Tout ce que vous devez savoir sur le dioxyde de titane E171

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Le dioxyde de titane E171 est un additif dont l'utilisation alimentaire est interdite en Europe depuis 2022. Mais il est encore employé dans des médicaments et cosmétiques.

C'est quoi le dioxyde de titane E171 ?

Le dioxyde de titane ou E171 est un additif composé en partie de nanoparticules qui a longtemps été autorisé dans l'agroalimentaire comme colorant blanc et opacifiant. Si son usage alimentaire est désormais interdit, il persiste dans l'industrie pharmaceutique et les fabricants de produits d’hygiène, en particulier pour les dentifrices et certains médicaments

Quel aliment contient du dioxyde de titane E171 ?

Avant d'être interdit en France et en Europe, le dioxyde de titane E171 se trouvait notamment dans des confiseries et des glaces pour les blanchir et les opacifier. On pouvait le rencontrer aussi dans les condiments, les préparations à base de fruits et légumes (sauf compotes), les vins aromatisés, vins de fruits, les préparations de poissons et crustacés, les produits laitiers fermentés. Cet additif peut toujours se rencontrer dans des aliments en-dehors du territoire européen.

En 2023, une étude des autorités françaises a rapporté les résultats des contrôles menés entre 2018 et 2022 par les douanes et la DGCCRF (répression des fraudes) concernant la présence de E171 dans des produits alimentaires vendus en France : sur les 352 produits alimentaires et 19 additifs alimentaires analysés, du dioxyde de titane a été retrouvé dans 152 échantillons (1). L’interdiction du E171 en 2020 a entraîné une diminution importante des produits alimentaires contenant du E171. L'additif interdit se trouve en majorité, de manière illégale, dans des produits importés sur le marché de l’Union Européenne : en 2022, 63 % des produits alimentaires contenant du E171 provenaient de pays non membres de l’UE.

Pourquoi le dioxyde de titane E171 est-il interdit en France ?

Différentes études ont montré un risque de génotoxicité, poussant les autorités sanitaires à interdire le dioxyde de titane dans l'alimentation en France en 2020, puis dans les États membres de l'Union Européenne en 2022, en raison de ses effets potentiels.

Jusqu'à 36 % de nanoparticules

Le problème posé par cet additif est la présence de nanoparticules, comme le rappelle la pharmacienne Anne-Laure Denans, qui coordonne Le Nouveau guide des additifs de LaNutrition.fr : « Le dioxyde de titane est un minéral qui se trouve sous forme de roche dans la nature. L’obtention du pigment de dioxyde de titane utilisé comme additif se fait par des traitements chimiques. Il se compose de particules de dimensions comprises entre 40 et 300 nanomètres. Selon les études, on peut trouver jusqu’à 36 % de particules de taille nano c’est-à-dire inférieures à 100 nanomètres dans le dioxyde de titane utilisé comme additif alimentaire. »

De nombreuses études montrent qu’il passe la barrière intestinale et va s’accumuler dans différents tissus où il a un effet toxique, dit Anne-Laure Denans. « La rate et le foie sont les organes les plus à risque mais une toxicité sur le système endocrinien et sur le système reproducteur ont aussi été relevées. »

Quels sont les effets du dioxyde de titane ?

Un impact sur la fonction digestive

Une étude de février 2017 montre que le dioxyde de titane, s'il est absorbé régulièrement, diminue la capacité des cellules de l’intestin grêle d’absorber les nutriments, en particulier fer, zinc et acides gras, et de servir de barrière aux agents pathogènes (2). Des signes d'inflammation ont été observés. À long terme, la consommation d'aliments contenant le E171, par exemple les chewing-gums pourrait donc affecter la perméabilité intestinale et favoriser inflammation et auto-immunité.

Cependant, les chercheurs de l'université de New York à l'origine de ces travaux se veulent globalement rassurants.

E171 et cancer : un additif potentiellement cancérogène

Une étude française de l’INRA (institut national de recherche agronomique, devenu INRAE), publiée dans le journal Scientific Reports a trouvé que cet additif pénètre la paroi de l'intestin du rat en provoquant une baisse de l'activité de son système immunitaire (3). Lors d'une exposition orale chronique sur 100 jours au E171, une inflammation du côlon est constatée, qui conduit chez 40 % des rats étudiés à l’apparition de lésions colorectales pré-cancéreuses. Lorsque des rats déjà atteints de ces lésions reçoivent du E171 pendant cent jours, 20 % d'entre eux voient leurs lésions grossir.

Dès 2006, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) à Lyon avait classé le dioxyde de titane (TiO₂) comme cancérogène possible pour l’homme (Groupe 2B). Cette étude de l'INRA n’est pas la première sur la toxicité de cet additif, « Dans des études chez la souris menées en 2009, explique Anne-Laure Denans, des nanoparticules de dioxyde de titane ont provoqué des dommages à l’ADN, le support du code génétique. »

Dans des études chez la souris, des nanoparticules de dioxyde de titane ont provoqué des dommages à l’ADN

Les étapes vers l'interdiction d'E171 en tant qu'additif alimentaire

Après la publication de l’étude de l’INRA, « les ministères chargés de l'Économie, de la Santé et de l'Agriculture ont décidé de saisir conjointement l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) afin de déterminer si l'additif alimentaire E171 présente un éventuel danger pour les consommateurs", ont assuré les trois ministères dans un communiqué commun. Suite à une analyse de ces résultats, l'ANSES a émis un premier avis signé en avril 2017. L'ANSES a indiqué que les résultats de l’INRA ne permettaient pas à ce jour de remettre en cause l’évaluation faite par l'EFSA (4). Mais elle souligne « la nécessité de conduire, selon des modalités et un calendrier à définir, les études nécessaires à la parfaite caractérisation des effets sanitaires potentiels liés à l’ingestion de l’additif alimentaire E171. » L'agence évoque d’autres études en cours de publication décrivant d’autres effets potentiels du dioxyde de titane, notamment sur le passage de la barrière hémato-encéphalique et les effets sur le cerveau.

