Autisme : « Mon instinct m’a soufflé qu’elle avait un problème au niveau du ventre »

Par Priscille Tremblais Publié le 01/04/2019 Mis à jour le 01/04/2019
Point de vue

La fille de Corinne B. à qui on a diagnostiqué un trouble envahissant du développement avec symptômes autistiques a changé complètement de comportement et retrouvé les facultés intellectuelles d’un enfant de son âge, suite à l’adoption d’un régime sans gluten et sans lait. Sa maman témoigne.

De plus en plus parents d’enfants souffrant de troubles du spectre autistique mettent en place un régime sans gluten ni lait, avec des résultats variables, souvent encourageants, comme le montre le récit de Nathalie Champoux dans "Être et ne plus être autiste". Mais il faut toutefois préciser que les études visant à éliminer le gluten dans un contexte scientifique, ont jusqu'ici donné des résultats contrastés. Seuls certains enfants pourraient être améliorés par un régime sans gluten et/ou sans lait. Dans cet entretien, Corinne indique d’ailleurs une possible explication à ce phénomène.

LaNutrition.fr : Quand avez-vous remarqué que le développement de votre fille n’était pas complètement normal ?

Corinne B. : Jusqu’à ses 18 mois, je ne me suis posé aucune question. Mais à 18 mois, elle refusait toujours de manger des morceaux et ne voulait que des purées, et elle ne marchait toujours pas, j’ai commencé à m’inquiéter un peu. Le pédiatre, lui, était rassurant car elle arrivait à marcher avec de l’aide. Elle a marché toute seule finalement à 22 mois. C’est quand elle est allée en halte-garderie vers 2 ans que les professionnels sur place nous ont alertés sur le fait qu’elle ne prenait jamais les aliments qu’on lui tendait (bout de fruit ou de pain) mais là encore les spécialistes consultés n’ont pas semblé alarmés et nous ont dit d’attendre ses 3 ans. Comme elle est née en décembre, elle est rentrée à l’école à 2 ans et 8 mois, et on ne m’a signalé aucun souci à la cantine.

En revanche, à l’école, ils ont constaté que même si elle était propre globalement, elle ne réclamait jamais à aller aux toilettes. Elle y allait seulement quand on l’y invitait (à la maison) ou quand ses camarades y allaient aussi. Et le maître nous a signalé qu’elle ne parlait pas trop aux autres. Comme les petits signes d’inquiétude s’accumulaient, on a été voir le pédiatre exprès pour cela. Et son test, conçu pour les enfants de 18 mois, l’a menée tout droit à un bilan orthophonique. Elle a commencé donc l’orthophonie à un peu plus de 3 ans. Et c’est un an plus tard, lorsque je l’ai amenée voir un pédopsychiatre que ce dernier a posé le diagnostic de Trouble envahissant du développement avec symptômes autistiques. 

Que s’est-il passé suite au diagnostic ?

On a immédiatement fait les demandes d’aides nécessaires, comme celle d’une auxiliaire de vie scolaire. Mais il a suffi que le diagnostic soit posé pour que les vrais symptômes de son trouble apparaissent : elle a commencé à avoir des troubles du sommeil, elle ne regardait plus les gens, elle nous tapait, et criait beaucoup. J’ai amené ma fille voir une énergéticienne dont on m’avait parlé et c’est cette femme qui m’a mis sur la piste d’un lien entre l’autisme et le ventre. J’ai commencé à faire des recherches sur Internet et tout ce que je lisais était engageant sur le fait qu’il y avait là une piste à suivre. D’autant que ma fille présentait une constipation chronique.

Comment en êtes-vous arrivée à modifier son alimentation ?

Je suis aide-soignante en hôpital et en parlant de cela avec une collègue médecin elle m’a dit que ce n’était pas impossible car le ventre est le deuxième cerveau. J’ai donc décidé de faire des recherches tranquillement puis de prendre le temps d’en faire synthèse avant de commencer à modifier des choses. A peu près au même moment ma fille a dû se faire opérer d’une hernie inguinale. J’en ai profité pour demander au médecin de lui faire une prise de sang pendant qu’elle était endormie au bloc (car en temps normal ce geste n’aurait pas été possible). J’ai donc fait tester divers paramètres dont l’intolérance au gluten. Et ses résultats sur ce dernier point étaient à la limite de l’intolérance et surtout pas cohérents entre eux. Mon instinct m’a soufflé qu’elle avait un problème au niveau du ventre. Et même si c’était le gluten qui semblait poser problème, j’ai décidé d’arrêter le lait d’abord, je ne sais pas pourquoi.

Lire aussi : Soigner l'intestin pour guérir l'autisme ?

L’arrêt du lait a eu quel effet ?

