Des oméga-3 contre la dégénérescence maculaire

Par Lanutrition.fr Publié le 15/03/2006 Mis à jour le 10/03/2017
Les acides gras oméga-3 à très longue chaîne (DHA et EPA) sont des composants fondamentaux des membranes des cellules de la rétine et peuvent contribuer à conserver de bons yeux.

Le DHA, un composant majeur de la rétine

 

Le cristallin est la lentille de l’œil. Il recueille la lumière et la concentre sur la rétine. La rétine assure la conversion des signaux lumineux en signaux électriques par l’intermédiaire de photorécepteurs (cônes et bâtonnets), des neurones sensibles à la lumière. La rétine a la propriété de renouveler continuellement la partie externe de ces photorécepteurs qui est la partie la plus exposée à la lumière. C’est d’ailleurs la région de l’organisme où l’activité métabolique est la plus forte. 10 % de chaque segment externe est renouvelé chaque jour de façon à pallier les dommages de la lumière et de l’oxygène. Le DHA est un composant majeur des disques des photorécepteurs. Il représente plus de 50 % des lipides des cônes et des bâtonnets.

DMLA : première cause de malvoyance

La Dégénérecence Maculaire Liée à l’Age (DMLA) est une altération de la zone centrale de la rétine (la macula) qui est responsable de notre aptitude à voir avec précision les détails et les couleurs. Les personnes atteintes conservent une vision périphérique mais elles perdent toute vision centrale, la plus précise, celle qui permet de lire et de reconnaître les visages. Un million et demi de personnes souffrent de cette maladie en France et à ce jour il n’existe pas de traitement efficace. Les espoirs reposent donc sur la prévention.


Les oméga-3 : des acides gras protecteurs

Les données épidémiologiques sont assez claires : la consommation d’acides gras oméga-3 de poisson, protège contre la DMLA.

- Une étude australienne a montré qu’une consommation régulière de poisson, même en petite quantité, était associée à une diminution significative du risque de développer une DMLA.

- Une étude américaine multicentrique comportant 349 personnes atteintes de DMLA et 504 témoins montre l’augmentation du risque de DMLA avec la consommation de graisses végétales, la consommation d’acides gras monoinsaturés, la consommation d’oméga-6. En revanche, une consommation élevée d’oméga-3 réduit le risque de DMLA. Cet effet est plus marqué lorsque la consommation d’oméga-6 est faible.

- Dans l’étude des infirmières et des professionnels de santé (567 individus atteints de DMLA), la consommation totale de graisses a été corrélée à une augmentation du risque de DMLA, de même que celle d’acide linolénique. La consommation de DHA a eu au contraire un effet protecteur (la consommation de plus de quatre parts de poisson par semaine a réduit le risque de 35 %).

Comment expliquer ce rôle protecteur du DHA

Le DHA a un triple rôle.

- Un rôle structurel : il entre dans la composition des membranes cellulaires des cônes et des bâtonnets.

- Un rôle fonctionnel et c’est sans doute là son rôle le plus important. Il facilite la régénération de la rhodopsine. La rhodopsine est un photopigment des bâtonnets c’est-à-dire une molécule (transmembranaire) photosensible qui absorbe la lumière (certaines longueurs d’onde du spectre visible). Or quand la lumière arrive sur la rhodopsine, elle se « casse ». Un recyclage est possible au bout de quarante-cinq minutes. Le DHA facilite cette régénération et permet à tout ce système de travailler normalement.

- Un rôle protecteur : protecteur des vaisseaux car la rétine est très vascularisée mais pas seulement. Le DHA augmente l’activité de la lipase acide lysosomiale, une enzyme qui aide à éliminer les déchets de la rétine. Nous avons vu que les photorécepteurs se renouvellent à un rythme très rapide. Les segments externes sont digérés (par l’épithélium pigmentaire) et éliminés vers la circulation sanguine. Or c’est l’accumulation excessive de débris non digérés qui déclencherait la DMLA.

Peut-on prévenir ou freiner l’évolution de la DMLA avec une supplémentation en DHA ?

Aucun essai randomisé n’a encore été conduit pour savoir si en corrigeant les déficits en oméga-3 on ralentit la progression de la DMLA ou si on parvient à prévenir la maladie. Une première étude française (NAT1, Nutritional AMD Treatment 1) a montré que les lésions de DMLA étaient stabilisées chez des patients supplémentés en DHA. Un essai randomisé avec témoin (NAT2) démarre actuellement. Des essais sont en cours également aux Etats-Unis et l’on attend les résultats avec beaucoup d’intérêt.

DMLA : une maladie oxydative

DMLA : une maladie oxydative

Outre l’âge, on connaît au moins deux facteurs de risque de DMLA susceptibles d’être éliminés : le tabac et l’exposition non protégée au soleil. Ces deux facteurs étant une source majeure de radicaux libres de l’oxygène, donc de stress oxydatif, une théorie oxydative de la DMLA a été proposée. Cette hypothèse semble se confirmer puisque plusieurs essais cliniques randomisés ont montré que des suppléments d’antioxydants (vitamines, minéraux, caroténoïdes) pouvaient ralentir l’évolution de la DMLA. Il est probable que le rôle protecteur des antioxydants vis-à-vis de la rétine passe par la protection des oméga-3.

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Seddon JM : Progression of age-related macular degeneration : association with dietary fat, transunsaturated fat, nuts, and fish intake. Arch ophtalmol. 2003 121(12):1728-37.

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