Christophe Brusset : «Manger sainement doit être un droit universel»

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 02/11/2018 Mis à jour le 05/11/2018
Point de vue

Des miels à base de sirop de fructose, des glaces à la vanille sans vanille … les faux aliments à l'allure de vrais aliments, voilà ce que dénonce Christophe Brusset dans son deuxième livre « Et maintenant on mange quoi ? ». Entretien.

Christophe Brusset, ancien cadre de l'industrie agro-alimentaire explique ici pourquoi il est difficile, même en lisant les étiquettes, de savoir ce que contient un aliment industriel. 

LaNutrition.fr : Comment et pourquoi êtes-vous passé d’acteur à opposant à l’industrie agroalimentaire ? 

Christophe Brusset : Plus je travaillais dans l’industrie agroalimentaire, plus cela devenait difficile. Je voyais la qualité des produits se dégrader au fil du temps, pour une raison simple : alléger les coûts. J’ai eu un déclic lorsque je me suis rendu compte que je n’avais plus du tout envie de consommer nos produits. Cependant, tant que je travaillais en France, je ne pouvais pas dénoncer l’industrie sinon je perdais mon poste, j'aurais été « blacklisté » de toutes les industries et je n’aurais plus eu de travail ni de salaire pour subvenir aux besoins de ma famille. Ce fut compliqué, mais j’ai trouvé une opportunité à Singapour, loin de la France. Peu de temps après il y a eu le fameux scandale Findus avec les lasagnes au cheval, et à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait que je parle, que je raconte ce que j’avais vu pour informer les consommateurs des supercheries de l’industrie alimentaire. 

Votre nouveau livre semble très proche du précédent. Qu’est-ce qui les distingue ? 

Mes deux ouvrages sont différents, mais se complètent très bien. J'ai écrit le premier pour ouvrir les yeux des consommateurs en leurs livrant des anecdotes que j’avais vues et vécues durant mes 20 ans dans l’industrie et dans les quelques entreprises où j’avais travaillé. Je voulais les informer de la réalité des entreprises industrielles, de ce qui se passait sous mes yeux mais restait caché de tous.

Le deuxième est, selon moi, plus abouti. Il m’a demandé beaucoup plus de travail et de recherches et j’ai mis 3 ans à l’écrire. J’ai toutefois voulu qu’il soit également ludique, avec un ton assez léger mais montrer et expliquer le fonctionnement de tout cet engrenage. Dans mon premier livre le guide pratique ne faisait qu’une quinzaine de pages, dans le second, il est beaucoup plus détaillé : j’explique rayon par rayon quel produit choisir et surtout pourquoi il faut faire ce choix. 

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Vous parlez souvent de la confiture de fraise sans fraise, de miel composé uniquement de sirop de fructose et de glace vanille sans vanille, y a-t-il d’autres produits dont la composition ne correspond pas au nom ?

Même un aliment qui vous paraît le plus simple possible peut contenir une multitude de substances dont vous ne connaissez ni le nom, ni même l’existence car non mentionnées sur la liste des ingrédients.

Par exemple le jus d’orange, on pense que c’est juste des oranges pressées. Sur la bouteille il y a d'ailleurs indiqué jus d’orange et parfois un peu d’acide ascorbique pour la conservation. Mais, détrompez-vous, ce n'est pas tout ce qu'il y a dans la bouteille : les industriels ont le droit d’ajouter ce que l'on appelle des « auxiliaires technologiques », une catégorie d’additifs non déclarables de 400 molécules classées en 17 catégories. Ce sont des substances, généralement toxiques, ajoutées discrètement par l’industriel dans le processus de fabrication du produit, qui lui permettent de faciliter la fabrication de ses produits. Cependant ces auxiliaires ne sont bizarrement pas définis comme des additifs alimentaires standards. En conséquence, les industriels n'ont pas l'obligation de les mentionner dans la liste d’ingrédients. 

