Protocole anti-Alzheimer : 100% de succès pour les stades précoces de la maladie

Par Priscille Tremblais Publié le 30/05/2018 Mis à jour le 07/06/2018
Point de vue

Alors que les médicaments contre Alzheimer sont inefficaces, l’attention se porte sur le protocole ReCODE du Dr Dale Bredesen, présenté comme le premier programme qui permet d’inverser la maladie d’Alzheimer. LaNutrition a rencontré ce chercheur lors de son passage en France.

Le Dr Dale Bredesen est neurologue et il a consacré plus de 30 ans à la recherche sur les maladies neurodégénératives ce qui lui a permis, avec son équipe, de mettre au point un protocole de traitement qui permet d'inverser les symptômes (à condition d'être poursuivi à vie). Dans La fin d'Alzheimer, un best-seller outre-Atlantique, il explique le nouvel éclairage que ses recherches ont donné à la maladie d'Alzheimer, ses causes et ses traitements. Comme beaucoup de journalistes (sur la photo une équipe de France 3), LaNutrition.fr a profité d'un séjour du Dr Bredesen à Paris pour l'interroger sur son travail, passé et à venir.

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LaNutrition : Vous êtes à l’origine d’un laboratoire de recherches sur les maladies neurodégénératives à l’université de Californie. Qu’est-ce qui a guidé vos travaux ?

Dr Dale Bredesen : Quand j’ai commencé mes études en neurologie, la plupart des maladies touchant le cerveau étaient incurables, que l’on parle d’accident vasculaire cérébral (AVC), de maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, de sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou de bien d’autres maladies encore, toutes intraitables. J’ai pris la décision il y a trente ans de créer un laboratoire de recherche. Le but de notre laboratoire a toujours été de comprendre la nature fondamentale du processus dégénératif de manière suffisamment détaillée pour pouvoir établir les premiers traitements efficaces et les conseils préventifs contre ces maladies.

Qu’avez-vous trouvé concernant Alzheimer ?

Après de nombreuses années passées à étudier la maladie d’Alzheimer dans différents modèles de laboratoire, nous sommes arrivés à une conclusion étonnante : la maladie d’Alzheimer est fondamentalement différente du modèle couramment admis. Son mécanisme sous-jacent ne correspond pas à la production de plaques amyloïdes, mais à un changement d’équilibre entre les signaux synaptoclastiques (chargés de détruire les neurones) et les signaux synaptoblastiques (chargés de réparer et renouveler les neurones). En d’autres termes, dans la maladie d’Alzheimer, il y a trop de signaux synaptoclastiques et pas assez de synaptoblastiques. 

A quoi correspondent alors ces plaques amyloïdes que l’on trouve en nombre dans le cerveau des malades d’Alzheimer ?

La production de plaques amyloïdes que l’on observe chez les malades est en réalité une partie de la réponse de protection du cerveau contre des phénomènes qui déséquilibrent ces signaux : 
En premier, l’inflammation du cerveau due à des bactéries et des champignons de la sphère buccale, à des bactéries de type spirochète qu’on retrouve dans la maladie de Lyme et ses co-infections. 
Deuxièmement, la baisse de certains nutriments et hormones avec l’âge (testostérone, progestérone, prégnénolone…).
Et troisièmement, l’exposition à différentes toxines.

Est-ce à dire qu’on fait fausse route en essayant, par des médicaments, de réduire ces plaques amyloïdes ?

En effet. Nous avons réalisé qu’au lieu d’essayer de traiter à l’aveugle ces plaques amyloïdes, sans savoir à quoi elles sont dues, comme c’est le cas des traitements actuels de la maladie d’Alzheimer, qui ne fonctionnent pas, il fallait s’attaquer à ses causes réelles. Et nous avons publié les premiers cas exemple d’amélioration de patients atteints d’Alzheimer et de pré-Alzheimer en 2014. Et depuis j’ai vu de plus en plus de patients et j’ai réalisé que je ne pouvais pas mettre dans une publication scientifique tout ce qui était nécessaire à la compréhension de la maladie et les résultats obtenus avec le protocole mis au point avec mon équipe. C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire un livre, La fin d’Alzheimer, sur ces patients, sur les mécanismes à l’origine d’Alzheimer et comment prévenir et inverser les symptômes. 

