Les sites et applications qui notent les aliments sont-ils fiables ?

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 14/02/2018 Mis à jour le 19/08/2020
Enquête

Plusieurs sites et applications donnent des notes censées informer sur la qualité nutritionnelle des aliments. Voici pourquoi la plupart ne sont pas fiables.

Plusieurs sites et applications ont été lancés ces dernières années avec l'objectif de noter les aliments pour aider le consommateur à faire de meilleurs choix nutritionnels. De notre côté, nous avons depuis 2010 l'expérience de l'analyse et l'évaluation des produits vendus en supermarché, à partir des données scientifiques récentes concernant les aliments transformés. LaNutrition est historiquement le premier média à avoir classé les aliments vendus en magasin selon leurs qualités nutritionnelles, et aussi le premier à avoir vulgarisé la notion d'ultra-transformation et expliqué ses conséquences sur la santé. Il était donc intéressant de comparer nos résultats à ceux donnés par ces sites et applications, d'autant que certaines de ces applications se revendiquent ou se sont revendiquées de notre travail.

LaNutrition.fr collabore-t-elle à de tels sites ou applications?

Non. LaNutrition.fr ne collabore avec aucun site ou application de notation de produits à l'exception de Siga. Certains sites ou applications comme Yuka ont fait référence à LaNutrition.fr, notamment parce qu’ils ont utilisé au sein de leurs algorithmes des données figurant au sein de nos ouvrages en particulier notre "Nouveau guide des additifs". L’utilisation du contenu de nos ouvrages, ou les références à LaNutrition.fr, ont été faites ou sont faites à notre insu, sans que LaNutrition n’ait accordé d’autorisation. Lorsque nous avons eu connaissance de ces pratiques, nous avons demandé aux sites et applications concernés de cesser toute utilisation de notre nom et de nos travaux.

Sur quoi se basent ces sites et applications ?

La plupart de ces sites et applications notent les aliments sur la base de l’algorithme du Nutri-Score.

Le Nutri-Score est un procédé de notation mis au point par une équipe de chercheurs français également impliqués dans le Programme national nutrition santé. Le Nutri-Score est censé aider le consommateur à choisir ses aliments industriels en leur attribuant une note sur une échelle de 5 niveaux de A à E, qui détermine en théorie la qualité nutritionnelle du produit.

Il s'inspire d'un score conçu en 2005 en Grande-Bretagne pour réguler les publicités alimentaires à destination des enfants et prévenir l'obésité ; ce score britannique réductionniste méconnaît de nombreux développements récents dans le domaine de la nutrition, à commencer par la notion de transformation. Même si les déterminants de l'obésité sont multiples, les initiatives britanniques ont du reste été impuissantes à enrayer la dégradation de la situation chez les enfants : selon un rapport publié en 2019, le taux de l'obésité morbide au Royaume-Uni chez les 10-11 ans atteignait des records pour la quatrième année consécutive : 4,4% des 10-11 ans sont concernés, contre 2,4% seulement en 2006. Les autorités sanitaires britanniques reconnaissent d'ailleurs que les objectifs de réduction de l'obésité infantile, détaillés au début des années 2000 sont actuellement "hors d'atteinte".

Lire aussi : Anthony Fardet : « Le Nutri-Score ne fera pas baisser l’obésité »

Certains sites et applications se servent du seul Nutri-Score pour évaluer les produits. D’autres applications notent, quant à elles, les produits de 1 à 100 grâce à des algorithmes qu’elles ont conçu, en utilisant le Nutri-Score pour prendre en compte la qualité nutritionnelle (calories, protéines, lipides, glucides, sel, fibres) mais en modulant la note attribuée à un produit par d’autres critères tels que la présence d’additifs et l’origine du produit (bio, label rouge…). C'est par exemple le cas de Yuka. Mais même en modulant la note par ces autres critères, les résultats sont proches de ceux obtenus avec le seul Nutri-Score, notamment pour les produits bien notés, et les produits mal notés.

Que vaut le Nutri-Score sur lequel se basent ces sites et applications ?

Nous avons déjà exposé les limites du Nutri-Score qui est imparfait dans la mesure où il est fondé sur des principes de nutrition qui sont pour beaucoup, dépassés ou contestés ; il ne tient pas compte des critères suivants :

  • Le degré de transformation des aliments
  • L’index glycémique de l’aliment (qui permet de faire la différence entre des glucides de bonne qualité et des glucides sans intérêt)
  • La teneur en vitamines et minéraux
  • La qualité et l’équilibre de ses corps gras
  • La qualité des protéines (plutôt que leur quantité)
  • La teneur en acides gras trans (industriels et de ruminants)
  • La présence d’additifs

Par ailleurs, ce score, à vocation globale, ne permet pas de comparer correctement des produits d'un même rayon.

Lire aussi : Que vaut l'étiquetage nutritionnel à 5 couleurs ? (abonnés)

Comment LaNutrition.fr note-t-elle les produits ?

Engagé dans la démarche de proposer les meilleurs produits au consommateur, le collectif de LaNutrition.fr (journalistes scientifiques et diététiciens-nutritionnistes) enquête dans les supermarchés depuis 2010 et publie deux guides devenus référents, constamment mis à jour : Le Bon Choix au supermarché et Le Bon Choix pour vos enfants.

Contrairement au Nutri-Score, nous considérons avec des dizaines de chercheurs qu’un aliment n’est pas qu’une somme de protéines, lipides, glucides. Et que ce qui différencie en priorité un bon produit d’un mauvais, ce sont les ingrédients utilisés et le processus de fabrication.

Lire : Qu'est-ce qu'un aliment ultra-transformé ?

