Conflits d’intérêt : la Haute autorité de santé revient sur des recommandations

Par Priscille Tremblais Publié le 26/11/2018 Mis à jour le 26/11/2018
Actualité

En mars 2017, la Haute autorité de santé (HAS) a publié une recommandation sur la prise en charge des principales dyslipidémies. En novembre 2018, suite à la révélation des liens d’intérêt des experts chargés de cette recommandation, elle la supprime.

Pourquoi c’est important

Une dyslipidémie est, selon la définition officielle, une anomalie (de qualité ou de quantité) d'un (ou plusieurs) taux de lipides dans le sang : cholestérol total, cholestérol HDL, cholestérol LDL, triglycérides. Certaines de ces anomalies ont été associées à un risque cardiovasculaire plus élevé. Les recommandations actuelles visent à faire baisser les taux de lipides « anormaux », le plus souvent par la prescription de médicament, en tête desquels les statines. 
Le hic c’est que de plus en plus d’experts indépendants remettent en question d’une part le fait que le cholestérol ait une responsabilité dans le risque cardiovasculaire, et d’autre part la prescription de statines. Ainsi, les études financées par l’industrie trouvent des effets secondaires des statines chez moins de 1% des patients, alors que les études indépendantes indiquent qu’au moins 20% sont affectés.

Ce qui s’est passé

« A l’occasion d’un recours de l’association Formindep devant le Conseil d’État, la HAS a pris connaissance de l’existence de liens qui n’avaient pas été renseignés par certains experts dans leur déclaration publique d’intérêts » a déclaré le 22 novembre la Haute autorité de santé. Dans la foulée elle a donc purement et simplement abrogé sa recommandation concernant la prise en charge des dyslipidémies, en attendant de fournir aux médecins un nouveau travail impartial.
L’association Formindep qui « s’engage pour une médecine fondée sur les meilleures preuves scientifiques et le seul intérêt du patient » a cité dans sa requête officielle l’avis du Collège de la Médecine Générale. Pour ce dernier, « la méthode d’élaboration [de la recommandation de la HAS] pose problème », et « Les seuils et cibles de ce document vont amener à traiter par statine au moins 50% des seniors (à partir de 60 ans) ».
L’affaire est maintenant dans les mains de la justice.

Que penser de cette histoire

Le fait que les liens d’intérêt entre les industriels et les experts influencent les recommandations officielles n’est pas nouveau. Concernant les statines et le cholestérol, le Dr de Lorgeril et le Pr Even ont déjà lancé l’alerte depuis de nombreuses années. Et ces liens polluent la pratique médicale à plusieurs niveaux, de manière plus ou moins pernicieuse, comme le montre brillamment Jérémy Anso dans Santé, mensonges et (toujours) propagande.

Pour Jérémy Anso justement, « Le contrôle des conflits d’intérêts dans l’expertise publique existe mais il montre ses limites », comme cet exemple l’illustre bien. La solution ? « Il faut impérativement une entité indépendante qui veille à la sélection impartiale des experts et des professionnels de santé en écartant ceux avec des conflits d’intérêts. Cette entité devra être capable d’enquêter sur les experts puisque nous savons que nombreux sont ceux qui « oublient » ou omettent de déclarer des liens d’intérêts significatifs. »

Pour aller plus loin : Santé, mensonges et (toujours) propagande

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