Alzheimer : ces patients qui en guérissent

Par Marie-Céline Ray Publié le 24/06/2016 Mis à jour le 21/09/2018
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De nouveaux travaux suggèrent que la maladie est réversible si on intervient sur l'alimentation, l'activité physique, la relaxation.

La maladie d'Alzheimer est une forme de démence qui toucherait 1 million de personnes de plus de 65 ans en France. Plusieurs facteurs environnementaux, dont l'alimentation, l'exposition aux toxiques (aluminium), la prise de certains médicaments (anticholinergiques) et le niveau d'activité physique constitueraient des facteurs de risque.

Lire : Maladies neurologiques : plus fréquentes et plus précoces

Récemment, des approches métaboliques ont donné des résultats encourageants sur des patients atteints d'Alzheimer, suggérant qu'il est possible d'inverser la maladie. Explications.

Des patients Alzheimer retrouvent la mémoire dans une étude pilote

Une étude pilote de 2016 conduite par l'équipe de Dale Bredesen (université de Californie) a suivi les effets d’un nouveau type de traitement personnalisé sur 10 patients. Le traitement, appelé ReCODE consiste à agir sur 36 facteurs comme l’alimentation, l’exercice, les habitudes de sommeil, le yoga et la relaxation… Il utilise aussi le cas échéant des hormones, des compléments alimentaires ou de la stimulation cérébrale. Comme la maladie d’Alzheimer est complexe et fait intervenir plusieurs facteurs (au moins 36), dit Dale Bredesen, la solution doit donc être multiple et combiner différentes stratégies.
Dans l'étude, des changements dans le mode de vie et ces traitements ont duré de 5 à 24 mois ; la plupart des patients ont eu des améliorations bien réelles, comme l’explique l’un des chercheurs, Dale Bredesen, de l’université de Californie, Los Angeles : « L'ampleur de l'amélioration de ces 10 patients est sans précédent. »

  • Un patient de 69 ans qui était toujours en activité était sur le point d’arrêter son entreprise à cause de ses pertes de mémoire. Des tests ont révélé un Alzheimer précoce. Après 22 mois de ce programme, ses tests cognitifs se sont améliorés et il a pu reprendre son travail. L’équipe explique que « Le neuropsychologue qui a effectué et évalué son test a souligné que son amélioration a été au-delà de ce qui avait été observé chez le neuropsychologue en 30 ans de pratique. »
  • Un autre patient de 66 ans avait été diagnostiqué Alzheimer. Au bout de cinq mois d’intervention, il a arrêté le programme. Son état a décliné et il a eu des pertes de mémoire. Il a repris le programme, ce qui a permis d’arrêter ses épisodes de perte de mémoire. Au bout de 10 mois, son état s’est amélioré et le volume de son hippocampe avait augmenté de 10 % environ.

La plupart des patients avaient retrouvé des résultats normaux aux tests cognitifs à la fin du traitement. Mais il est encore trop tôt pour savoir si ces améliorations perdurent. L’étude suggère que la perte de mémoire des patients peut donc être inversée par des changements dans le mode de vie des patients. Le protocole ReCODE est détaillé dans son livre La fin d'Alzheimer. D'autres études sont en cours

Voici le témoignage de deux femmes qui ont suivi le protocole ReCODE :

  • Julie : « Je ne me souvenais plus des noms, je n’arrivais plus à situer certaines personnes au sein même de ma famille. C’était terrifiant et très embarrassant. Je crois que le pire de ce que j’ai vécu a été de devoir coller un post-it sur mon volant pour me rappeler de quel côté de la route il fallait que je conduise. Mais en 3 à 4 mois de protocole, j’ai connu des changements significatifs : désormais je reconnais les gens, je sais à qui est tel ou tel enfant, qui est le mari de qui, je me rappelle des professeurs de mes enfants. Et surtout : je conduis en toute confiance. »
  • Deborah : « Les premiers symptômes ont commencé il y a 20 ans mais je ne savais pas qu’il s’agissait de la maladie d’Alzheimer : mon vocabulaire s’appauvrissait, je n’arrivais plus à participer aux réunions, à partir du milieu de l’après-midi, j’étais épuisée intellectuellement. Lorsque j’étais jeune, je jouais du piano, et avec la maladie, je n’y parvenais plus. Lorsque je m’asseyais devant un piano, j’étais incapable de déchiffrer une partition. Au bout de deux ans de protocole, je me suis rassise devant un piano et j’ai pu lire à nouveau une partition et rejouer du piano facilement. » 

Le régime cétogène pourrait améliorer les patients

Le régime cétogène consiste à diminuer drastiquement les glucides de son alimentation et à augmenter les graisses dans la même proportion. Ce régime intéresse les  médecins qui soignent les patients Alzheimer parce qu'une fois la maladie bien installée, les cellules nerveuses des malades ne parviennent plus à utiliser le glucose comme source d'énergie et finissent par mourir. 