Mon ex-acheteur de jus de fruits me racontait par exemple qu’il ajoutait du diméthicone (son vrai nom étant : polydiméthylxilosan) pour son effet texturant et anti-mousse. 

Mais le diméthicone est également classé comme émulsifiant E900, « potentiellement cancérigène » d’après le Centre international de recherche sur le cancer (IARC). Cet additif (et non l’auxiliaire) est également utilisé comme traitement anti-poux et dans les shampooings pour donner du volume aux cheveux. 

On ne comprend pas pourquoi si c'est aussi un additif il peut ne pas entrer dans la composition des jus de fruits d'une part mais être utilisé comme additif ailleurs d'autre part... Il est autorisé en cosmétique mais pas en alimentation ?

Si c’est autorisé, mais on peut en mettre sans le déclarer. Les auxiliaires sont des additifs, mais simplement non déclarables, c’est ce qui les différencie des autres et pourquoi on en parle jamais car on ne sait pas qu’ils sont ajoutés dans tel ou tel produit.

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Mais les industriels ne s'intéressent-ils donc pas à la santé du consommateur ? 

Tout ce que veut l’industrie c’est gagner de l’argent, donc produire plus mais pour moins cher. Pendant 20 ans on m’a mis la pression pour faire toujours plus et pour moins cher. A aucun moment je n'ai entendu parler de santé des consommateurs. 

Lorsque vous voyez des allégations comme « riche en minéraux, en vitamines, en fibres » sur des produits, ce n’est pas pour votre santé, ce sont des arguments marketings pour vous pousser à acheter. En aucun cas ces produits ne sont réellement bons pour la santé : les industriels ajoutent les nutriments en question dans le produit final mais rien ne vaut les vitamines, antioxydants, fibres et minéraux d’un aliment brut comparé à un aliment reconstitué puis enrichi. 

Un conseil : fuyez quand vous voyez ces allégations

Quand on lit votre livre, on a l’impression qu’il faut absolument boycotter les supermarchés. Est-ce le cas ? Si on y va quand même, comment être sûr qu’on achète un produit de qualité ? 

Cette question me rappelle une interview chez France Inter avec une spécialiste du marketing stratégique du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) qui parlait de marketing de la peur, qui assurait que des gens comme moi effraient les consommateurs. Cela m’a fait réfléchir et j’ai réalisé que moi-même j’ai peur quand je vais au supermarché, peur de mal me nourrir et d’empoisonner ma famille. Et c'est bien normal d’avoir peur, d’une part avec tous les scandales alimentaires que nous avons connus, et face à l’épidémie mondiale de diabète, d’obésité, de cancers et autres maladies provoquées par la malbouffe. Il faut savoir qu’aujourd’hui, selon l’Organisation mondiale de la santé, la malbouffe est la première cause de mortalité, et que l’espérance de vie en bonne santé ne progresse plus. Il faut donc être beaucoup plus attentif lorsqu’on fait ses courses et, de victime de l’industrie, devenir le premier acteur de sa santé.

On peut continuer à faire ses courses au supermarché si on n’a pas d’autres choix comme le circuit court, mais en étant vigilant. Il est préférable d’aller vers des aliments les plus bruts possibles, choisir des fruits et légumes bio, choisir des viandes et poissons avec des labels comme le bio et label rouge, préférer les épices entières aux épices en poudre, choisir des produits dont on connaît l’origine.  

Ainsi on ingèrera moins de molécules chimiques toxiques et un maximum de nutriments naturels.

Manger sainement DOIT être un droit universel. C’est pour cela qu’il faut des gens qui parlent, qui dénoncent qui militent comme l'ONG Foodwatch. C’est comme cela qu’on pourra revenir à une alimentation plus simple, avec de vrais produits.  Et ce n’est pas qu’une question de santé, mais également d’environnement : sans la Terre, on est rien. 

Propos recueillis par Marie-Charlotte Rivet Bonjean.

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