Faut-il prendre de la vitamine D pour éviter les fractures ?

Par Collectif LaNutrition.fr Publié le 11/10/2018 Mis à jour le 11/10/2018
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Une grande méta-analyse vient de conclure que la supplémentation en vitamine D ne permet pas d'améliorer la densité osseuse, ni réduire le risque de chute et de fracture. Décryptage.

Pourquoi c'est important

Les déficits en vitamine D sont répandus en Europe, en particulier à la saison froide, car l’inclinaison de la Terre ne permet pas d’assurer une bonne synthèse de cette vitamine par la peau exposée aux ultraviolets du soleil entre octobre et avril lorsqu’on vit au-dessus de la ligne des Pyrénées. Mais même en été, on peut manquer de vitamine D si on évite le soleil.

Ce déficit pourrait jouer un rôle dans l'apparition de certains troubles et maladies, comme les infections respiratoires. Des études ont aussi rapporté une fréquence plus élevée de fractures et de certains cancers quand on est carencé en vitamine D. Inversement est-ce qu'une supplémentation en vitamine D permettrait d'éviter ces pathologies ? Une méta-analyse de 81 essais cliniques a tenté de faire le point sur ce qu'on peut attendre d’un supplément de vitamine D sur la santé osseuse.

L'étude

Le Dr Mark Bolland et ses collègues de l'université d'Auckland (Nouvelle-Zélande) et de l’université d’Aberdeen (Royaume-Uni) ont analysé 81 essais contrôlés randomisés publiés. Il s’agit donc d’études d’intervention, au cours desquelles un groupe de personnes reçoit un supplément de vitamine D et un autre un placebo. La majorité des 53 537 participants était des femmes de plus de 65 ans et elles ont reçu une dose journalière supérieure à 800 UI (20 microgrammes). Dans la majorité des études, la vitamine D était administrée seule, sans prescription de suppléments de calcium, pendant une année ou moins.

Plus de la moitié des essais ont été réalisés avec des personnes présentant un taux sanguin de 25-hydroxyvitamine D (25OHD) inférieur à 50 nmol/l, une limite considérée comme un bas taux. Seulement 6% des études concernaient des populations carencées (taux inférieur à 25 nmol/l dans cette étude). 

Résultats : « Notre méta-analyse met en évidence le fait que la vitamine D ne prévient pas les fractures, les chutes et n'améliore pas la densité osseuse, et ce, que la dose soit faible ou élevée » conclut le Dr Bolland. Et les résultats étaient similaires dans les essais comparant de faibles doses de vitamine D à de hautes doses.

Pour les auteurs, il est inutile de conduire des recherches futures dans ce domaine car les essais cliniques supplémentaires sont peu susceptibles de changer ces résultats. « Il y a peu de justification à utiliser des suppléments de vitamine D pour maintenir ou améliorer la santé musculo-squelettique, et les directives cliniques devraient refléter ces résultats », écrivent-ils. « L'exception claire à cette règle concerne la prévention ou le traitement du rachitisme et de l'ostéomalacie, qui peuvent survenir après une absence prolongée d'exposition au soleil qui entraîne des concentrations de 25OHD inférieures à 25 nmol/L. »

Mais cette conclusion est contestée par d'autres chercheurs. Pour le Pr Robert Clarke, professeur d'épidémiologie et santé publique, à l'université d'Oxford, les essais retenus incluaient trop peu de participants, avec une dose de vitamine D souvent trop basse, et une durée de traitement trop courte . “Il est trop tôt, dit-il pour que l'on modifie les recommandations pour la vitamine D en matière de santé osseuse, sur la base de cette étude.”