«Chez les malades d’Alzheimer, indique le Dr Michèle Serrand, auteure de Le régime cétogène contre la maladie d'Alzheimer  on observe une incapacité des neurones (cellules nerveuses) à bien utiliser le glucose (sucre) qui est leur première source d’énergie habituellement. Or sans énergie, pas de vie : les neurones ne peuvent pas vivre et fonctionner normalement. Certains chercheurs évoquent la maladie d’Alzheimer comme une sorte de diabète du cerveau, un diabète de type 3. Aujourd’hui, il n’y a pas de médicaments efficaces pour permettre aux neurones d’utiliser le glucose à nouveau normalement. Mais les neurones ont la capacité d’utiliser une autre source d’énergie. Il s’agit des cétones, des substances naturelles issues des graisses

Lorsqu’on réduit fortement sa consommation de glucides et qu’on les remplace par des graisses (notamment huile de coco), le foie se met à produire des molécules appelées cétones qui constituent une excellente source d’énergie pour pratiquement tous les tissus du corps. C'est ce qu'on appelle le régime cétogène. Lorsque l’organisme fonctionne à partir des corps cétonique, il est dit en état de cétose, un état proche qui peut être atteint aussi par le jeûne.

Selon la recherche actuelle, les cétones pourraient être considérées comme des médicaments agissant contre différentes maladies comme l’épilepsie, les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, la migraine, certains troubles métaboliques comme le diabète et même le cancer.

Plusieurs patients ont été améliorés avec un régime cétogène. Lire par exemple ce témoignage

Au moins 9 facteurs de risque d’Alzheimer sur lesquels on peut agir

Dans une étude parue en 2015, des chercheurs rapportent que 9 facteurs de risque potentiellement modifiables pourraient contribuer jusqu’à deux tiers des cas de maladie d’Alzheimer. Des stratégies de prévention ciblant alimentation, médicaments, chimie du corps, santé mentale, maladie pré-existante et mode de vie peuvent donc aider à diminuer le risque de démence.

Les chercheurs ont réalisé une méta-analyse avec 323 publications couvrant 93 facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer. Ils ont mis en évidence que l’exposition à certains médicaments – notamment ceux permettant de diminuer la tension artérielle et les anti-inflammatoires non stéroïdiens –, ou aux œstrogènes permettraient de prévenir la maladie d’Alzheimer. De la même façon, des apports élevés en certaines vitamines (vitamine B9 ou folates, vitamines E ou C) ou encore la consommation de café sont associés à une diminution du risque de maladie d’Alzheimer.

Lire : Le café contre Alzheimer

En ce qui concerne les habitudes alimentaires, une consommation plus fréquente de poisson et un régime méditerranéen pourraient permettre de réduire le risque de démence.

Lire : Le régime méditerranéen bon pour la mémoire et Alzheimer 

Les chercheurs ont ensuite cherché à évaluer la contribution des 9 principaux facteurs de risque au développement de la maladie, soit l’obésité, le rétrécissement de l’artère carotide, le faible niveau d’instruction, la dépression, la fragilité, l’hypertension artérielle, le tabagisme, des niveaux élevés d’homocystéine, le diabète de type 2. Résultats : ces facteurs de risque potentiellement modifiables pourraient expliquer les 2/3 des cas de maladie d’Alzheimer.

Des recommandations pour prévenir Alzheimer

En 2013, le Physicians Committee for Responsible Medicine (PRCM), une organisation végétarienne, a publié des recommandations pour prévenir la maladie d’Alzheimer. Sept principes réduisant le risque ont été présentés lors de l’International Conference on Nutrition and the Brain qui s'est déroulée à Washington les 19 et 20 juillet 2013 :

  • Limiter les acides gras trans
  • Manger surtout des fruits, des légumes et des céréales
  • Veiller à consommer 30 g de noix ou de céréales complètes par jour pour apporter de la vitamine E, un antioxydant associé à un risque réduit de maladie d’Alzheimer
  • Veiller à recevoir 2,4 µg de vitamine B12 par jour (par l’alimentation ou grâce à un complément alimentaire)
  • Eviter les compléments multivitaminés contenant du fer et du cuivre, sauf en cas de prescription médicale. Ces métaux augmentent le stress oxydant
  • Eviter les aliments qui ont été en contact avec des ustensiles de cuisine en aluminium, même si le rôle de l’aluminium dans la maladie reste controversé
  • Faire l'équivalent de 40 minutes de marche 3 fois par semaine.

A cette liste s'ajoute :

  • S'exposer régulièrement au soleil pour permettre à la peau de synthétiser de la vitamine D
  • Consommer des oméga-3, que l'on trouve notamment dans les noix, les graines de lin, de chia, l'huile de colza, l'huile de lin (et les poissons gras)...

Pour aller plus loin :

Sources

Bredesen DE, Amos EC, Canick J, Ackerley M, Raji C, Fiala M, Ahdidan J. Reversal of cognitive decline in Alzheimer's disease. Aging (Albany NY). 2016 Jun 12.

Wei Xu, Lan Tan, Hui-Fu Wang, Teng Jiang, Meng-Shan Tan, Lin Tan, Qing-Fei Zhao, Jie-Qiong Li, Jun Wang, Jin-Tai Yu. Meta-analysis of modifiable risk factors for Alzheimer's disease. Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 2015; jnnp-2015-310548 DOI: 10.1136/jnnp-2015-310548

A. Barnard. Dietary Guidelines for Alzheimer’s Prevention. Nutritional Conference on Nutrition and the Brain. Juillet 2013.

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