Pr Tran : « Je prescris des méditations aux enfants malades et ça marche »

Par Priscille Tremblais Publié le 24/09/2019 Mis à jour le 24/09/2019
Point de vue

Chef du service de pédiatrie du CHU de Nîmes, le Pr Tran utilise la méditation depuis 10 ans pour soigner ses jeunes patients. Maladies chroniques, douleurs, phobies, anxiété, hyperactivité, troubles du sommeil… le Pr Tran soulage ou guérit de nombreux maux de l’enfant. Rencontre avec ce spécialiste hors du commun.

LaNutrition.fr : Qu’est-ce qui vous a conduit à proposer la méditation à vos jeunes patients ?

Pr Tu-Anh Tran : Je médite moi-même depuis plus de 20 ans et je connais donc cette pratique et ses effets sur moi. L’esprit de quelqu’un qui ne médite pas est toujours dans le passé (regrets, ruminations…) ou dans le futur (anticipation anxieuse), mais jamais dans le présent. Cela génère un stress. Et quand son enfant est malade, ce stress est multiplié par 10 ou 100 et cela parasite la manière de gérer la maladie. Autrement dit, les familles qui viennent me voir sont souvent dans une détresse psychologique et/ou physique car elles doivent gérer des transformations importantes sur plusieurs fronts en raison de la maladie d’un enfant. Je ne peux pas les laisser dans un stress aigu, c’est pourquoi je leur propose des outils pour gérer ce stress. 

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Je leur propose simplement de respirer consciemment pendant quelques minutes avec moi. Cela permet de couper le flux des pensées, l’esprit se recentre alors dans le souffle, dans le corps et ce dernier se détend. La méditation permet de revenir au présent, de mieux appréhender ce qui se passe dans le présent, dans le corps, dans les sensations, instant après instant.

Comment vos collègues et l’administration ont vu cette initiative au début ? 

Au début, personne ne savait ce que je faisais en consultation. Je travaillais à Paris dans un centre de référence en rhumatologie pédiatrique dépendant de l’hôpital Bicêtre. Mes collègues m’envoyaient tous les cas de douleurs inexpliquées, ou d’origine psychosomatique, car ils préféraient s’occuper des maladies bien déterminées (lupus ou maladies auto-immunes). C’est là que j’ai élaboré des méthodes de méditation adaptées aux enfants et que j’ai pu constater que cela marchait. D’ailleurs on m’avait surnommé le docteur « lève-toi et marche ». Ce centre continue de m’adresser ses « cas désespérés » en termes de douleurs chroniques.

Et aujourd’hui ?

Tout a commencé à se savoir quand j’ai décidé avec quatre collègues de mettre en place un DU (Diplôme Universitaire) de « Méditation et santé » au sein de la faculté de médecine Montpellier-Nîmes. Le CHU de Nîmes a été très favorable, parce que cela entrait dans sa ligne de conduite. Il existe en effet deux autres DU de thérapie non médicamenteuse au sein de ce CHU : un diplôme d’hypnose médicale et un DU d’acupuncture.

Sur quels maux vos méditations ont-elles le plus d’effets ?

A vrai dire, elles fonctionnent dans tous les cas. La méditation comporte toujours deux phases, et la première consiste à se calmer et à se concentrer. Donc sur les problèmes de concentration, de dispersion, de mental qui va à 100 à l’heure, chez les enfants « hyperactifs » (TDAH), la respiration consciente produit très vite des résultats. Pour les enfants « dys », qui doivent faire beaucoup plus d’efforts que leurs camarades et qui finissent souvent la journée épuisés, cette première phase de la méditation permet de moins se fatiguer et d’avoir une meilleure concentration. 

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Quels autres troubles la méditation permet-elle de soigner ?

Dans toutes les maladies, il y a de la douleur. La douleur est à 50% physique (douleur liée à l’inflammation par exemple) et à 50% résultante de la réaction de l’esprit vis-à-vis de cette sensation. Dans les douleurs notamment chroniques, l’esprit réagit en refusant la sensation, en disant « je ne veux pas de ça » et ceci augmente la perception désagréable. La méditation permet de travailler sur la composante psychique qui réagit à la douleur. Cela marche bien parce que la méditation permet d’observer et d’accueillir notre corps et notre esprit tels qu’ils sont, sans jugement, ni désir particulier.

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Combien de temps faut-il pour observer les résultats de vos méditations ?

