Le sport : ami ou ennemi du migraineux ?

Par Julien Hernandez Publié le 23/10/2019 Mis à jour le 23/10/2019
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Accusé d’aggraver ou de déclencher les crises, le sport a longtemps été déconseillé aux migraineux. Et si le sport était en réalité un allié dans la gestion de la maladie ? Tour d’horizon des liens entre migraine et activité physique.

Une maladie invalidante

S’enfermer dans le noir complet, prendre régulièrement des médicaments antidouleur ou encore manquer des journées de travail… voilà l’ordinaire des personnes souffrant de migraine. 1 Français sur 5 serait concerné, avec une majorité de femmes. Il n’existe pas aujourd’hui de traitement préventif de la migraine vraiment efficace, et pour les migraineux qui ont de nombreuses crises, la vie se résume parfois à éviter les nombreux facteurs déclencheurs des crises : certains aliments, certaines boissons, le manque de sommeil, stress, etc. Mais la migraine empêche aussi de pratiquer de nombreuses activités comme le sport. En effet, dans les minutes qui suivent une activité physique, les symptômes sont généralement exacerbés.

Mais peut-être a-t-on trop hâtivement jugé l’exercice comme facteur aggravant cette affection ? Car il existe des patients qui utilisent le sport pour prévenir leur crise. C’est le cas par exemple d’Émilie et de Lucie*. Toutes deux témoignent : « Nous ne faisions pas du sport pour soigner nos migraines mais pour éviter d’en avoir. Maintenant c’est bien simple, dès que nous arrêtons le sport plus de deux mois, nos migraines ressurgissent ».

Si des témoignages ne représentent pas des preuves scientifiques, la science semble toutefois aller dans le même sens. Mais alors, comment se fait-il que l’activité physique soit suspectée de déclencher les crises et permette paradoxalement de réduire leur fréquence lorsqu’elle est pratiquée régulièrement ? 

Mal de tête ou migraine ?
La migraine ne doit pas être confondue avec un simple mal de tête. « La migraine est une véritable maladie neurologique, souvent invalidante, qui peut durer entre 4 et 10 heures par jour si on ne la traite pas. C’est une pathologie qui nécessite une prise en charge thérapeutique » rappelle Yannick Béjot, chef du service de neurologie du CHU de Dijon. Elle se manifeste le plus souvent par une douleur touchant seulement un côté du crâne, pulsatile (dès que le cœur augmente en fréquence, la douleur est plus forte) et intense. Pour les personnes qui ont plusieurs crises par mois, crises durant entre 1 et 3 jours, la qualité de vie peut être fortement altérée. 

Sport et migraine : que dit la recherche ?

Beaucoup de personnes sont gênées dans leur pratique sportive par leur migraine. L’activité physique semble aggraver, voire même parfois déclencher, les crises de migraine. « Je suis victime des migraines après le sport, la course à pied et l'équitation. J’ai comme la sensation que ma tête va exploser » témoigne ainsi Diane*, sur un célèbre forum de santé français. Et Diane n’est pas la seule à souffrir de migraine due au sport : dans une étude de 2013 publiée dans le Journal of Headache and Pain, 38% des migraineux ont déclaré souffrir de crises induites par l'exercice, plus de la moitié d'entre eux déclarant avoir arrêté le sport incriminé (le plus souvent la course à pied ou les sports de raquette).

Selon plusieurs études scientifiques, il semblerait qu’on puisse considérer le sport plutôt comme l’ami du migraineux à condition qu’il soit pratiqué régulièrement. En effet, l’ensemble des études convergent vers une réduction de la fréquence des crises, une baisse de l’intensité et de la durée totale des migraines lorsque l’activité physique fait partie intégrante du mode de vie de la personne. En revanche, les scientifiques n’occultent pas le rôle déclencheur que peut avoir le sport sur la migraine.

En fait, selon les chercheurs, le sport peut engendrer une migraine car sa pratique induit une libération importante de neuropeptides des molécules relarguées par les neurones soupçonnés d’être (en partie au moins) à l’origine des crises. Autre explication possible : la perte d’eau et de sels minéraux lors d’activités longues et intenses (ou tout simplement lorsqu’on n’y est pas assez habitué) peut provoquer une vasodilatation plus importante ou encore perturber la transmission des influx nerveux et faire le lit d’une crise de migraine.

À l’inverse, sur le long terme, le sport participe à l’augmentation de la sécrétion de composés relaxants et antidouleur tels que les endorphines et les endocannabinoïdes. Les niveaux de stress sont également réduits par la pratique d’une activité physique. Le stress est souvent lui-même déclencheur de crise. On comprend donc mieux comment le sport pratiqué régulièrement peut s’inscrire comme un moyen de prévenir de la migraine. De plus, les migraines sont souvent sensibles au rythme du quotidien (parfois un seul pas de côté comme une nuit anormalement courte peut se payer cash en crise migraineuse) et le sport permet de bien coordonner sa journée, en favorisant la prise de repas à des heures précises et en facilitant l’endormissement. 

Le Dr Josh Turknett, neurologue et auteur d’En finir avec la migraine conseille quant à lui carrément de faire du sport en cas de crise, pour la faire passer sans médicament. C’est ce qu’il fait pour sa part. « Je sais que faire de l'exercice est peut-être la dernière chose que quelqu'un souhaite faire en période de migraine. C’est ce que j’ai ressenti pendant des années aussi. Parfois, mon mal de tête augmentait pendant l’exercice et je craignais donc d’aggraver les choses. Mais j’ai constaté que si parfois la douleur s’aggrave au cours des premières minutes d’exercice, elle diminue toutefois progressivement au fur et à mesure que l’entraînement se poursuit. »

En pratique

La pratique d’un sport pour une personne souffrant de migraine semble être une histoire d’équilibre. Une pratique trop sporadique entraînera uniquement les effets désagréables du sport sur la chimie du cerveau ce qui risque d’être plus décourageant qu’autre chose. Tandis qu’en persévérant un petit peu, il est fort probable que le migraineux profite de tous ses bénéfices thérapeutiques. Privilégiez les sports où vous êtes le plus à l’aise. Surtout, évitez les sports de contact comme les sports de combat, le rugby ou encore le hockey sur glace. 

* les prénoms des témoins ont été modifiés.

Pour aller plus loin : En finir avec la migraine du Dr Turknett

Références

Inserm – Migraine
Faisal Mohammad Amin & al - The association between migraine and physical exercise – The Journal of Headache and Pain, 2018
Joris Lemmens & al - The effect of aerobic exercise on the number of migraine days, duration and pain intensity in migraine: a systematic literature review and meta-analysis – The Journal of Headache and Pain – 2019
E. Anne MacGregor - In the Migraine clinic – Annals of internal Medicine – 2017

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