L’alimentation bio peut-elle diminuer le risque de cancer ?

Par Priscille Tremblais Publié le 26/10/2018 Mis à jour le 26/10/2018
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Les personnes qui consomment des aliments bio le font pour être en meilleure santé. Pourtant peu d’études en attestent. Les résultats de l’étude française NutriNet parue cette semaine dans JAMA Internal Medicine associent cette alimentation à un risque moindre de cancer. Que faut-il en penser ?

En 2015, l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) a classé 3 pesticides couramment utilisés comme cancérigènes pour les humains. Or, aujourd’hui, dans les pays occidentaux, tout le monde ou presque est exposé au moins à des taux faibles de pesticides, en premier lieu via la consommation de fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle. 

Des études ont montré qu’adopter une alimentation biologique permettait de diminuer les taux de pesticides dans les urines, suggérant ainsi une exposition moindre aux pesticides. Néanmoins on connaît encore mal les conséquences d’une alimentation conventionnelle sur la santé, et encore moins celles d’une alimentation bio. En effet, les essais cliniques randomisés qui permettraient d’avoir les meilleurs niveaux de preuves sont peu praticables pour ce sujet à cause du coût élevé des aliments bio d’une part et de la longue période de suivi nécessaire pour détecter des cancers d’autre part. 
Des études de cohorte utilisant des mesures validées de l’exposition aux pesticides sont donc nécessaires pour répondre à la question des liens entre alimentation bio et risque cancer.

Que disent les études ?

Justement une étude de cohorte française, ayant suivi près de 69 000 personnes sur 5 ans vient de conclure que les personnes mangeant le plus d’aliments bio présentaient un risque global de cancer diminué de 25% par rapport à celles en consommant peu ou pas. Cette association était particulièrement importante pour les lymphomes et les cancers du sein chez les femmes ménopausées.
Ces résultats recoupent en partie ceux de la Million Women Study, une étude britannique, qui avait trouvé en 2014 un lien entre alimentation bio et un risque de lymphome réduit de 21%. Pour le cancer du sein en revanche, l’association trouvée était positive : les femmes mangeant bio présentaient un risque légèrement supérieur de cancer.

Que peut-on en penser ?

Pour des chercheurs de Harvard qui ont commenté l’étude dans le même numéro du JAMA Internal Medicine « alors que cette étude possède des points forts notables, comme son échantillon de population large et peu de perte des participants lors du suivi, elle présente aussi des faiblesses significatives qui demandent de rester prudents quant à l’interprétation de ses résultats ».
La plus importante de ces faiblesses est l’absence de validation du questionnaire sur la consommation des aliments biologiques. Par conséquent, on ne sait pas exactement ce que la consommation d'aliments biologiques devait mesurer réellement. La consommation d'aliments biologiques est notoirement difficile à évaluer, et son autoévaluation entraîne des biais importants notamment avec d’autres comportements de santé bénéfiques et des facteurs socioéconomiques, comme le montrent les données présentées dans le premier tableau de l'article des chercheurs français.

Dans la mesure où le questionnaire NutriNet-Santé permet aux participants ne mangeant pas bio de révéler pourquoi, notamment pour des raisons économiques, les auteurs auraient pu éliminer ces facteurs de confusion potentiels assez facilement. Ils ont à l’inverse choisi de traiter tous les non consommateurs de bio de la même façon, ce qui facilite les calculs mais ne minimise pas les biais.

Une autre limitation importante de l’étude est le fait que les auteurs se sont servis de la consommation élevée d’aliments bio comme un indicateur d’une exposition plus faible aux pesticides. Or l’exposition aux pesticides ne se fait pas que via les aliments. 

Un autre point fait sourciller, c’est ce paragraphe de l’étude :

Il dit que l’association trouvée ne tient pas pour les jeunes adultes, tous les hommes (!) les non-fumeurs et ceux qui fument actuellement, les personnes qui ont une alimentation saine.
Voilà qui fait relativiser les 25% de risque (relatif en plus !) en moins.

En pratique 

Le lien entre alimentation bio et cancer n’est pas encore très clair. D’autres études sont nécessaires pour l’établir ou non, et de manière urgente, car le cancer est un problème de santé publique sérieux et que la consommation d’aliments contenant des résidus de pesticides est importante.

Cependant il existe des preuves de plus en plus nombreuses que d’autres facteurs du mode de vie, comme le poids et l’activité physique. Concernant l’alimentation aussi, il existe des règles diététiques permettant de se protéger des cancers pour lesquelles les preuves scientifiques sont suffisantes.

Lire aussi notre dossier Cancer et alimentation : tout ce qu'il faut savoir

Références

Bradbury KE, Balkwill A, Spencer EA, et al. Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom. Br J Cancer. 2014;110(9):2321-6.
Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, et al : Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study. JAMA Intern Med. Published online October 22, 2018. doi:10.1001/jamainternmed.2018.4357
 

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