Des virus mangeurs de bactéries bientôt à la place des antibiotiques ?

Par Marie-Céline Ray Publié le 07/08/2018 Mis à jour le 08/08/2018
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Une équipe de l’université de Leicester a montré l’efficacité d’un cocktail de bactériophages, des virus aussi appelés phages, contre des infections à Clostridium difficile.

Lorsque vous prenez des antibiotiques, ceux-ci tuent de nombreuses bactéries, bonnes ou mauvaises. Votre flore intestinale est déstabilisée et votre transit peut être modifié, provoquant des diarrhées. Cette diarrhée est souvent bénigne et de courte durée, mais parfois elle est liée à l’émergence d’une bactérie, Clostridium difficile, responsable de nombreuses infections nosocomiales.

Pour en savoir plus sur les problèmes posés par les infections nosocomiales, lisez notre article sur la résistance des bactéries aux désinfectants

En général, les infections à Clostridium difficile sont traitées avec des antibiotiques, mais l’antibiothérapie s'avère souvent inefficace. En effet, la bactérie crée des biofilms, un écosystème complexe de micro-organismes qui permet aux bactéries de se mettre à l’abri des antibiotiques. Le biofilm joue donc un rôle dans la résistance des bactéries aux antibiotiques.

Cependant, il existe des prédateurs naturels des bactéries, des virus appelés phages (ou bactériophages), qui peuvent entrer dans les biofilms et tuer les bactéries. Les bactériophages ont pour particularité d’être spécifiques de leur bactérie cible, contrairement aux antibiotiques chimiques qui tuent une grande variété de bactéries, y compris bénéfiques. Lorsqu’un bactériophage infecte sa bactérie cible, il se réplique et tue rapidement son hôte. Les phages sont donc une piste de recherche intéressante pour mettre en place des thérapies pour remplacer ou compléter les antibiotiques. Et, cerise sur le gâteau, ils ne sont pas nocifs pour la flore intestinale.

Ce que montre l’étude

Dans cette étude de 2016, les chercheurs de l’université de Leicester ont testé un cocktail de quatre phages développés par Ampliphi, une entreprise de biotechnologie californienne. Les scientifiques ont travaillé in vitro sur des bactéries Clostridium difficile et in vivo sur un modèle animal, la larve de Galleria mellonella. La chenille de ce papillon sert de modèle pour étudier la colonisation bactérienne chez des animaux. Elle a déjà été utilisée pour des études sur d’autres bactéries pathogènes : Pseudomonas aeruginosa, Listeria monocytogenes, Bacillus cereus… Les chercheurs ont testé les phages sur Clostridium difficile, seuls ou en combinaison avec l’antibiotique vancomycine.

D’après les résultats parus dans la revue Frontiers in Microbiology, les phages sont entrés dans les biofilms déjà établis et ont empêché la formation de biofilms in vitro. Chez l'animal, des phages donnés deux heures avant les bactéries protégeaient les insectes, avec une survie de 100 %. Les phages semblent donc efficaces en prévention avant l'infection. Mais ils étaient moins efficaces s'ils étaient ajoutés deux heures après la bactérie.  Les bactériophages associés à l’antibiotique vancomycine ont aussi réduit la colonisation par la bactérie ; le traitement le plus efficace consistait à donner d'abord l'antibiotique puis le phage.

Ces résultats suggèrent que les phages luttent contre les biofilms de Clostridium difficile et empêchent la colonisation, qu’ils soient utilisés seuls ou en combinaison avec la vancomycine. Pour les auteurs, les phages apparaissent comme une thérapie très prometteuse pour éradiquer des infections au Clostridium difficile.

En pratique

L’utilisation de phages pour soigner des infections bactériennes, la phagothérapie, n’est pas une technique totalement nouvelle. Elle a été inventée en France par Félix d’Hérelle il y a 100 ans. Supplantée par l’antibiothérapie au cours du 20e siècle, elle a continué à être utilisée dans certains pays de l’ancien bloc soviétique (Pologne, Russie, Géorgie).  

En France, une entreprise de biotechnologie, Pherecydes Pharma, a lancé le premier essai clinique européen sur l’utilisation de bactériophages, en collaborations avec plusieurs hôpitaux européens. Cet essai clinique a testé l’efficacité d’un cocktail de bactériophages sur des patients souffrant de brûlures infectées. 

On peut imaginer que les phages apparaîtront d'ici quelques années dans l'arsenal thérapeutique contre les bactéries, notamment celles qui résistent aux antibiotiques ou aux désinfectants.

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