Dans votre livre, vous montrez que cette maladie qu’on croyait incurable, ne l’est finalement pas toujours. Comment votre message a-t-il été reçu par la communauté scientifique ? 

Nous avons eu en gros trois types de réaction : 

  • Des personnes sceptiques.
  • Des personnes qui ont dit « je n’y crois pas » sans même regarder nos données ou demander à rencontrer nos patients alors que nous avons avec notre protocole ReCODE des améliorations qui sont très bien documentées et pour un nombre important de patients.
  • Des personnes qui ont déclaré « j’attends qu’il y ait des essais à long terme publiés ». Et c’est une réaction assez éthique, je suis d’accord avec ça. D’ailleurs nous travaillons actuellement sur un essai, et nous verrons bien ses résultats.

Mais l’important pour moi c’est que lorsqu’on souffre d’une maladie léthale et incurable avec les médicaments actuels, il faut bien commencer quelque part. Et si quelqu’un propose un traitement qui semble fonctionner chez différentes personnes, il semble logique de vouloir l’essayer. Donc, oui, il reste beaucoup à faire, c’est un commencement, un traitement qui n’est pas efficace chez tout le monde, en particulier pour ceux qui sont à des stades avancés de la maladie. Il nous reste notamment à comprendre pourquoi certaines personnes, même à un stade avancé d’Alzheimer, répondent bien au traitement et d’autres, non.

L’étude publiée en 2016 dans Aging ne concernait que 10 patients. Combien de personnes participent à votre essai actuel ?

Nous avons un essai sur 50 personnes dont la publication est prévue pour 2019. Ce qui est remarquable, c’est que les 50 patients ont tous vu leur état s’améliorer, quel que soit le stade de leur maladie. Nous travaillons aussi à une étude sur 2000 personnes actuellement. Nous avons formé plus de 1000 médecins appartenant à une dizaine de pays et qui utilisent le protocole ReCODE. Cinq d’entre eux, qui n’appartiennent donc pas à notre laboratoire, sont impliqués dans ce nouvel essai et obtiennent des résultats similaires.

Combien de personnes ont suivi votre protocole jusqu’à aujourd’hui et quel est son taux de succès ?

En 6 ans d’utilisation de ce protocole, plus de 2000 personnes ont suivi notre traitement. Pour les malades dont la maladie est juste déclarée ou peu avancée, les symptômes s’inversent à coup sûr, avec un succès proche de 100%. Pour les stades plus avancés, c’est plus difficile. En moyenne, le taux de succès en termes d’inversion des symptômes est supérieur à 50%.

Est-ce que les patients français peuvent bénéficier de votre procotole ? Y a-t-il des médecins en Europe qu'ils peuvent consulter pour cela ?

La première chose à faire est de bien lire mon livre et la seconde de s'adresser à un médecin utilisant le protocole ReCODE. Malheureusement en France, je n'en connais pas. Le Dr Aranda qui a co-écrit Le régime cétogène pour votre cerveau est très intéressé par ce traitement mais il m'a dit qu'il n'avait pas de place pour de nouveaux patients. Là je vais profiter d'être en Europe pour aller à Edimbourg où il y a une nouvelle clinique utilisant ReCODE. La plupart des médecins européens utilisant ReCODE habitent d'ailleurs en Grande-Bretagne. J'espère que prochainement il y aura des médecins français formés à notre protocole, ce sera ainsi bien plus simple pour les patients français. Ils peuvent être formés en ligne via le site de The Institute for functional medicine. Pour l'instant nous n'avons pas de version française pour ces cours, mais on y travaille.

Votre protocole implique de nombreux changements alimentaires et de mode de vie. Cela ne peut-il pas rebuter certains patients, les proches, leurs médecins ?

