Nous avalons plus de 4 kilos d'additifs par an

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 08/03/2017 Mis à jour le 12/11/2021
Enquête

Nous avalons beaucoup d'additifs. Or sur les 338 autorisés, 90 sont « problématiques » selon une enquête réalisée par LaNutrition.fr. Leur consommation devrait être limitée. Les aliments ultra-transformés sont les principaux pourvoyeurs d’additifs.

Qu’est-ce qu’un additif ?

Définition

Selon la définition de l’autorité européenne des aliments (EFSA), "les additifs alimentaires sont des substances ajoutées intentionnellement aux denrées alimentaires pour remplir certaines fonctions technologiques, par exemple pour colorer, sucrer ou aider à conserver les aliments".

Dans l'Union européenne, tous les additifs alimentaires sont identifiés par un E suivi d’un numéro. Les additifs alimentaires doivent figurer dans la liste d' ingrédients des aliments dans lesquels ils sont utilisés. Les additifs les plus courants apparaissant sur les étiquettes alimentaires sont les antioxydants (pour éviter la détérioration causée par l'oxydation), les colorants, les émulsifiants, les stabilisants, les gélifiants et les épaississants, les conservateurs et les édulcorants.

L’histoire des additifs

Les additifs alimentaires ont été introduits au début du vingtième siècle, pour répondre aux demandes des industriels de l’agro-alimentaire qui souhaitaient que leurs produits se conservent plus longtemps, qu’ils aient meilleur aspect ou un meilleur goût. Comme le rappelle Deborah Blum, auteure du livre The Poison Squad, on a ajouté de la craie au pain, du borax à une variété d’aliments, de la strychnine pour rendre la bière plus amère et du formaldéhyde au lait et à la viande pour les conserver ! Les consommateurs, écrit Deborah Blum, ont cru que les aliments leur parvenaient directement des exploitations agricoles, purs et non altérés. Ce n'était malheureusement pas du tout vrai.

En 1903, un chimiste du nom de Harvey Wiley, commissionné par le ministère de l'agriculture des USA, publie un premier compte-rendu des effets sur la santé d’additifs couramment utilisés en Amérique du Nord et en Europe. Il a pour cela fait ingurgiter ces substances à des volontaires. Beaucoup sont tombés malades. Wiley en conclut que le borax, l'acide borique, l'acide salicylique, l'acide benzoïque, les benzoates, le formaldéhyde, l'acide sulfurique et les sulfates sont dangereux lorsqu’ils sont ajoutés aux aliments. L’industrie agro-alimentaire américaine tentera de salir la réputation de Wiley, avant de payer des parlementaires pour légaliser les substances en cause, mais en vain. Les aliments retrouvent leur naturalité, mais pour un temps seulement.

Les additifs répondent aux besoins des industriels, pas des consommateurs

« L’usage des additifs, explique le Pr Jean-François Narbonne, toxicologue, s’est à nouveau généralisé après la guerre, de pair avec la transformation, toujours plus poussée, des aliments. »

C’est le début du règne des aliments ultra-transformés (AUT). La déconstruction (cracking) et le réassemblage des ces AUT entraînent une dégradation des textures et des saveurs, qu’il faut bien compenser. On recherche aussi la plus longue conservation possible et bien sûr le coût minimum : les additifs permettent de réduire les quantités d’ingrédients naturels plus onéreux.

« Ainsi tout un arsenal chimique appartenant à des familles chimiques diverses, a été mis à la disposition de l’industrie agroalimentaire, dit le Pr Narbonne, qu’il s’agisse de colorants, de conservateurs, d’antioxydants, d’agents de texture, d’antiagglomérants, d’exhausteurs de goûts ou d’édulcorants. »

Aujourd’hui, la présence d’additifs dans un produit signale qu’il s’agit d’un aliment ultra-transformé, dont la consommation est liée à un risque plus élevé de maladies chroniques.

Quelle quantité d’additifs avalons-nous ?

Une étude française parue dans Scientific Report et réalisée auprès de la cohorte NutriNet-Santé, soit plus de 100 000 Français interrogés, dresse un bilan de la consommation quotidienne d’additifs .

Voici les informations importantes à retenir de cette nouvelle étude :

  • Les Français avalent en moyenne 155,5 g d’additifs par kilo de poids corporel et par jour, soit pour un adulte moyen (72,4 kg), 4,1 kg/an selon les calculs de L’UFC-Que Choisir.
  • Les 5% de Français qui en consomment le plus ingèrent près de 25 g par kg de poids, soit 9 kg / an.

