Le travail de nuit, un facteur de risque de cancer pour les femmes

Par Juliette Pouyat Publié le 30/05/2012 Mis à jour le 23/01/2018
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Les femmes qui travaillent de nuit ont un risque accru de cancers du sein, de la peau et gastro-intestinal.

Un risque de cancer du sein augmenté pour 3 nuits de travail par semaine (mais pas deux)

Le travail de nuit est en pleine augmentation dans les pays occidentaux, 10 à 20% des travailleurs débutent leur journée de travail après 17h00.

Dans une cohorte de près de 20 000 femmes militaires danoises, des chercheurs ont examiné le lien entre les habitudes de travail et le risque de cancer du sein. Ils ont ainsi découvert que chez les femmes qui travaillent au moins 3 nuits par semaine depuis 6 à 15 ans ont un risque de cancer du sein multiplié par 2,1. Pour celles qui ont travaillé au moins 3 nuits par semaine pendant plus de 15 ans, le risque est multiplié par 2,5.

Les auteurs de l'étude expliquent : "Le travail de nuit peut perturber les rythmes circadiens, supprimer la production de la mélatonine, une hormone pinéale, et engendrer des déficits de sommeil; un ensemble d'évènements qui affectent des centaines de processus métaboliques et physiologiques, y compris la production d'hormones, le cycle cellulaire et l'apoptose (la mort des cellules, ndlr), ce qui, en retour, pourrait augmenter l'initiation, la progression et la croissance des tumeurs y compris du cancer du sein."

En revanche, le travail de nuit une à deux fois par semaine seulement ne semble pas impacter le risque de cancer du sein. Pour les chercheurs cela n'a rien de surprenant, ils expliquent : "Une ou deux nuits de travail ne suffiront pas à modifier l'heure de production de la mélatonine et donc pas non plus à perturber les rythmes circadiens."

Pour comprendre ces résultats les chercheurs ont cherché des facteurs pouvant interférer avec les résultats comme une prédisposition génétique dans le groupe travaillant de nuit ou un manque de vitamine D. Aucun d'entre eux ne semble pouvoir expliquer les résultats observés, ce qui conforte le rôle joué par la perturbation des rythmes du sommeil.

Un risque plus élevé aussi pour les cancers du sein, de la peau et gastro-intestinaux

Une étude parue en janvier 2018 dans la revue Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention montre que les femmes qui travaillent de nuit ont un risque accru de développer trois types de cancers : sein, peau ou gastro-intestinal.

Dans cette méta-analyse, les chercheurs ont regardé l’effet du travail de nuit à long terme sur le risque de développer 11 types de cancers. Pour cela, ils ont utilisé les données de 61 articles, répertoriant 3 909 152 participants et 114 628 cas de cancers.  Une analyse s’est spécifiquement intéressée au travail de nuit chez les infirmières.  

Globalement, le travail de nuit chez les femmes augmenterait de 19% le risque de cancer. En analysant spécifiquement certains cancers, les chercheurs ont trouvé que le travail de nuit est associé à une augmentation de 41% du risque de cancer de la peau, de 32% de celui du cancer du sein et de 18% du risque de cancer gastro-intestinal.

Parmi les infirmières travaillant de nuit,  le risque de cancer du sein est augmenté de 58%, celui de cancer gastro-intestinal de 35% et celui du cancer du poumon de 28%. Les chercheurs ont trouvé que le risque de cancer du sein augmentait de 3,3% tous les 5 ans passés à travailler de nuit.

« Notre étude montre que le travail de nuit constitue un facteur de risque de plusieurs cancers chez les femmes » concluent les auteurs.

Beaucoup d’études ont montré que la suppression de la mélatonine et la perturbation du rythme circadien causées par le travail de nuit agissent comme des facteurs cancérigènes qui augmentent l’incidence des cancers. La mélatonine joue en effet un rôle dans l’inhibition de la croissance des tumeurs. Or, la lumière non naturelle à laquelle sont soumis les travailleurs de nuit réduit la libération de mélatonine.

Référence : Hansen J, Lassen CF. Nested case-control study of night shift work and breast cancer risk among women in the Danish military. Occup Environ Med 2012; DOI: 10.1136/oemed-2011-100240.

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