Quand un enfant arrive et demande une aide pour gérer sa douleur, il faut une efficacité immédiate, sinon l’enfant ne reviendra pas, et c’est valable aussi pour les autres maux d’ailleurs. J’utilise pour ceux qui ont des douleurs chroniques, comme Alicia dont l’histoire est décrite dans le livre, la méditation « méditarêve » qui plonge l’enfant dans un contexte agréable, avec les 5 sens activés. Cela provoque une sécrétion d’endorphines qui apaise la douleur. Une fois que l’enfant voit qu’il est possible de détourner l’attention de la douleur, qu’il peut le faire tout seul, la confiance s’établit avec le thérapeute. Alors j’incite l’enfant à regarder la douleur dans un état de calme. Pour cela, il pratique un « méditascanne » qui lui permet de passer en revue toutes les zones de son corps et se relaxer puis un « méditacalme » qui lui permet d’aller dans ces zones, y compris celles qui font mal, pour observer ses sensations et constater qu’elles changent sans cesse, instant après instant, et qu’au bout d’un moment, sans qu’on ait à réagir, elles passent. On entraîne ainsi l’esprit à regarder plutôt qu’à réagir.

De quoi les méditations que vous prescrivez aux enfants sont-elles inspirées ?

Effectivement, je prescris ces méditations : je mets sur l’ordonnance « Méditatendre 2 fois par semaine ou Méditascanne matin, midi et soir tous les jours, ou encore Méditamour une fois le samedi ». Pour répondre à votre question, j’ai simplement adapté à l’enfant malade les méditations présentes dans le manuel de base des moines, quelle que soit leur religion. Par exemple, Méditamour est inspirée des méditations d’auto-compassion. Je l’utilise avec des enfants qui ont un manque d’estime de soi, ceux qui sont perçus comme différents à l’école, du fait de leur maladie par exemple. Avec Méditamour, j’apprends à l’enfant à s’aimer, à être son meilleur copain. Et une fois qu’il est le meilleur copain de lui-même, sa posture à l’école change et les autres changent aussi d’attitude avec lui.

Arrive-t-il que les enfants ou leurs parents ne veuillent pas faire de méditation du tout ?

Bien sûr. Cela dit, quand je propose ces outils je n’annonce pas « je vais t’apprendre la méditation ». J’utilise des « techniques » pour introduire la technique méditative. Par exemple, pour un enfant dispersé, j’utilise celle décrite dans mon livre dans « Méditasouffle ». Je demande à l’enfant combien font 2+2, puis, 4+4, puis 8+8, puis 16+16… À ce moment-là, souvent, l’enfant a plus de mal à répondre car il faut faire une retenue. S’il n’arrive pas à trouver la bonne réponse, je lui demande de respirer consciemment plusieurs fois et puis je lui repose la question. Quand il arrive à répondre juste, je souligne le fait que respirer l’a aidé à trouver le résultat. Et on continue l’exercice de calcul jusqu’à 1000, jusqu’à ce qu’il sente que lorsqu’il respire, il arrive à mieux se concentrer et qu’il réussit. J’amène l’enfant à la méditation avec des techniques comme celle-là. Pour les parents, je demande simplement « est-ce que vous acceptez de respirer un peu pour diminuer la tension ? ». Quand il s’agit d’un adolescent en pleine phase d’opposition, je n’insiste pas. De manière générale, j’ai pu noter que les enfants qui sont les plus aptes à apprendre la méditation sont ceux qui en ont le plus bavé et qui utilisent la méditation comme une voie de sortie.

Gardez-vous des liens avec vos patients et avez-vous des retours sur le long terme des exercices que vous leur avez appris ?

Si j’ai fait ce livre c’est en partie grâce à ces enfants. J’ai suivi une patiente maintenant grande qui m’écrit régulièrement pour me donner de ses nouvelles. Enfant, elle ne pouvait pas s’éloigner de sa famille. Après mon traitement, elle est partie en séjour linguistique et s’est réveillée en panique une nuit à 4 h du matin. Elle ne pouvait pas joindre ses parents à cette heure-là mais elle s’est souvenue des techniques apprises avec moi et elle a réussi à se calmer seule. Depuis elle m’envoie une carte postale à chaque fois qu’elle part au loin. D’autres patients reviennent pour me demander de leur apprendre des techniques de méditation supplémentaires car ils ont constaté le bien que leur faisaient celles qu’ils pratiquent déjà. Une autre raison m’a poussé à écrire le livre : c’est la différence que j’ai pu percevoir entre les séquences, filmées par les parents, avant mon intervention et celles d’après. J’ai en tête le cas d’un enfant de 9 ans qui a fait de la marche méditative tout seul dans sa chambre, parce qu’il sentait qu’il en avait besoin. Cela montre que les enfants s’approprient vraiment les techniques et les utilisent à la maison.

Pour découvrir les méditations du Pr Tran, lire Méditasoins

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