Les médicaments contre Alzheimer vont d'échec en échec. Que proposer aux patients ?

Par Julien Hernandez Publié le 15/06/2018 Mis à jour le 07/01/2020
Actualité

Plus de 190 essais cliniques portant sur des médicaments potentiels pour traiter Alzheimer ont été interrompus, faute d’amélioration. Mais de nouvelles pistes apparaissent.

Pourquoi c'est important

Alors que 3 millions de personnes en France seulement sont atteintes de la maladie d'Alzheimer, la perspective de voir apparaître un traitement ne cesse de s'éloigner. Les échecs des laboratoires pharmaceutiques ont en effet continué de s'accumuler en 2018 et 2019, au point que Pfizer a annoncé qu'il renonçait à développer des médicaments contre la démence (ce qui fait suite à plusieurs tentatives infructueuses, notamment celle du bapineuzumab, en 2012).

Une longue suite d'échecs

En janvier 2019, Roche a interrompu deux essais de son crenezumab qui visait à ralentir les premiers stades de la maladie d'Alzheimer. En mars de la même année, c'est au tour de Biogen Inc. et Eisai d'arrêter le développement d'un médicament, l'aducanumab (un anticorps conçu pour se lier aux plaques amyloïdes et les éliminer). En cause : des données préliminaires qui suggèrent une efficacité nulle (les deux sociétés essaient de relancer une étude). Amgen et Novartis ont abandonné en juillet 2019 un médicament contre la maladie d'Alzheimer appelé CNP520 parce que les symptômes des patients continuaient de s'aggraver pendant le traitement.

Les laboratoires Astra Zeneca et Eli Lilly ont annoncé en 2018 la fin anticipée d'un essai clinique concernant le lanabecestat (une molécule qui s'attaque à une enzyme intervenant dans la production de la protéine bêta-amyloïde, celle-là même qui s'accumule autour des neurones, bloque leur communication et, finalement, les tuent). En janvier 2018, Eli Lilly avait déjà remisé le solanezumab.

Merck a mis fin à un essai  du verubecestat en février 2018 parce qu'une analyse de l'innocuité montrait que le rapport avantages-risques n'était pas assez bon. Johnson & Johnson a interrompu les essais de son médicament expérimental atabecestat, en mai 2018 également pour des raisons d'innocuité : certains patients montraient des signes de lésions hépatiques. 

Au total, on considère que 99,6 % des pistes de médicaments contre Alzheimer se sont révélées des échecs cuisants ne dépassant même pas la phase de test. Et les 0,4 % de médicaments qui ont finalement été mis sur le marché sont incapables d’enrayer, ou même de ralentir le cours de la maladie. C’est d’ailleurs ce constat qui a conduit le ministère de la Santé français à décider du déremboursement de quatre médicaments anti-Alzheimer à compter du 1er août 2018.

Que faire aujourd’hui contre cette maladie ?

Le problème réside sans doute dans le fait que les laboratoires, comme la plupart des chercheurs, s’obstinent à s’attaquer aux plaques amyloïdes. Or, selon le Dr Dale Bredesen, auteur de La fin d’Alzheimer, la formation de plaques amyloïdes ne serait pas la cause d’Alzheimer mais une réponse du cerveau face à diverses agressions endogènes ou exogènes (inflammation, carences en nutriments / molécules bénéfiques, molécules toxiques, etc.).

De nouvelles théories émergent pour expliquer pourquoi les maladies cognitives se développent dans le cerveau. Plusieurs mettent en avant le l'influence du mode de vie. Les recherches montrent que la démence commence vers l'âge de 45 ans et s'installe lentement. Les études expérimentales et épidémiologiques suggèrent qu'un régime alimentaire sain, la pratique régulière de l'exercice, adoptés le plus tôt possible, peuvent prévenir les maladies dégénératives. La qualité du sommeil jouerait aussi un rôle majeur, dans la mesure où l'amyloïde est éliminée pendant le sommeil profond. Un sommeil perturbé viendrait interrompre ce processus d'élimination.

Les chercheurs s'intéressent aussi au jeûne intermittent. Des études récentes chez l'animal laissent penser qu'une telle pratique peut s'opposer à la progression d'Alzheimer.  

Pour en savoir plus sur ces pistes, lire l'enquête de Max Lugavere : Supernutrition du cerveau

Ces pistes de prévention et de traitement sont suivies par plusieurs équipes de recherche. Le Dr Dale Bredesen croit qu'il existe jusqu'à 36 causes de la maladie, et non une seule, et propose aux patients un protocole personnalisé qui allie diététique, activité physique, supplémentation, meilleure gestion du sommeil et du stress, exercices cognitifs, etc. Deux petites études ont enregistré des résultats prometteurs dont une étude, parue dans le journal Aging en 2016. Mais pour le Dr Bredesen, qui a suivi 2000 patients depuis 6 ans, le taux de succès de ce protocole, en termes d’inversion des symptômes, atteint quasiment 100 % chez les stades précoces et, en moyenne, tous stades confondus, plus de 50 %. D'autres études sont en cours.

Lire aussi : Bientôt la fin d’Alzheimer ? et Alzheimer : la place de l’alimentation (abonnés)

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