Les auteurs préviennent cependant que ces données sous-estiment la consommation réelle d’additifs des Français étant donné que la cohorte NutriNet-Santé a plutôt recruté des personnes soucieuses de leur santé et de la qualité de leur alimentation.

De fait, des chiffres publiés précédemment par l’EFSA suggèrent que pour les amidons modifiés, soit la famille d'additifs la plus consommée par les participants de l’étude (91,48 %), la consommation serait en moyenne de 112 mg par kg de poids corporel, alors que dans la cohorte NutriNet-Santé elle se monte à 24 mg par kg de poids.

Ces études amènent d'autres questions. Par exemple : la dose journalière admissible (DJA) est-elle suffisante pour déterminer l’innocuité d’une substance utilisée étant données la quantité et la diversité des additifs ingérés chaque jour par les consommateurs d’aliments ultra-transformés ? Probablement pas. En effet, selon le Dr Anne-Laure Denans, auteure, avec l'équipe de LaNutrition, du Nouveau Guide des Additifs, "un effet cocktail s’obtient lorsque des substances chimiques associées induisent un effet toxique pour l’organisme à des doses auxquelles chacune est habituellement inoffensive prise individuellement."

Liste des additifs autorisés : 90 additifs problématiques

Quels sont les additifs alimentaires autorisés ?

Pour Le Nouveau guide des additifs, une équipe de journalistes scientifiques de LaNutrition.fr, déjà à l'origine du Bon Choix au supermarché, a réuni pendant plusieurs mois les données scientifiques et toxicologiques sur les additifs, sous la direction du Dr Anne-Laure Denans. Un travail de synthèse et de vulgarisation sans précédent qui a permis de classer ces substances en 4 catégories.

Le livre classe visuellement des 338 additifs en quatre catégories sur la base des dernières études scientifiques :

  • Rouge : ceux qu'il vaut mieux éviter d'une manière générale;
  • Orange : ceux qu'il est conseillé d'éviter dans certaines conditions;
  • Gris : ceux pour lesquels les informations manquent;
  • Vert : ceux qui ne présentent pas de risques connus.

Résultats : 90 additifs « posent problème ». Si leur consommation occasionnelle, à dose faible, est probablement peu risquée, les rédacteurs conseillent d’éviter de les consommer régulièrement ou à dose élevée. Ils pourraient alors entraîner des problèmes qui ont été identifiés dans des études expérimentales (in vitro, chez l’animal) ou chez l’homme, comme par exemple : des troubles du comportement ; des atteintes cellulaires ; une altération de la flore intestinale, voire des cancers et des maladies cardiovasculaires.

À lire : La liste des additifs autorisés en Europe, classés selon leur niveau de risque (Abonné)

Colorants, phosphates, émulsifiants, nitrites, conservateurs : ils sont partout !

Parmi les substances suspectes :

  • Colorants : très présents dans les confiseries et les aliments pour enfants, plusieurs sont soupçonnés de favoriser l’hyperactivité et les troubles du comportement.
  • Phosphates : ils ont envahi les rayons, des plats préparés aux fromages. Ils sont soupçonnés, sur la base d’études épidémiologiques, de favoriser maladies cardiovasculaires, maladies rénales et cancers.
  • Émulsifiants : ces substances qu’on trouve dans les plats préparés, le pain industriel, etc. pourraient perturber la flore intestinale, dont on connaît le rôle régulateur dans les phénomènes d’immunité et plus généralement pour la santé physique et psychique.
  • Nitrites : ces conservateurs présents dans la plupart des charcuteries donnent naissance à des nitrosamines cancérogènes. Ils pourraient expliquer le risque augmenté de cancers digestifs quand on mange régulièrement des charcuteries.

Quels sont les effets des additifs alimentaires sur la santé ?

Les études expérimentales sur les additifs alimentaires les plus consommés ont montré que certains d’entre eux présentent des risques potentiels sur la santé.

