Les surprises de l’étiquetage nutritionnel

Par Lanutrition.fr Publié le 23/03/2016 Mis à jour le 02/11/2017
Point de vue

L'étiquetage nutritionnel à 5 couleurs du PNNS est fiable pour deux produits sur trois. Pour les autres... c'est carrément rockn'roll.

Pour les besoins du Bon choix au supermarché (lire un extrait ICI >>) et du Bon choix pour vos enfants nous avons décortiqué l’étiquetage nutritionnel à 5 couleurs (5C), adopté par le Haut conseil de la santé publique en août 2015. Cet étiquetage a été mis en vigueur sur la base du volontariat le 31 octobre 2017 par le ministère de la Santé.
Pour l’instant il n’y a que trois industriels (Fleury Michon, McCain, Danone) et 3 distributeurs (Intermarché, Leclerc et Auchan) qui ont adopté officiellement le Nutriscore). Certains industriels, comme Nestlé ou Coca-Cola, veulent quant à eux développer leur propre système d’étiquetage ce qui risque de semer le trouble chez les consommateurs.

La guerre de l'étiquetage

L’étiquetage 5C a été concocté par le Dr Serge Hercberg et son équipe du Programme national nutrition santé (PNNS) à partir d’un système de notation mis au point par l’Agence britannique des aliments. Mais voilà, l’industrie agroalimentaire, alliée à la grande distribution n’en veut pas. Elle propose son propre code couleurs !

Jusqu’en janvier, l’étiquetage 5C et ses promoteurs tenaient la corde, mais début février, Marisol Touraine, la ministre de la santé a décidé de faire évaluer "en conditions réelles d'achat" divers systèmes d'étiquetages, "pour déterminer celui qui apparaîtra comme le mieux adapté à l'information des consommateurs".

L'évaluation a été menée par un "comité de pilotage", qui a suivi un protocole mis en place par un "comité scientifique interdisciplinaire". Lequel comité scientifique se distingue par des conflits d’intérêt puisque 6 de ses 14 membres sont liés à l’industrie agroalimentaire. 

Pour éclairer le débat, nous avons voulu savoir ce que valait réellement l’étiquetage nutritionnel 5C du PNNS : dirige-t-il au moins vers les bons produits ?

Pour faire court, l’étiquetage 5C signale correctement bons et mauvais produits dans deux cas sur trois, ce qui n’est pas mal du tout. Le problème, c’est que dans un cas sur trois, il se trompe, et que c’est parfois la catastrophe : des produits minables bien notés, ou des produits intéressants pour la santé très mal notés. Inquiétant pour le consommateur censé confier sa santé aux pastilles de couleur. Cela tient, comme nous l'expliquons dans notre document d'analyse, aux critères retenus par les Anglais et adaptés par l’équipe Hercberg. Ces critères sont incomplets, et plusieurs sont dépassés, ne reflétant pas les connaissances récentes.

Cassoulet aux additifs

Pour prendre un seul exemple, revenons au 24 février 2016, quand Marisol Touraine louait l’étiquetage nutritionnel à 5 couleurs par un tweet demeuré célèbre, qui a fait se gausser les réseaux sociaux :

"Le cassoulet parfois plus équilibré que le poisson cuisiné ? Contre-intuitif mais vrai. Avec la loi de santé, enfin des repères clairs !" tweete-t-elle alors.

La ministre faisait référence à un document de Que Choisir, qui a appliqué l’étiquetage nutritionnel français à plusieurs plats en conserves, dont le « cassoulet mitonné » de William Saurin. En utilisant ces critères, Que Choisir a décerné un feu vert (la meilleure note possible) à ce plat.

Mais le cassoulet mitonné de William Saurin mérite-t-il vraiment un feu vert ?

Bien sûr nous n'avons rien contre le cassoulet, mais voici la composition de celui-ci :

- Sauce : eau, saindoux, concentré de tomate, farine de blé, sel, sucre, arômes.

- Haricots blancs précuits (33%).

- Charcuterie et viande (22%) : saucisses fumées et saucisson (viande de porc, eau, viande de dinde, couenne de porc, maigre de tête de porc, farine de blé, gras de porc, fibres de pois, sel, protéines de soja, gélifiant : E407a, stabilisants : E450, E452, conservateurs : E250, E316, protéines de lait, épaule de porc préparée en salaison (eau, sel, stabilisants : E451, E452, conservateur : E250).

Le Bon choix au supermarché, au contraire, attribue une mauvaise note au cassoulet William Saurin, dont la composition est encombrée d’additifs en tous genres. Nous avons publié dans le livre plusieurs autres exemples tout aussi éloquents.

Pour consulter notre analyse complète de l'étiquetage 5C et constater d'autres surprises du même genre, lire  : que vaut l'étiquetage nutitionnel à 5 couleurs ? (abonnés)

En conclusion, l’étiquetage nutritionnel 5C ne se trompe pas dans les deux tiers des cas, ce qui n'est pas mal, mais il ne peut pas prétendre renseigner correctement le consommateur sur les qualités d’un produit. Ce système mériterait d’être amélioré et nous tenons notre analyse complète à la disposition de ses concepteurs pour qu'elle en tire des pistes concrètes permettant au score d'être plus précis. Dans l’incertitude, chers consommateurs, il faudra continuer de lire les étiquettes !

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