Régime cétogène et cancer : l'expérience de la diététicienne

Par Lanutrition.fr Publié le 27/01/2016 Mis à jour le 08/03/2018
Point de vue

Magali Walkowicz, diététicienne-nutritionniste, auteure de Céto Cuisine et Le Compteur de glucides, suit des patients atteints de cancer qui ont opté pour un régime cétogène. Elle témoigne. 

Le régime cétogène, pauvre en sucres, riche en graisses, fait un nombre croissant d'adeptes chez les personnes ayant eu un diagnostic de cancer. Ils doivent savoir qu'on ne dispose pas à ce jour des preuves scientifiques que cette approche diététique est efficace ; ils doivent aussi savoir que c'est un régime contraignant pour lequel il peut y avoir des contre-indications et des effets indésirables. Dans cet entretien exclusif, la diététicenne-nutritionniste française Magali Walkowicz, qui suit depuis plusieurs années des malades (et des personnes en bonne santé) ayant opté pour le régime cétogène, fait part de son expérience. Un témoignage important, dans la mesure où peu d'études sont encore disponibles. Dans un article associé (abonnés), nous répondons à 8 questions qui sont souvent posées sur l'état des connaissances scientifiques sur le régime cétogène et le cancer. LaNutrition.fr recommande au patient qui souhaiterait suivre une diète cétogène de recueillir au préalable l'avis de l'équipe soignante (avantages et risques potentiels, état des connaissances), et, dans le cas où le régime est mis en place, s'assurer du suivi et du conseil d'un médecin nutritionniste ou d'un diététicien-nutritionniste connaissant la diète cétogène.

LaNutrition.fr : Magali Walkowicz, qui vous consulte ?

Magali Walkowicz : Pour l’essentiel, des patients ayant eu un diagnostic de cancer mais pas seulement. Certaines personnes souhaitent simplement optimiser leur santé en suivant un régime cétogène. J'ai maintenant une patientèle dans toute la France mais aussi dans d'autres pays. J'ai dû m'adapter et proposer des consultations via Skype et Facetime.

Ce sont généralement des personnes « informées », qui ont lu des livres, des articles de presse sur le régime cétogène ou qui connaissent quelqu'un qui suit ce régime. Car côté professionnels de santé, le régime a encore du chemin à faire. Il n'est tout simplement pas connu et par conséquent rejeté. Certains oncologues ou médecins traitants entrent en contact avec moi afin de discuter de la prise en charge de patients que nous avons en commun. C'est un vrai plus dans l'accompagnement thérapeutique. Des oncologues me sollicitent directement. Mais tout cela reste marginal. Depuis quelque temps, j'ai des patients qui sont eux-mêmes professionnels de santé, y compris des médecins. Il me semble donc que les choses commencent à bouger.

Lire : Le régime cétogène est encore trop peu connu des malades

Quels résultats constatez-vous chez les patients ?

Les résultats sont généralement positifs. L'expérience me montre que lors d'un cancer, très souvent, la progression des tumeurs est soit en régression, soit stoppée, soit ralentie, par rapport à la période antérieure à la mise en place du régime. Certains patients qui avaient dû arrêter leurs traitements car ils ne les supportaient plus, ont pu les prendre à nouveau après avoir suivi le régime cétogène. Mais les résultats ne sont pas égaux pour tous. Les effets secondaires des traitements classiques sont souvent atténués. Je fais certaines adaptations au régime, au cas par cas pour les jours qui entourent les chimiothérapies afin de minimiser le plus possible les effets indésirables. Le regain d'énergie est impressionnant. Beaucoup arrivent à refaire du sport ou à travailler tout en poursuivant les traitements alors qu'ils étaient en arrêt maladie jusque-là.

Ce que j’ai observé chez mes patients à partir du moment où ils introduisaient le régime :

  • une meilleure tolérance des soins classiques : chimiothérapie, radiothérapie, avec moins d’effets secondaires ;
  • un regain d’énergie ;
  • un meilleur profil nutritionnel – en consultation je ne me focalise pas que sur la cétose mais sur la cétose et sur l’amélioration de l’état nutritionnel. Les deux sont très compatibles ; je prends soin également d’introduire des aliments ou compléments alimentaires antiangiogéniques et de maintenir le pH ;
  • une attitude plus positive, à la fois parce que les cétones amènent une sensation de bien-être, mais aussi parce que suivre le régime les rend acteurs de leur traitement ;
  • une régression ou une stabilisation ou un ralentissement de la progression de la maladie.

Le régime cétogène peut-il être le seul traitement, en cas de diagnostic de cancer ?