En pratique

Les résultats de cette étude sont à considérer sérieusement, d'autant que la santé des os dépend d'un trop grand nombre de facteurs (alimentation globale, exercice physique, prise de médicaments...) pour imaginer que la vitamine D seule puisse prévenir la perte de qualité osseuse liée à l'âge, ou inverser les dommages une fois qu'ils sont établis. De fait, les experts américains indépendants de l'US Preventive Services Task Force déconseillent les suppléments de vitamine D et calcium en prévention des fractures chez les femmes de plus de 50 ans en bonne santé.

Malgré tout, cette méta-analyse n'élimine pas totalement les questions, puisque l'on sait que les suppléments de vitamine D sont plus efficaces chez les personnes carencées et que seuls 6% des essais retenus dans cette méta-analyse concernaient cette population. Or, une étude récente laisse penser que 13% des Européens ont des concentrations en 25OHD inférieures à 30 nmol/L en moyenne sur l’année (17,7% en hiver et 8,3% en été).

Par ailleurs, la question des doses efficaces de vitamine D reste posée. Ainsi, si l'on regarde les 3 seuls essais cliniques qui, dans cette méta-analyse, ont comparé des doses faibles de vitamine D à des doses élevées et rapporté le nombre de fractures, une différence apparaît : il y a eu 20 fractures chez les 401 personnes ayant reçu des doses élevées (2000 à 3300 UI/j en moyenne), mais 32 chez les 394 qui avaient pris les doses faibles (environ 800 UI/j). Il est donc possible que, dans les déficits marqués en vitamine D, des doses élevées (plus de 2 000 UI/j) puissent être bénéfiques (de pair avec d'autres mesures de prévention).

Enfin, les internautes qui nous sont lisent depuis longtemps pourront trouver à redire aux résultats de cette méta-analyse, en soulignant par exemple que dans plusieurs des études analysées, la santé osseuse n'était pas le critère principal étudié, ou encore le fait que dans de nombreuses études, la vitamine D n'a pas été donnée quotidiennement (le moyen le plus efficace), mais mensuellement (une pratique qui devrait être évitée).

Par ailleurs cette étude ne dit rien des autres bénéfices possibles des suppléments de vitamine D. Cinq essais randomisés et contrôlées sont actuellement en cours, qui portent sur 57 000 personnes. On devrait donc en savoir plus sur les bénéfices éventuels de cette vitamine d'ici quelques années.

En attendant, nous considérons que les recommandations concernant la prévention et la correction des déficits en vitamine D ne devraient pas changer : 
-    Il faudrait s'exposer au soleil entre avril à septembre 2 à 3 fois par semaine, 15 à 30 minutes par jour, visage protégé, sans aller jusqu’à la rougeur. 
-    Comme les stocks corporels de vitamine D sont généralement épuisés dès le mois de novembre dans l'hémisphère nord, même quand on s'est exposé au soleil en été, il faut considérer la prise d’un supplément de vitamine D3 d'octobre à avril. La prise de vitamine D pour la seule prévention des fractures, alors qu'on est en bonne santé a récemment été remise en cause mais la vitamine D peut conserver un intérêt dans cette indication en cas de déficit marqué et de risque élevé de fracture. Prenez l'avis de votre médecin.

A lire : Vitamine D, mode d'emploiVitamine D : comment interpréter son taux sanguin ? (abonnés), Comment bien s’exposer au soleil pour fabriquer sa vitamine D ? (abonnés)

Source

Lv, Qing-Bo et al. The Serum 25-Hydroxyvitamin D Levels and Hip Fracture Risk: A Meta-Analysis of Prospective Cohort Studies. Oncotarget 8.24 (2017): 39849–39858. 

Mark J Bolland, Andrew Grey, Alison Avenell : Effects of vitamin D supplementation on musculoskeletal health: a systematic review, meta-analysis, and trial sequential analysis.The Lancet Diabetes and Endocrinology, October 04, 2018 https://doi.org/10.1016/S2213-8587(18)30265-1

Torjesen I. Vitamin D supplements do not protect bone health, analysis finds. BMJ. 2018 Oct 8;363:k4223.​

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