste sur le microbiote de certains additifs alimentaires que l’on trouve dans les aliments ultra-transformés. Il s’agit surtout d’émulsifiants.
Ces additifs favoriseraient la perméabilité de l’intestin ce qui peut conduire à des phénomènes d’auto-immunité.
En effet, l’intestin, en plus de son rôle de digestion et d’absorption, constitue une barrière entre le milieu intérieur et l’environnement. A ce titre, il doit empêcher les pathogènes, allergènes, toxines, présents dans le tube digestif, de passer dans l’organisme. Cette fonction barrière est assurée par des jonctions serrées qui séparent les cellules de l’épithélium intestinal.
Certains émulsifiants non absorbés pourraient nuire à la barrière intestinale en affectant les jonctions serrées. Lorsque les jonctions serrées sont déstabilisées, cela conduit à l’entrée d’antigènes étrangers qui activent l’inflammation et les phénomènes d’auto-immunité. Un mauvais fonctionnement de la barrière intestinale pourrait donc expliquer l’incidence croissante des maladies auto-immunes.
Des articles récents ont accusé les émulsifiants de provoquer des dysfonctionnements de la barrière intestinale en affectant les jonctions serrées (1) (2). Lorsque les jonctions serrées sont déstabilisées, cela conduit à l’entrée d’antigènes étrangers qui activent l’inflammation et les phénomènes d’auto-immunité. Un mauvais fonctionnement de la barrière intestinale pourrait donc expliquer l’incidence croissante des maladies auto-immunes.
Ce n’est pas tout. En 2016 puis 2017, des chercheurs de l’université d’Atlanta (Georgie) et de l’université de Gand (Belgique) ont montré qu'expérimentalement, deux familles d’émulsifiants (polysorbates et carboxyméthylcellulose) perturbent la flore intestinale et la rendent pro-inflammatoire (3) (4).
Le Nouveau Guide des Additifs, conçu par LaNutrition.fr, à jour des données scientifiques, conseille déjà d’éviter ces deux familles d’additifs :
Une nouvelle étude publiée en 2021 dans Microbiome est allée encore un peu plus loin en testant 20 émulsifiants courants sur un modèle de microbiote humain. (5) Voici ce que les chercheurs ont trouvé :
|
Effets sur l’intestin
|
Où les trouvent-ont ?
|
|
|
Carboxyméthylcellulose de sodium, gomme de cellulose (E466)
|
Affecte la composition du microbiote
|
Édulcorants de table, gnocchis de pommes de terre, boissons alcoolisées, confiseries, fruits secs, pâtes, crèmes, nectars de fruits, aliments diététiques pour nourrissons et pour enfants à des fins médicales spéciales, compléments alimentaires
|
|
Polysorbate 80 (E433)
|
Affecte la composition du microbiote
|
Produits de boulangerie, sauces, soupes, huiles
|
|
Lécithine de tournesol (E322)
|
Affecte la composition du microbiote
|
Chocolat, pâte à tartiner, sauce, soupe, dessert…
|
|
Maltodextrine (E1400)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
Sauces, soupes, sucreries, laitages, boissons végétales, laits infantiles, médicaments, boissons énergétiques pour sportifs
|
|
Alginate de propylène glycol, alginate d'hydroxypropyle (E405)
|
Affecte la composition du microbiote
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
Margarines, glaces à l'eau, chewing-gums, confiseries, pâtisseries, sauces, alimentation infantile, boissons aromatisées, bières, cidres, spiritueux, snacks
|
|
Carraghénane – lota (E407)
|
Affecte la composition du microbiote
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
Laits déshydratés, crèmes pasteurisées, yaourts allégés, confitures, gelées, préparations infantiles
|
|
Carraghénane – Kappa (E407)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
|
|
Carraghénane – Lambda (E407)
|
Affecte la composition du microbiote
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
|
|
Gomme de xanthane (E415)
|
Affecte la composition du microbiote
Augmente l’inflammation
|
Produits transformés, additifs, ingrédients utilisés en pâtisserie maison
|
|
Gomme arabique (E414)
|
Affecte la composition du microbiote
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
|
|
Gomme de guar (E412)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
|
|
Gomme de caroube (E410)
|
Affecte la composition du microbiote
|
|
|
Agar-agar (E406)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
|
|
|
Esters monoacétyltartriques et diacétyltartriques des mono- et diglycérides d’acides gras (E472e)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
|
Pain et produits de boulangerie, boissons alcoolisées ou non, pâtes, fruits et légumes secs, confiseries, compléments alimentaires
|
|
Hydroxypropyl-méthyl-cellulose (E464)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
|
Édulcorants de table, gnocchis de pommes de terre, boissons alcoolisées, confiseries, fruits secs, pâtes, compléments alimentaires
|
|
Monostéarate de sorbitane (E491)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
Augmente l’inflammation
|
Produits de boulangerie, sauces, produits à base de lait fermenté, confiseries, chewing-gums, produits diététiques, compléments alimentaires
|
|
Monostéarate de glycérine (E471)
|
Affecte la composition du microbiote
Diminue la diversité des bactéries
Augmente l’inflammation
Affecte l’expression des gènes du microbiote
|
Pain et produits de boulangerie, boissons alcoolisées ou non, pâtes, fruits et légumes secs, confiseries, compléments alimentaires
|
|
Mono-oléate de glycérine (E471)
|
Diminue la diversité des bactéries
|
Dans une étude récente, le polysorbate 80 (E433) et la carboxyméthylcellulose (E466) perturbent la flore intestinale et la rendent pro-inflammatoire. Il en va de même, toujours expérimentalement, pour certains carraghénanes (E407). La gomme de caroube et la gomme xanthane ont entraîné des altérations de la densité des bactéries intestinales, de la composition de la flore, et augmenté l’expression de molécules pro-inflammatoires. La gomme arabique, l’agar agar, semblent avoir des effets modestes ou réversibles sur le microbiote intestinal. La lécithine de tournesol avait une influence néfaste sur certains paramètres (probablement du fait de la présence d’acides gras de la famille oméga-6, inflammatoires), mais la lécithine de soja n’avait pas d’effet notable. On manque de données pour ce qui est des mono- et diglycérides d’acides gras.
Cette étude a mis en évidence les effets particulièrement néfastes des gommes sur le microbiote. D’autres études doivent encore tester l’effet d’une combinaison de plusieurs émulsifiants, appelé aussi « l’effet cocktail » que l’on trouve souvent dans les produits ultra-transformés.
Pour diminuer votre exposition aux additifs, le plus simple est de réduire la part des aliments ultra-transformés dans votre alimentation. Celle-ci devrait rester occasionnelle ne devrait pas dépasser 15% des calories. Suivez les conseils du Bon Choix au Supermarché.
>> Pour éviter tous ces additifs douteux, munissez-vous de notre Nouveau guide des additifs et Le bon choix au supermarché
Naimi et al. Microbiome (2021) 9:66 https://doi.org/10.1186/s40168-020-00996-6
Deux études de l’Inserm pointent les risques de cancer et de diabète associés avec la consommation de conservateurs.
Vous consommez régulièrement des aliments ultra-transformés ? Vous absorbez alors sans doute cet additif : « les carraghénanes ou E407 ». Leurs effets sur la santé sont controversés. Détails.
Le dioxyde de titane E171 est un additif dont l'utilisation alimentaire est interdite en Europe depuis 2022. Mais il est encore employé dans des médicaments et cosmétiques.