Non. Le régime ne peut être dissocié des traitements classiques. C'est la réunion des deux qui fonctionne et je le rappelle sans arrêt aux patients. Beaucoup pensent se soigner juste comme ça. Je n'y crois pas du tout. Je vois des patients qui arrivent très affaiblis, avec une dénutrition grave, due à un jeûne drastique qu'ils ont initié sans avoir un état nutritionnel suffisamment satisfaisant pour le supporter, ou à des diètes à base de jus et à une absence totale de traitement. Là c'est difficile de remonter leur statut nutritionnel. Il existe des « spécialistes » qui prônent d'autres méthodes de soin et incitent les patients à stopper les traitements classiques et même à stopper les examens de contrôle. Cela est très dommageable. Le résultat sur le long terme est catastrophique, et c'est difficile ensuite de convaincre les patients de s'y remettre. Je ne dis pas qu'il faut tout accepter les yeux fermés mais tout rejeter est dangereux, et je le vois. Ce qu'il faut, c'est s'informer, questionner pour bien saisir le rôle de chaque action thérapeutique mise en place. Certains disent qu'être patient est un métier. Il y a du vrai là-dedans. Autre point qu’il me paraît important de rappeler : ne pas mettre le régime cétogène en place seul, car il doit respecter les besoins de l'organisme, qui diffèrent d'une personne à l'autre et qui peuvent être modifiés dans le cadre de certaines pathologies et notamment du cancer. Certains cancers comme celui du sein, de la prostate, de la tête du pancréas, du foie, des reins par exemple nécessitent aussi des adaptations.

Donc un régime cétogène seul ne suffit pas à enrayer la maladie. Il potentialise les chances de rémission ou chez des patients considérés en fin de vie, qui n’ont plus aucun autre traitement, avec une échéance courte annoncée par l’oncologue, dans certains cas des mois, voire quelques années de vie supplémentaires tout en restant asymptomatiques.

Quels sont les effets indésirables ?

Je continue à constater qu'il y a une accentuation des symptômes d'allergie, de douleurs chroniques, lors de la mise en cétose, mais ils disparaissent après. Définitivement selon certains patients. Je n'ai pas réussi à échanger sur ce point avec d'autres praticiens. Je n'ai pas non plus trouvé d'études qui mentionnent cela. C'est juste un retour d'expérience.

En quatre ans de prises en charge, je n’ai jamais constaté la plupart des effets secondaires évoqués dans un article de 2017. Il me semble que le problème dans cet article, vient d'une une mauvaise façon de mener le régime mais pas du régime en lui-même.

Il y a des effets secondaires la première semaine du régime, tels que fatigue, nausées, vomissements, manque d’énergie, risque d’hypoglycémie si une activité physique est pratiquée en parallèle, le temps que les cellules changent de carburant, mais pas au-delà. Au contraire, le régime apporte ensuite un regain d’énergie, même chez les plus faibles. Si les nausées persistent, c’est que la cétose est trop forte. Il faut la baisser. Si l’énergie ne revient pas, ce n’est pas le régime qui est en cause, c’est qu’il y a autre chose derrière : peut-être une perte de masse musculaire, un foie fatigué par la chimiothérapie sans le secours d'une supplémentation adéquate…

Je n’ai de mon côté, jamais relevé de carence en calcium : le régime en apporte par les oléagineux, les sardines, eaux calciques, légumes et pour certains même les produits laitiers… Le régime valorisant les aliments gras, la vitamine D liposoluble est bien présente dans l’alimentation, et comme pour n’importe quel autre Français, quel que soit son régime alimentaire, une supplémentation est prescrite en hiver. Pour ce qui est de la densité minérale osseuse, il faut noter que beaucoup de patients prennent des corticoïdes au long cours qui ne sont pas étrangers au problème – idem pour l’hormonothérapie parfois prescrite. Le risque de déficit (et non de carence) en magnésium et potassium qui peut être induit au début du régime est compensé par une supplémentation. Il n'y a pas de risque de déshydratation si le patient ne retire pas le sel de son alimentation. Mes patients sont invités à surveiller leur pH urinaire, et, en cas d’acidité trop importante, amenée avant tout par le cancer notamment métastasé (l'acidité apparaît dans ce cas quel que soit le régime), on veille à augmenter la part des légumes porteurs de minéraux basifiants, à prendre du jus de citron pressé avec des bicarbonates de sodium/potassium. On met éventuellement en place une supplémentation nutritionnelle qui apporte des minéraux basifiants.

Les syndrômes gastro-intestinaux peuvent apparaître surtout si trop d’huile de coco est consommée et/ou en fonction des techniques culinaires utilisées (huile cuite ou crue). Ils peuvent aussi être liés à l’état de la flore et la perméabilité intestinale… Mais tout cela peut se corriger en consultation. Ce n’est pas le régime qui induit l’état ; il le révèle.

Les problèmes de cholestérol sont propres à la façon de mener le régime. Là aussi on peut les corriger le cas échéant en veillant à privilégier les graisses végétales.
Si on veille bien aux apports en potassium, il n'y a pas de calculs rénaux. J’ai rarement eu des patients avec des calculs rénaux. En fait, il n'y a pas plus de calculs avec le régime cétogène qu’avec un autre régime si le régime est bien cadré.

Y a-t-il des contre-indications ?

