Champignons magiques : les effets de la psilocybine observés dans le cerveau

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Différentes recherches dans le monde s’intéressent au potentiel de la psilocybine, le principe actif des « champignons magiques », pour traiter la dépression. Mais quels sont les effets de ce psychédélique sur le cerveau ?

La psilocybine est une molécule psychoactive présente dans des champignons hallucinogènes du genre Psilocybe. Des études suggèrent qu’elle pourrait être utile dans le traitement de troubles mentaux, en particulier la dépression. Ainsi, dans un essai clinique de la Johns Hopkins School of Medicine portant sur 24 personnes souffrant de troubles dépressifs majeurs, une thérapie assistée par la psilocybine a produit des effets antidépresseurs importants, rapides et durables (1).

Mais que se passe-t-il dans un cerveau sous hallucinogène ? Est-ce dangereux ?

La psilocybine dans l’organisme
La psilocybine, ou 4-hydroxydiméthyltryptamine, est un alcaloïde présent dans différents champignons. Une fois ingérée, la molécule est transformée en une autre forme active, la psilocine. La psilocybine et la psilocine ont une structure proche du neurotransmetteur sérotonine.

Le cerveau sous psilocybine

Pour en savoir plus, des chercheurs de la Washington University School of Medicine de St. Louis ont scanné le cerveau de personnes en bonne santé, avant, pendant et après l’ingestion de psilocybine. Chaque participant a subi en moyenne 18 scanners cérébraux. « Cette étude s'inscrit dans le cadre du regain d'intérêt pour la thérapie assistée par les psychédéliques dans le traitement de l'anxiété, de la dépression et de la toxicomanie », explique Michiel van Elk, docteur en neurosciences cognitives à l’université de Leiden.

Les scanners ont révélé des perturbations dans les connexions au sein de certains réseaux cérébraux (2). Sous l’effet de la psilocybine, le traitement de l'information semblait imprévisible : le cerveau psychédélique est désordonné. « À première vue, les changements dans les schémas cérébraux semblent impressionnants », commente le Dr Michiel van Elk, qui est un spécialiste des états modifiés de la conscience. 

Les changements dans les schémas cérébraux semblent impressionnants

Les chercheurs ont aussi constaté des changements cérébraux durables dans les jours et les semaines suivant l’expérience psychédélique. Ces changements concernaient les connexions entre l’hippocampe (partie du cerveau associée à la mémoire à court terme) et le réseau du mode par défaut (régions cérébrales actives lorsqu’une personne est au repos). Ces modifications pourraient être à l’origine des effets neuroplastiques et thérapeutiques de la psilocybine. 

Toutefois, bien qu’elle paraisse dans la prestigieuse revue Nature, cette étude présente des défauts, comme le relève le Dr Michiel van Elk, sur le site The Conversation : la taille restreinte de l’échantillon et sa bonne santé (il n’est pas certain que les résultats s’appliquent aux patients), les conflits d’intérêt des auteurs et la difficulté à mener une procédure en double aveugle – un problème récurrent avec les psychédéliques.

Enfin, cette étude ne répond pas à toutes les questions que l’on peut se poser sur la thérapie assistée par psychédélique. En particulier « quelle est la relation entre les changements observés dans l'activité cérébrale et la façon dont les personnes se sentent et s'épanouissent dans leur vie ? », demande Michiel van Elk. Pour lui, « Ce qui manque dans le tableau, ce sont les données subjectives déclarées par les participants. Seules ces données peuvent nous aider à clarifier ce que reflètent les changements dans la connectivité neuronale. »

Des essais cliniques lancés en France

En France, plusieurs essais cliniques ont été lancés sur cette thématique. Ainsi, une étude sur l’utilisation de la psilocybine contre la dépression résistante, appelée COMP006, a démarré à Paris en 2024. En parallèle, le CHU de Nîmes a prévu une étude pilote sur 30 patients à l’Hôpital du Grau-du-Roi pour tester l’efficacité de la psilocybine dans les troubles liés à l’usage de l’alcool avec symptômes dépressifs : l’étude PAD.

Lire : Les psychédéliques sont-ils l'avenir de la psychiatrie ? (abonnés)

De tels traitements nécessitent un encadrement car les effets secondaires de la psilocybine sont importants et potentiellement préoccupants. Dans une récente étude utilisant différentes doses de psilocybine, 77 % des participants ont ressenti des effets indésirables, tels que maux de tête, vertiges ou nausées (3). « Des idées ou comportements suicidaires ou des actes d'automutilation ont été observés dans tous les groupes de doses, » notent également les auteurs. Les altérations de la perception peuvent aussi provoquer de l’agitation, de l'anxiété, voire des réactions de panique.

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