Encore une fois, il faut bien commencer quelque part. Je me souviens des premiers ordinateurs : ils étaient énormes, lourds et très chers. Regardez comme en 30-40 ans ils sont devenus de plus en plus petits et accessibles au plus grand nombre. Je fais le pari qu’avec le protocole ReCODE ce sera la même chose. On commence avec quelque chose de compliqué mais ce traitement va se simplifier au fur et à mesure que l’on va affiner nos connaissances et peut-être même qu’un jour ses principales règles feront partie intégrante de la vie quotidienne de tout le monde.

Parlons un peu nutrition. Quels changements alimentaires sont les plus protecteurs contre la maladie d’Alzheimer et à quel âge doit-on les adopter ?

La meilleure alimentation contre Alzheimer est basée sur les végétaux, avec des aliments complets peu ou pas transformés, issus de l’agriculture biologique et sans OGM. Ce qu’on mange devrait aussi être pauvre en glucides de manière à induire une légère cétose. Pour favoriser cet état de cétose nous proposons ce qu’on a appelé le cétoflex 12/3 : 12 h minimum sans rien manger entre la fin du dîner et le petit déjeuner suivant et 3h entre la fin du dîner et le coucher. 
Manger principalement des végétaux et induire une cétose légère sont déjà deux bonnes habitudes à prendre. Nos recommandations alimentaires conviennent à la fois aux végétariens et aux omnivores. Si vous mangez de la viande, il faut bien la choisir, de préférence issue d’animaux nourris à l’herbe. Côté poisson, évitez ceux qui sont issus d’un élevage et privilégiez les poissons sauvages, moins contaminés.
Commencer à bien manger, conformément à ces préceptes, dès ses 20 ans est une bonne idée. Mais, évidemment dans la trentaine ou la quarantaine c’est bien aussi.

Comment puis-je savoir si j’ai un risque de maladie d’Alzheimer ?

Il existe un test sanguin sérieux qui est décrit précisément dans La fin d’Alzheimer. Il inclut la génétique, la biochimie et la microbiologie. La première question à se poser, c’est : est-ce que quelqu’un a souffert de la maladie d’Alzheimer dans ma famille ? Une autre question importante : est-ce que je souffre d’insulino-résistance (pré-diabète) ? Par ailleurs si vous avez un diabète, cela augmente votre risque. Si vous avez des problèmes intestinaux, cela augmente aussi votre risque. Si vous avez un mode de vie sédentaire et si vous êtes ou avez été exposé à des substances toxiques de l’environnement, également.

Tous ces paramètres peuvent être mesurés dans le sang et si vous répondez oui à une question ci-dessus, vous avez tout intérêt à faire un test. Selon moi, toute personne de plus de 45 ans devrait vérifier si elle a un risque important d’Alzheimer ou même se trouve déjà dans les prémices de la maladie. Cette maladie s’installe lentement et la plupart des gens ne font rien avant qu’il ne soit déjà un peu tard (ou même trop tard).

Et parmi les facteurs de risque que vous venez de décrire, y en a-t-il de plus importants que d’autres ?

Oui, certainement. Outre le principal facteur que sont les antécédents familiaux, les trois facteurs de risque les plus importants correspondent aux trois types de maladie d’Alzheimer que nous avons identifiés avec mon équipe :

  • Une inflammation chronique, qui prédispose à la maladie d’Alzheimer de type 1 ou inflammatoire.
  • La résistance à l’insuline qui peut, avec d’autres facteurs, préfigurer la maladie d’Alzheimer de type 2, dite aussi atrophique.
  • L’exposition aux toxiques qui induit à un âge précoce une maladie d’Alzheimer de type 3, dite toxique, chez des personnes prédisposées génétiquement.

Quelle est la prochaine étape de vos recherches ?

Simplifier le protocole ReCODE comme je l’ai dit, mais aussi et surtout s’attaquer à d’autres maladies neurodégénératives, afin de mieux connaître leurs mécanismes et d’établir des traitements. Nous avons déjà commencé, par exemple avec la maladie de Parkinson, avec des résultats encourageants.

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