L'additif a fait à nouveau l'objet d'un examen. Suite à d'autres études, l'ANSES a émis un nouvel avis publié en 2019, dans lequel l'agence fait le point des études parues entre 2017 et 2019, sur la toxicologie par voie orale du E171 (5). Elle conclut qu’elle ne dispose pas d’éléments nouveaux par rapport à ses conclusions de 2017, permettant de lever les incertitudes sur l’innocuité de l’additif E171. Suite à ce rapport, le gouvernement français a décidé d'interdire le dioxyde de titane dans les aliments à compter du 1er janvier 2020 sur le territoire français, sur la base du principe de précaution. En revanche les autres produits qui en contiennent ne sont pas concernés par cette interdiction.

En 2021, l’Agence européenne des aliments (EFSA), tenant compte des résultats des nouvelles études sur la génotoxicité d'E171, a décidé qu'il n'était plus un additif alimentaire sûr et a réévalué son jugement. Dans un communiqué de l'agence sanitaire européenne (6), le professeur Maged Younes, président du groupe scientifique de l’EFSA sur les additifs alimentaires et les arômes a expliqué : « En tenant compte de toutes les études et données scientifiques disponibles, le groupe a conclu que le dioxyde de titane ne peut plus être considéré comme un additif alimentaire sûr. Un élément critique pour arriver à cette conclusion est que nous n'avons pas pu exclure les problèmes de génotoxicité qui pourraient survenir suite à la consommation de particules de dioxyde de titane.  Après une ingestion orale, l'absorption des particules de dioxyde de titane est faible, mais elles sont susceptibles de s'accumuler dans l'organisme ». 

L'interdiction du dioxyde de titane dans les produits alimentaires a donc été étendue à toute l'Union Européenne en 2022.

Pourquoi le dioxyde de titane TiO2 n'est pas interdit dans les médicaments et dentifrices ?

E171 est toujours présent dans des dentifrices

Même si certaines marques ont revu leurs formulations, on trouve encore du dioxyde de titane dans des dentifrices du commerce. Lisez bien la composition sur l'emballage de votre dentifrice ! Voici quelques dentifrices contenant du dioxyde de titane (ou titanium dioxide), dans le tableau ci-dessous.

Marque Dentifrice Composition
Aquafresh Dentifrice triple protection menthe fraîche Aqua, Hydrated Silica, Sorbitol, Glycerin, Sodium Lauryl Sulfate, Xanthan Gum, Aroma, Titanium Dioxide, PEG-6, Sodium Fluoride, Sodium Saccharin, Carrageenan, Limonene, CI 73360, CI 74160 Contient du fluorure de sodium (1450 ppm)
Fluoryl Dentifrice FLUORYL 277868 2 - aqua / water sorbitol silica nano / silica hydrated silica nano / hydrated silica silica sodium lauryl sulfate CI 77891 / titanium dioxide cellulose gum aroma / flavor methylparaben sodium monofluorophosphate sodium fluoride sodium methylesculetin acetate sodium saccharin chlorhexidine digluconate propylparaben (F.I.L B18683/7)
Sensodyne Dentifrice sensibilité & gencives blancheur  Glycerin, PEG-8, Hydrated Silica, Pentasodium Triphosphate, Sodium Lauryl Sulfate, Aroma, Titanium Dioxide, Carbomer, Stannous Fluoride, Cocamidopropyl Betaine, Sodium Saccharin, Sodium Fluoride, Limonene. Contient du fluorure d'étain à 0,454% p/p et du fluorure de sodium à 0,072% p/p (1450 ppm de fluor).

Dentifrices contenant du dioxyde de titane

... et dans des médicaments courants

Bien que des voix s'élèvent ces dernières années pour demander le retrait du dioxyde de titane dans les médicaments, l'additif est toujours autorisé. Vous trouverez ainsi du dioxyde de titane dans du Dafalgan ou des comprimés d'Advil. D'après l'association Avicenn, qui diffuse des informations sur les nanoparticules, l'excipient E171 n’a pas de visée thérapeutique : "il est utilisé comme colorant et/ou comme opacifiant dans le pelliculage des comprimés ou dans les capsules des gélules pour ses propriétés protectrices vis-à-vis des rayonnements UV". 

Dans un article de Challenges, Thomas Borel, directeur des affaires scientifiques du LEEM, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament en France, a déclaré : "Le dioxyde de titane est utilisé dans beaucoup de médicaments sous le format de l'excipient. Si le principe actif assure le traitement, l'excipient assure la stabilité du médicament. Il est donc indispensable et le dioxyde de titane est utilisé dans ce cadre pour assurer par exemple la stabilité thermique", 

Sur la base des données de toxicité disponibles, LaNutrition.fr conseille toujours de limiter l’exposition au dioxyde de titane via les dentifrices et médicaments, notamment chez les enfants et les personnes à risque de cancer.

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