  • Une étude a testé 20 émulsifiants dans un modèle ex-vivo de microbiote humain. Plusieurs, dont la carboxyméthylcellulose, le polysorbate 80, les carraghénanes, les gommes de guar/xanthane, les lécithines sont capables de modifier le microbiote intestinal d'une manière susceptible de favoriser l'inflammation. Une étude expérimentale chez l'homme suggère également un lien entre lécithine en tant qu’additif et maladie de Crohn.
  • La lécithine ajoutée aux aliments est par ailleurs dans certaines conditions convertie par les bactéries de l'intestin en TMAO, une substance associée à un risque accru d'athérosclérose et d’infarctus. 
  • Les carraghénanes ont été associées à une hyperglycémie à jeun et une intolérance au glucose.
  • De même, la consommation de sels nitrités conduit dans certaines conditions à la synthèse de nitrosamines, potentiellement cancérogènes. Le sujet fait l’objet d’un débat chez les scientifiques, mais des études prospectives ont trouvé une association entre les aliments conservés par nitrates et nitrites (dont la charcuterie) et la mortalité toutes causes confondues ainsi que la mortalité par certains cancers digestifs.
  • Les phosphates sont largement présents dans les aliments ultra-transformés, et pourraient présenter des risques cardiovasculaires et rénaux.
  • Les sulfates pourraient altérer le microbiote intestinal.
  • Les effets des édulcorants tels que l'acésulfame de potassium, le sucralose et l'aspartame sur la santé cardiométabolique et l'adiposité chez l'homme sont controversés, mais ils semblent capables d’altérer la composition de la flore intestinale.
  • Le caramel peut renfermer du 4-méthylimidazole (4-MEI), une substance potentiellement cancérigène pour l'homme selon le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC).
  • Le glutamate monosodique peut être toxique et entraîner des réactions marquées. Sa consommation est associée à prise de poids dans une cohorte prospective.
  • La carboxyméthylcellulose pourrait modifier la composition du microbiote et favoriser l'inflammation intestinale et le syndrome métabolique.
  • Le conservateur EDTA (éthylènediamine-tétraacétate) peut expérimentalement favoriser l'inflammation et l’initiation de phénomènes tumoraux.

Comment éviter les différents additifs ?

Comment reconnaître les additifs alimentaires ?

Les étiquettes des produits doivent identifier à la fois la fonction de l'additif dans l'aliment fini (par exemple, colorant, conservateur) et la substance spécifique utilisée en faisant référence soit au numéro E qui la désigne soit à son nom (par exemple, E 415 ou gomme xanthane). Nous avons constaté ces dernières années que les mentions sous la forme de E ont tendance à disparaître, remplacées par les noms des additifs en propre, probablement parce que les industriels savent que le consommateur se méfie plus du E que du nom de l'additif, surtout s'il ressemble à quelque chose de connu (monoglycéride d'acide gras par exemple).

Les additifs font partie intégrante des aliments transformés et ultra-transformés. Depuis les années 1960, avec le développement de l’industrie alimentaire et ses techniques de transformation des aliments, mais aussi en raison de l’éloignement entre les lieux de production des aliments et leurs lieux de consommation, les additifs ont connu un véritable boom. Plus l’aliment est transformé, plus sa teneur en additifs sera potentiellement élevée. C’est peut-être la première règle à appliquer : si vous ne voulez pas rencontrer d’additif, détournez-vous des aliments ultra-transformés

Attention : l'absence d'additifs sur une étiquette ne signifie pas que l'aliment n'est pas ultra-transformé. Une étude conduite par Siga dans les supermarchés français montre que les aliments ultra-transformés (AUT) contiennent moins d'additifs que de substances que LaNutrition a baptisées "agents cosmétiques et économiques" ou ACE, qui sont des marqueurs de l'ultra-transformation, comme des arômes, du sirop de glucose, du dextrose : 31% des AUT renferment plus de 5 ACE.

Pour en savoir plus, lire l'interview complète : Anne-Laure Denans : "S'il y a des additifs dans un produit, c'est un faux aliment"

Quelles applications ou livres pour repérer les additifs alimentaires ?

LaNutrition vulgarise depuis plusieurs années les sujets des additifs et des aliments ultra-transformés. En plus des articles publiés sur ce site, on peut se référer au Nouveau Guide des Additifs, préfacé par le Pr Narbonne. Par ailleurs, Le bon choix au supermarché donne, rayon par rayon, les aliments les moins transformés, et les AUT à éviter. C'est aussi un guide complet de nutrition, qui indique aussi sur quels critères choisir une famille de produits. Il est le fruit du travail exhaustif de l'équipe de diététiciennes-nutritionnistes de LaNutrition, en collaboration avec Siga : elles ont arpenté les rayons des supermarchés et passé au crible 77 catégories de produits et près de 1000 aliments, qui ont été analysés et évalués selon leur degré de transformation et donc leur impact sur la santé. Si plusieurs centaines de produits, peu transformés, reçoivent une bonne note, un nombre tout aussi important devrait être laissé en rayon car ultra-transformés.

L'application Siga de son côté, donne des informations sur le degré de transformation des aliments avec une grille de lecture qui peut différer de celle de LaNutrition. 

À lire : Plus fiable que les applis et le Nutri-score : Le Bon Choix au supermarché

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