Le 2 DG, espoir déçu des mimétiques de la restriction calorique

Par Lanutrition.fr Publié le 21/01/2010 Mis à jour le 10/03/2017
La restriction calorique est le seul moyen connu pour augmenter l’espérance de vie dans toutes les espèces animales. Et vraisemblablement chez l’homme. Depuis les années 1990, les chercheurs essayent de mettre au point des « mimétiques » de la restriction calorique (lien). Le premier candidat en lice, le 2 DG a été recalé malgré des débuts prometteurs.

 

Qu’est-ce que le 2DG

Le 2DG ou 2-déoxy-D-glucose possède une structure proche de celle du glucose. Il est utilisé par les mêmes enzymes qui agissent habituellement sur le glucose. Ces enzymes vont préférentiellement s’occuper du 2DG. Mais une fois transformé, le 2DG ne peut plus être pris en charge par d’autres enzymes de la cellule. Résultat : il s’accumule dans la cellule, empêche celle-ci d’accéder au glucose. Privées de glucose, les cellules fabriquent moins d’ATP, une substance qui sert de réserve énergétique. Elles se trouvent placées dans un état métabolique proche de la restriction calorique alors même que vous consommez une quantité normale de nourriture.

Ce composé a été d’abord testé dans les années 1940 et 1950 pour traiter des rats atteints de cancer. A cette époque, les chercheurs avaient noté que le 2DG permettait de diminuer le taux d’insuline circulant dans le sang.

 

Pourquoi le 2DG mime la restriction calorique

Justement grâce à son action sur l’insuline ! Notre pancréas produit de l’insuline quand le taux de glucose dans le sang augmente. Son rôle : faire baisser la glycémie. C’est aussi un puissant facteur de croissance pour tous les êtres vivants. Depuis la fin des années 1990, on sait que l’insuline et ses récepteurs – ce qu’on appelle la voie insuline – jouent un rôle-clé dans le vieillissement. En faisant baisser l’insuline, la restriction calorique diminuerait le vieillissement. Lorsqu’il a pris connaissance des travaux sur le 2DG, Georges Roth, l’un des meilleurs spécialistes de la biologie du vieillissement, a émis l’hypothèse suivante : la restriction calorique diminue l’insuline. Mais elle est impossible à mettre en œuvre. Le 2DG diminue l’insuline, il pourrait être notre fameux mimétique de la restriction calorique !

 

Que disent les études sur le 2DG

A partir du milieu des années 1990, George Roth et ses collègues du NIA se lancent dans l’étude du 2DG, qu’ils administrent à des rats. George Roth résume ainsi leurs découvertes : « Le 2DG reproduit de nombreuses réponses de l’organisme à la restriction calorique : il abaisse la température, augmente les hormones et les protéines du stress et affecte les cycles de reproduction ».

En 2004, Mark Mattson, lui aussi chercheur au NIA à Baltimore a administré du 2DG à des rats avant de surveiller leur pression artérielle et leur pouls à l’état normal et en situation de stress (1). « Les rats qui ont reçu du 2DG, dit-il, avaient une pression artérielle plus basse et un pouls plus lent que ceux qui ont reçu une alimentation normale, qu’ils soient ou non soumis à des stress répétés. Les effets du 2DG sur la pression artérielle et le pouls sont similaires à ceux que permettent la restriction calorique et l’exercice physique régulier. » Mark Mattson pense que le 2DG agit favorablement sur le système cardiovasculaire en imposant un léger stress à l’organisme. Comme la restriction calorique.

Il y a quelques mois, une équipe de l’université du Colorado (Fort Collins) a montré que le 2DG freine la croissance des tumeurs. Comme la restriction calorique (2).

 

Pourquoi le 2DG a été abandonné

« Nous nous sommes dit que si le 2DG pouvait mimer tous les aspects de la restriction calorique chez l’animal, il pourrait peut-être en faire autant chez l’homme », confie George Roth. « Malheureusement, déplore le chercheur, nous avons découvert que le 2DG ne serait jamais la pilule anti-âge que nous avions espérée ». Motif : quand la dose augmente ou que le traitement se prolonge, il devient toxique.

 

Lire également nos articles :

Les bénéfices santé de la restriction calorique

Restriction calorique : manger moins ou faire du sport

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Calories et longévité : la formidable découverte de Clive McCay

Les mimétiques de la restriction calorique dans notre dossier sur la restriction calorique

L’interview de George Roth : « La restriction calorique augmente l’espérance de vie »

L’interview de Jean-Marie Robin : « La restriction calorique peut aussi diminuer la longévité »

 

Références

(1) Wan R. Dietary supplementation with 2-deoxy-D-glucose improves cardiovascular and neuroendocrine stress adaptation in rats. Am J Physiol Heart Circ Physiol 287: H1186-H1193, 2004

(2) Zhu Z. 2-Deoxyglucose as an Energy Restriction Mimetic Agent: Effects on Mammary Carcinogenesis and on Mammary Tumor Cell Growth. In vitr. Cancer Res 2005,;65 :7023-7030

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