Nous utilisons donc une grille d’analyse qui prend en compte le degré de transformation des aliments, le nombre d’ingrédients et leur position, la présence d'ingrédients que nous avons baptisés ACE, l’index glycémique, autre notion popularisée par LaNutrition. En effet, plus un aliment est transformé, plus le risque d’obésité et de maladie chronique est élevé.

Lire aussi : Anthony Fardet : « Les faux aliments sont la première cause de décès dans les pays occidentaux »

Quelles sont les différences entre les notes de LaNutrition et celles des sites et applications basés sur le Nutri-Score ?

Nous avons testé ces sites et applications en comparant leur appréciation à celles du Bon choix au supermarché.

Résultats : dans plus d’un cas sur trois, ces sites et applications notent mal des produits qui sont considérés comme corrects ou sains par LaNutrition dans Le Bon Choix au supermarché comme de l'huile d'olive ou une conserve de foie de morue (parce que c’est gras !) ; de même, ces sites ou applications donnent une bonne note à des produits que nous conseillons d’éviter ou de limiter, comme les corn-flakes dont l’index glycémique est élevé.

Lorsque vous scannez un produit médiocre ou mauvais, certaines applications proposent une meilleure alternative. Sur le principe, c’est une bonne idée. En réalité, lorsqu’un produit est jugé médiocre ou mauvais par ces applications, l’alternative proposée n’est pas forcément meilleure que le produit de base.

Exemple : lorsqu’on scanne la mayonnaise recette fouettée aux blancs d’œufs d’Amora, une application très connue la juge mauvaise (alors qu’elle est considérée comme un choix correct par Le Bon Choix au supermarché). L’alternative proposée par l’application est la mayonnaise Carrefour. Il suffit de jeter un œil aux compositions respectives de ces produits (voir ci-dessous), pour voir le problème.

Autre test : les huiles

On a scanné plusieurs huiles :

  • L’huile d’olive,
  • Isio 4,
  • Huile de colza,
  • Huile d’arachide,
  • Huile de pépins de raisin

Selon le site ou l’application, toutes sont considérées soit comme « bonnes » , soit comme mauvaises.

Or toutes les huiles n’ont pas les mêmes effets. Certaines, comme les huiles de tournesol, de maïs, de pépins de raisin doivent être limitées du fait de leurs teneurs élevées en oméga-6 et leur mauvais ratio oméga-6/oméga-3, deux caractéristiques qui favorisent l’inflammation. D’autres comme l’huile de colza et l’huile d’olive sont à privilégier : l’huile de colza parce qu’elle a un profil d’acides gras équilibré, et l’huile d’olive parce qu’elle est associée dans toutes les études à une bonne santé.

Siga, une application qui sort du lot ?

Siga est la première application issue d’une méthodologie scientifique pour une analyse rigoureuse des aliments.

L’application Siga permet d’analyser les produits alimentaires en fonction de leur degré de transformation, du risque des additifs et des seuils nutritionnels (taux de sel, sucres, matières grasses). Le score utilisé par l’application se différencie du Nutriscore par le fait qu’il prend en compte l’ensemble des composantes du produit et non pas seulement des paramètres isolés.

L’indice Siga est un score scientifique à 7 échelons qui permet d’évaluer le niveau de transformation des aliments. Il est issu de la classification NOVA. Il oriente vers des aliments peu transformés. 


Plus de la moitié des aliments bien notés par le Nutri-Score sont en réalité ultra-transformés (et donc mal notés par Siga). Sur les produits affichant aujourd’hui le logo du Nutri-Score sur leur emballage, cette proportion est bien plus élevée. 
A contrario, les produits qui sont bien notés par Siga car peu transformés peuvent présenter un mauvais Nutri-Score, sous prétexte de n'être pas « équilibrés ». Par exemple, l’huile d’olive a un Nutri-Score de D (mauvais donc), car elle contient 100 % de matières graisses. Pourtant, l’huile d’olive est une aide culinaire peu transformée qui contient des matières grasses très bonnes pour la santé.


« Notre démarche est scientifique, nous ne laissons rien au hasard ! C’est notamment ce qui rend notre application unique ! Notre analyse des aliments se fait en 2 étapes : une première étape consiste en une analyse par l’algorithme que nous avons développé pour traiter les officielles fournies par les industriels puis, une deuxième étape, essentielle, la vérification systématique par un de nos scientifiques » précise Aris Christodoulou, Président et fondateur de Siga.

À lire aussi : L'indice Siga mesure le niveau de transformation des aliments
 

Que faut-il faire alors ?

En priorité, tâcher de composer vos repas à partir d'aliments peu transformés. Mais si vous allez en magasin (supermarché, mais aussi magasins bio car on y trouve aussi des produits transformés), nous vous conseillons de ne pas vous fier aveuglément aux appréciations faites par le Nutri-Score, ou par les sites et applications qui s'en réclament, au risque d’acheter des produits problématiques tout en laissant de côté des produits bien formulés.

Il faut en priorité apprendre à lire les étiquettes, en appliquant les règles que nous avons préconisées pour choisir un produit, résumées dans l’image ci-dessous. Sachant qu'on a tendance à acheter plus ou moins les mêmes produits, il faut juste prendre le temps de se constituer une liste de produits fiables par rayon.

Pour cela, vous pouvez consulter nos articles sur l'ultra-transformation et la qualité nutritionnelle des produits, les enquêtes de notre "détective alimentaire" Camille Castel et bien sûr vous appuyer sur les résultats rassemblés dans Le Bon Choix au supermarché et Le Bon Choix pour vos enfants, qui prennent en compte le degré de transformation des aliments. L'indice Siga donne des résultats proches des nôtres.

 

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