Vivez plus longtemps grâce aux aliments fermentés

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Une analyse de 52 études de cohorte mondiales établit un lien entre la consommation régulière de certains aliments fermentés et une réduction du risque de mortalité.

Les aliments fermentés ont pour point commun d’avoir été produits grâce à l’intervention de micro-organismes. Utilisée depuis des millénaires, la fermentation augmente la sécurité alimentaire, prolonge la durée de conservation en inhibant les micro-organismes pathogènes et responsables de l’altération des aliments. Elle peut aussi améliorer la valeur nutritionnelle et la digestibilité des aliments. « La fermentation va transformer l’aliment, le rendre plus savoureux, mais aussi beaucoup plus riche du point de vue nutritionnel, explique la Dre Martine Cotinat dans La magie des aliments fermentés. Des fibres bénéfiques, plus d’acides aminés, de vitamines, d’antioxydants, des molécules anticancéreuses, une meilleure biodisponibilité des minéraux… sont quelques-uns des présents que vous offre la fermentation. »

Au-delà de ces produits métaboliques, les micro-organismes vivants présents dans les aliments fermentés peuvent avoir des effets bénéfiques directs sur la santé en modulant le microbiote intestinal et en renforçant la fonction immunitaire. Cet effet est transitoire, le temps que ces probiotiques naturels passent dans le tube digestif. Toutefois, tous les aliments fermentés ne contiennent pas de micro-organismes vivants au moment de leur consommation. Ils peuvent être détruits pendant la cuisson : c’est le cas du pain par exemple. Mais la fermentation aura pu produire des molécules bénéfiques qui restent dans le produit final.

Les aliments fermentés couvrent un large éventail de catégories : produits laitiers, légumes lacto-fermentés (choucroute, kimchi…), pain, dérivés du soja (natto, miso), charcuteries, vins, bières et autres boissons (kombucha, kéfir)… Profondément ancrés dans les régimes alimentaires traditionnels de toutes les cultures, ils représentent environ un tiers de l’alimentation humaine à l'échelle mondiale. Des données récentes provenant de la population adulte suisse indiquent que les aliments fermentés représentent plus de 20 % de l'apport alimentaire quotidien et augmentent considérablement l'apport en nutriments essentiels, notamment en calcium, en vitamines A et B12, en zinc et en graisses saturées (1). 

Bien que la consommation d’aliments fermentés soit très répandue, leur lien à long terme avec la santé reste incertain. Pour en savoir plus, des chercheurs internationaux, parmi lesquels le Dr Anthony Fardet (INRAE de Clermont-Ferrand), ont réalisé une vaste revue systématique d’études qui est parue en novembre dernier dans Frontiers in Nutrition (2).

Une analyse mondiale

En tout, les chercheurs ont sélectionné 52 études de cohorte menées sur plusieurs continents, permettant d’évaluer le lien entre consommation d’aliments fermentés et mortalité. Parmi ces études ont trouvait par exemple : 

  • de grandes cohortes internationales : l’étude PURE menée dans 21 pays auprès de plus de 136 000 participants a examiné la consommation de produits laitiers en relation avec les maladies cardiovasculaires et la mortalité toutes causes confondues ;
  • au Japon : plusieurs études de cohortes dont une étude prospective menée par les centres de santé publique japonais, appelée JPHC. Cette étude qui a suivi plus de 93 000 adultes pendant près de deux décennies portait sur la consommation de produits laitiers fermentés et de produits à base de soja fermenté ;
  • en Europe : les études EPIC, MONICA, mais aussi de vastes études suédoises et néerlandaises ;
  • aux États-Unis : les grandes cohortes des infirmières et des professionnels de la santé, etc.

Ensemble, ces études couvrent une large diversité culturelle et alimentaire.

Des bienfaits variables selon les aliments

Une seule étude de cohorte a examiné le lien entre les aliments fermentés, considérés dans leur ensemble, et le risque de mortalité. Elle a été menée aux Pays-Bas et ses résultats n’étaient pas concluants. En revanche, pris séparément, différents produits fermentés ont montré des liens bénéfiques avec la santé.

  • Les produits laitiers fermentés, comme le yaourt et les boissons probiotiques : leur consommation réduit de manière modeste la mortalité toutes causes et la mortalité cardiovasculaire. Par exemple, sur 18 études sur la mortalité totale (plus de 1,17 million de participants), 10 montrent une baisse significative du risque, tandis que d’autres observent une tendance non significative ou un effet neutre.
  • Le yaourt a aussi été analysé séparément. 13 études portant sur plus de 828 000 personnes ont évalué sa consommation en lien avec la mortalité totale : cinq montrent une baisse significative du risque, cinq une diminution non significative, et trois un effet neutre. Conclusion : il y a une réduction modérée de la mortalité totale, classée comme « légèrement réduite ». Les données suggèrent aussi que la consommation de yaourt pourrait réduire légèrement la mortalité cardiovasculaire.
  • Le fromage montre des effets bénéfiques sur la mortalité générale, mais les données sur la santé cardiovasculaire sont contradictoires.
  • Les produits à base de soja fermenté comme le natto, présentent un lien modeste avec une réduction de la mortalité globale et cardiovasculaire. Par exemple, d’après une étude de cohorte qui a examiné la consommation totale de produits à base de soja fermenté, il existe une association inverse statistiquement significative avec la mortalité toutes causes confondues. En revanche, cette étude n’a trouvé aucun bénéfice pour les produits à base de soja non fermentés, ce qui indique le bénéfice supplémentaire potentiel de la fermentation. 

Les mécanismes d’action expliqués

Les bienfaits potentiels des aliments fermentés s’expliquent par la présence de composés issus de la fermentation : peptides bioactifs, polyphénols, isoflavones, nattokinase et vitamine K2. 

L’acide lactique produit par les bactéries lors de la lacto-fermentation a aussi des atouts. « Source d’énergie importante, il est capable de se transformer en glucose, dit Martine Cotinat. On lui reconnaît aussi une action antimicrobienne très efficace contre les bactéries indésirables. »

Les bactéries lactiques produisent également des fibres particulières : les EPS ou exopolysaccharides qui protègent les bactéries de stress environnementaux. « Ces EPS ont encore bien d’autres pouvoirs intéressants pour la santé de l’homme, une fois ingérés avec l’aliment, explique Martine Cotinat. Ils exercent non seulement une activité prébiotique en stimulant la croissance des bonnes bactéries du microbiote intestinal, mais aussi une action anti-inflammatoire, antioxydante, anticancéreuse, antivirale (contre le rotavirus, l’adénovirus, le coronavirus), hypocholestérolémiante, fluidifiante du sang, régulatrice du système immunitaire et antidiabétique. »

Pour aller plus loin : La magie des aliments fermentés

  1. Pertziger E, von Ah U, Bochud M, Chatelan A, Haldemann J, Hillesheim E, et al. Classification and estimation of dietary live microorganisms and fermented foods intake in swiss adults. J Nutr. 2025. 
  2. Paveljšek et al. A systematic review of prospective evidence linking non-alcoholic fermented food consumption with lower mortality risk. Frontiers in Nutrition. 2025. 

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