Après seulement une semaine, elle avait arrêté de taper. Mais j’ai continué mes recherches sur l’intolérance au lait et au gluten et l’autisme et cela m’a menée à une association suisse regroupant nutrithérapeutes et scientifiques, Stelior. Pour cette collégiale, la piste du ventre se cache derrière beaucoup de maladies actuelles : autisme mais aussi Alzheimer, dépression, TDAH. 
Une nutrithérapeute de l’association a préconisé diverses analyses de selles, de sang et d’urine afin de déterminer les intolérances alimentaires de ma fille avec précision, tout en vérifiant ses niveaux de vitamines et minéraux et il s’est avéré qu’elle était bien intolérante au gluten, au lait ainsi qu’à l’orge.

Mais si j’ai appris quelque chose avec ces tests et l’association Stelior c’est que tous les enfants autistes peuvent être intolérants à bien d'autres aliments, ce qui peut expliquer les résultats contrastés des interventions diététiques visant à arrêter le gluten et le lait. Tester les intolérances est vraiment important. Et il faut changer d’alimentation pendant au moins un an, pas seulement trois mois, et toujours sous supervision médicale.

Vous avez donc aussi arrêté le gluten.

Oui, et en parallèle j’ai commencé les démarches pour établir un PAI (plan d’accueil individualisé) de manière à ce que ma fille ne mange ni lait ni gluten à la cantine. Pendant 15 jours, l’arrêt du gluten et du lait a fait ressortir tous les symptômes de ma fille avec une intensité accrue, c’était l’horreur. Puis, elle a commencé à regarder les gens, tendre des jouets à ses copains en classe, à mieux dormir. Pour la première fois depuis son entrée à l’école elle s’est mise à parler aux autres. Tout le monde me demandait ce qui s’était passé avec la petite. Et puis elle a commencé aussi à dessiner et écrire.

Avez-vous constaté d’autres changements ?

Depuis qu’elle mange sans gluten et sans lait, elle n’a plus d’infections ORL alors qu’avant, tout l’hiver, elle était malade de manière chronique. Et moi qui mange comme elle, je ne souffre plus de mes lombalgies chroniques qui m’obligeaient à prendre des congés maladie plusieurs fois par an auparavant.

En quoi consiste le protocole alimentaire que vous faites suivre à votre fille ?

Elle ne mange pas de gluten, ni de laitages, ni d’orge (qui contient de toute façon du gluten). On a supprimé aussi l’agneau, le veau et le bœuf qui peuvent présenter des traces de lait. Et pour éviter les soucis, on l’a enlevée de la cantine car ses repas comportaient des erreurs malgré le PAI. Elle mange donc uniquement des plats que l’on prépare nous-mêmes, mais elle a le droit aux gâteaux, aux gaufres comme tous les enfants et elle boit des laits végétaux enrichis en calcium. On fait comme tout le monde, simplement dans des versions différentes, sauf pour la raclette pour laquelle il n’existe pas d’équivalent !

Lire aussi : Autisme : quelle alimentation mettre en place ?

Aujourd’hui, trois ans, après l’adoption de cette nouvelle alimentation, comment se porte votre fille ?

Selon le test qu’elle a passé au Centre de ressources pour l’autisme (CRA), elle a rattrapé le retard intellectuel qu’elle avait par rapport aux autres enfants. On a donc demandé à l’AVS de l’aider un peu moins. D’ailleurs elle fait ses devoirs toute seule et j’ai pu constater qu’elle n’a pas plus de difficultés que ses camarades de classe venant à la maison. Elle dessine comme les enfants de son âge (voir ci-dessous) et elle ne voit plus de pédopsychiatre.


Cependant, elle souhaite toujours qu’on lui mixe ses aliments en purée et a encore facilement peur de certaines voix graves ou statures imposantes. Elle ne supporte pas non plus qu’on lui coupe les ongles de pied. Mais nous ne vivons plus de crises, plus de cris. 
Mais j’ai fait quelques erreurs diététiques au début, la cantine aussi, ce qui l’a fait régresser à certaines périodes et a pu perturber ses progrès. Mais l’amélioration des symptômes de ma fille, et celle que je constate chez d’autres enfants ayant eu aussi changé d’alimentation, me font penser aujourd’hui que l’autisme n’est pas un handicap mais une maladie (qui peut causer un handicap). Et une maladie ça peut se guérir ou se réduire au silence.

Et maintenant ?

Maintenant que son terrain est réparé, et qu’elle a 8 ans, nous nous concentrons sur la pratique du sport, ce qui est indiqué en priorité à partir de 6 ans. On s’interroge aussi sur une éventuelle contamination aux métaux lourds. On est sensible également à l’aspect psychogénéalogique, comme complément de sens.

Et aussi, sur l'alimentation : Autisme : le régime cétogène aussi efficace que le sans gluten ?

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