Bouffées de chaleur, prise de poids, fragilité osseuse... Voilà généralement ce qui vient à l’esprit quand on évoque la ménopause. Pourtant, derrière ces symptômes bien réels se cache une réalité moins connue : pour nombre de femmes, cette étape représente une véritable libération, et peut ouvrir la porte à plus d'épanouissement personnel.
C'est ce que défend Lisa Mosconi, neuroscientifique, dans son livre La ménopause commence dans le cerveau. « Par-delà ses inconvénients les plus visibles, la ménopause peut avoir un impact positif sur votre vie », affirme-t-elle. Un constat qui bouscule les idées reçues.
Alors, quels sont concrètement ces avantages méconnus de la ménopause ?
1 : Plus de règles !
Une femme est ménopausée lorsqu’elle a passé une année complète sans règles. Cela se produit en moyenne vers 51-52 ans. La fin des règles, c’est la fin des serviettes hygiéniques, des tampons, des douleurs au ventre et des syndromes prémenstruels qui gâchent la vie de beaucoup de femmes. « La ménopause réduit également les fibromes utérins, une cause majeure de saignements abondants, et met un terme au syndrome prémenstruel, ce qui, pour 85 % des femmes, signifie la disparition de nombreux symptômes complexes allant de la sensibilité des seins et de l’irritabilité à des migraines invalidantes, dit Lisa Mosconi. Cette liberté représente un avantage considérable pour un nombre de femmes bien plus important que vous ne pouvez l’imaginer. »

2 : La fin de la contraception
« Autre point positif souvent cité, la possibilité de profiter de relations sexuelles sans avoir à s’inquiéter de conséquences imprévues. » Plus de règles, donc plus d’ovulation et plus de risque de tomber enceinte. « Selon des enquêtes nationales, dit Lisa Mosconi, l’amélioration de l’humeur et l’optimisme rapportés par de nombreuses femmes ménopausées sont souvent liés à la fin des règles, du syndrome prémenstruel et des inquiétudes liées à la grossesse. »
Finis la pilule, le stérilet… Pendant plusieurs décennies, les femmes doivent jongler entre les moyens de contraception, s’interrogeant sur le plus adapté à leur situation, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients. Le dossier est désormais clos.
3 : Un nouveau départ dans la vie et plus d’épanouissement personnel
À l’âge de la ménopause, les femmes sont souvent établies professionnellement, leurs enfants, si elles en ont, sont grands et nécessitent moins de présence maternelle. À 50 ans, on est encore jeune et certaines femmes ressentent un regain d’énergie, une forme de renaissance. « Au cours de mes recherches, j’ai découvert le terme « ménostart », proposé comme une alternative à la ménopause, dit Lisa Mosconi. Ce mot semble approprié pour les nombreuses femmes qui vivent cette transition comme un tournant, à la suite duquel leurs centres d’intérêt, priorités et comportements évoluent de manière positive. »
Comme elle l’explique dans son livre, le cerveau des femmes évolue à chacune des trois grandes étapes de la vie d'une femme, qu'elle appelle les « 3 P » : la puberté, la grossesse (pregnancy en anglais), et la périménopause. À chacune de ces trois étapes, sous l’effet des changements hormonaux, le cerveau se réorganise, les modes de pensée changent. Une nouvelle phase de la vie commence, qui peut se traduire par un déménagement, une réorientation professionnelle, de nouvelles passions. « Vous n’avez peut-être plus l’énergie trépidante d’une adolescente, mais il se peut que vous vous surpreniez à envisager de nouveaux départs : une nouvelle carrière, de nouvelles relations et de nouveaux centres d’intérêt, de nouveaux lieux de vie ou de voyage, de nouvelles pratiques en matière de santé et de soins personnels, et un renouveau général dans la façon dont vous canalisez votre temps et votre énergie. »
Les femmes vivraient même une des plus belles périodes de leur vie à la ménopause. « L’une de mes découvertes les plus surprenantes, poursuit Lisa Mosconi, est que les femmes ménopausées sont généralement plus heureuses que leurs cadettes – et souvent plus heureuses qu’elles ne l’étaient avant la ménopause. »
Les femmes ménopausées sont souvent plus heureuses qu’elles ne l’étaient avant la ménopause
4 : Le rôle essentiel des femmes ménopausées dans la société
Les scientifiques, paléontologues et médecins, ont commencé à s’interroger sur la place de la ménopause dans l’évolution seulement depuis le 19e siècle. Le mot « ménopause » n’est apparu qu’en 1821, lorsque le médecin français Charles de Gardanne l’a inventé pour désigner le moment où les règles d’une femme prennent fin. « Jusqu’à récemment, dit Lisa Mosconi, la ménopause était considérée comme le résultat artificiel de l’augmentation de l’espérance de vie des femmes, traitée comme la conséquence malheureuse d’une vie bien plus longue que ce que la nature avait prévu. » Mais cette vision des choses est révolue. La ménopause, qui est un phénomène rare chez les mammifères, présente des avantages évolutifs certains, mais lesquels ?
Quand des ethnologues ont étudié des tribus de chasseurs-cueilleurs, les Hadza, ils ont pu observer le rôle essentiel que jouaient les femmes dans l’alimentation de la tribu. Alors que les hommes partent à la chasse et en reviennent souvent bredouilles, les femmes contribuent par la cueillette à ramener la plupart des denrées que la collectivité va consommer, telles que des baies, des tubercules et des fruits.
Et quand les femmes deviennent mères elles doivent passer plus de temps avec leurs enfants. C’est là qu’interviennent les grands-mères. Non seulement elles ont un rôle de soutien des mères, mais en plus c’est leur travail qui contribue directement à la survie du groupe par les denrées alimentaires qu’elles apportent. « Il est rapidement apparu que les groupes de grands-mères assumaient toutes les responsabilités liées à la cueillette et à l’alimentation, explique Lisa Mosconi. En prenant en charge leurs petits-enfants, les femmes âgées permettaient également à leurs filles d’enfanter davantage, doublant ainsi les chances de survie de l’espèce. »
En définitive, l’évolution a pu sélectionner les gènes des femmes qui vivent longtemps et qui pourront entrer en ménopause car la survie de l’espèce dépendrait aussi de ces femmes ! Selon une théorie récente, la longévité humaine pourrait même s’expliquer par la longévité des femmes ménopausées, qui ont été sélectionnées par l’évolution. « Car les grands-mères préhistoriques n’étaient pas n’importe quelles grands-mères, dit Lisa Mosconi. Ces femmes avaient la force de survivre à plusieurs accouchements et le patrimoine génétique nécessaire pour ne pas mourir après la ménopause. Autant de capacités qui, selon cette théorie, furent transmises à leurs enfants et petits-enfants, perpétuant ainsi les gènes de longévité. »