Très rares sont les patients qui ne peuvent pas suivre le régime. On lit parfois que les patients souffrant des reins, du pancréas, du foie, ou maladies graves touchant d’autres organes ne peuvent pas suivre de régime cétogène. Certes, certains d’entre eux ne le peuvent pas si par exemple la tête du pancréas est touché et que les voies biliaires sont obstruées, s’il y a eu une duodénopancréatectomie céphalique récente, s’il y a insuffisance rénale… C’est-à-dire si l’organisme ne peut pas fabriquer les corps cétoniques et ne peut pas les éliminer. Mais dans les autres cas, même avec une tumeur touchant ces organes ou des métastases, la pratique du régime est possible. Cela se détermine au cas par cas. La cétose n’est pas un état pathologique et ne va pas stresser les organes malades.

Les patients perdent-ils du poids lorsqu'ils suivent un régime cétogène ?

A quantité de calories égales, entre un régime classique et un régime cétogène, le poids ne varie pas de la même façon. Plus les calories seront apportées par les graisses et protéines et moins elles le seront par des glucides, plus le régime cétogène peut engendrer une perte de poids. Pour maintenir le poids, il faut donc jouer sur la répartition de ces trois macronutriments, ce qui se fait au cas par cas, sans entraver la cétose. En réalité, avec le régime cétogène, on fait ce qu’on veut sur le poids, on peut en faire perdre, on peut le maintenir, voire en faire prendre à un patient. Pour cela il faut être suivi car trouver la bonne répartition n’est pas facile pour quelqu’un qui ne maîtrise pas le régime.

Mais n'est-ce pas dangereux de perdre du poids quand on a un cancer ?

La plus grande confusion règne sur ce point. Ce qui devrait alerter n’est pas la perte de poids mais la perte de masse musculaire. La masse grasse ne renforce pas la résistance à la maladie. J’ai souvent entendu mes patients dire "la diététicienne, l’infirmière, l’oncologue… m’a dit qu’il fallait que je grossisse sinon je ne tiendrai pas. Pour cela il faut que je mange, et surtout ce qui me fait plaisir." C’est une erreur. Manger n’importe quoi, en n’importe quelle quantité peut faire prendre du poids mais par l'augmentation de la masse grasse et non de la masse musculaire, ce qui peut favoriser le cancer. Au final, les patients sont affaiblis. Avec ce type de raisonnement, certains patients obèses sont considérés comme pouvant résister à la maladie, aux traitements, alors que derrière cette obésité se cache un manqueou une perte de masse musculaire. On appelle cela l’obésité sarcopénique. Or la masse musculaire est très importante. Perdre de la masse musculaire, c’est être asthénié, c'est également affaiblir les cellules immunitaires et avoir une moindre résistance à la maladie. Le cancer par lui-même est une maladie catabolisante (elle favorise la perte de masse musculaire). Le régime cétogène, au contraire, ne favorise pas la perte de masse musculaire. Systématiquement et pour chacun de mes patients, j’évalue leur besoin en protéines car ce sont elles qui permettent d’entretenir la masse musculaire ou de la développer. On vérifie que tout va bien sur ce point en mesurant le taux d’albumine sanguin. Dans les études prises en référence dans un article récent, la plupart des patients ont cadré leur régime seuls. On peut aisément imaginer qu’ils ont commis de nombreuses erreurs. Une des erreurs les plus fréquentes, est que beaucoup croient que 100 g de viande = 100 g de protéines or 100 g de viande c’est en moyenne 18-20 g de protéines. Ce n’est qu’une erreur parmi d’autres.

Il est souvent rapporté que les patients ont du mal à suivre un régime cétogène sur le long terme.

Je suis très étonnée des chiffres avancés dans l'article de 2017 concernant la non-compliance au régime. Je travaille quasi exclusivement avec ce régime depuis près de 4 ans et le nombre de personnes n’ayant pas réussi à le suivre se compte sur les doigts d’une main. Passés les 15 premiers jours du régime, les patients me disent généralement que ce n’est pas si dur que ça finalement. Beaucoup rapportent prendre du plaisir même. L'échec vient certainement soit d’un manque de prise en compte des habitudes/préférences du patient par le professionnel qui a cadré le régime car tout régime, et pas seulement cétogène, qui ne prend pas en compte les préférences du patient est voué à échouer. Cela peut aussi venir du fait que le patient n’a pas su se l‘approprier. Il faut dire que cela bouleverse tellement les habitudes alimentaires, tant au niveau du choix des aliments que des techniques culinaires à mettre en œuvre, que certains n’osent pas diversifier leur alimentation par peur de sortir de la cétose et restent de fait sur une alimentation monotone. C’est alors forcément lassant. Dans ma pratique, quand après quelques mois de régime, mon patient en a assez de manger gras, on décide communément d’une pause low-carb d’une semaine à un mois pour mieux s’y remettre ensuite.

Lire aussi : Cancer: quels régimes pour épauler les traitements ?

Pour plus de recettes cétogène : 

La sélection

Publicité

Les meilleurs livres et compléments alimentaires sélectionnés pour vous par NUTRIVI, la boutique de la nutrition.

Découvrir la boutique logo Nutrivi

A découvrir également

Back to top