Alzheimer : trop de médicaments inutiles et dangereux

Par Juliette Pouyat Publié le 15/09/2014 Mis à jour le 10/03/2017
Les patients atteints de démence avancée prennent chaque jour jusqu'à 15 médicaments dont beaucoup sont inutiles et risqués.

La démence avancée est une maladie en phase terminale caractérisée par une déficience cognitive grave et une dépendance fonctionnelle. Selon une nouvelle étude parue dans le JAMA Internal Medicine, plus de la moitié des patients atteints de démence avancée (maladie d’Alzheimer ou autres) continuent de prendre des médicaments dont les bénéfices sont discutables, tels que ceux pour traiter la démence, mais aussi des statines pour abaisser le taux de cholestérol. Ces traitements non seulement augmentent les dépenses de santé mais peuvent aussi mettre en danger la santé et le confort des patients qui ont parfois des difficultés à avaler des comprimés ou à communiquer au personnel soignant les effets secondaires qu’ils ressentent.

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Selon des études précédentes, la plupart des patients souffrant de démence avancée reçoivent en moyenne 5 à 15 médicaments par jour. Or, pour ce type de patients, les interventions devraient se limiter à procurer confort et qualité de vie et éviter les traitements lourds et insensés. Afin de répondre à cet objectif, des gériatres et des médecins en soins palliatifs ont dressé une liste de médicaments qui ne devraient pas être donnés aux patients atteints de démence avancée (par exemple les statines ou les traitements de chimiothérapie).

Dans cette étude, le but des chercheurs était d’estimer la prévalence des médicaments aux avantages discutables dans les maisons de soins parmi les patients atteints de démence avancée ainsi que le coût associé à une telle pratique.

« Nous avons recherché des personnes avec une déficience grave » dit Jennifer Tjia, un des auteurs de l’étude. « Ces personnes reconnaissent rarement les membres de leur famille et ont une capacité verbale de 5 mots ou moins » ajoute-t-elle. Presque tous ces patients ne peuvent plus marcher seuls.

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Les chercheurs ont donc analysé les dossiers médicaux de 5406 résidents de maisons de soins infirmiers dans 460 établissements aux Etats-Unis de 2009 à 2010. Les patients étaient âgés de 85 ans ou plus.

Les résultats montrent que pendant la période d’observation de 90 jours, environ 54% des résidents recevaient au moins un médicament dont l’utilité n’était pas avérée pour répondre à l’objectif de confort du patient. Les médicaments les plus souvent donnés étaient :

1) les inhibiteurs de cholinestérase (36,4%), des molécules censées augmenter l’activité du système cholinergique impliqué dans la mémorisation et l’attention, mais qui n'ont as fait la preuve de leur efficacité

2) le chlorhydrate de mémantine (25,2%) –médicament censé ralentir le déclin de la mémoire et de la cognition, lui aussi en échec –

3) des agents hypolipémiants (22,4%) comme les statines (or la baisse du cholestérol induite par ces médicaments peut aggraver les démences)

« Il est plus facile de commencer un traitement et de le garder que de l’arrêter. Cela s’appelle l’inertie clinique » dit le Dr Tjia.

Avec ces médicaments, les patients pourraient souffrir d’effets secondaires tels que rétention urinaire, battements cardiaques irréguliers, nausées –dus aux médicaments contre la démence- et de douleurs musculaires dues aux statines. Avec pour ces patients, l’impossibilité de communiquer leurs douleurs au personnel soignant.

Ces traitements dont le bénéfice est discutable représentent à la fois une charge pour le patient mais aussi pour les dépenses de santé. « Les proches des malades devraient vérifier auprès du médecin l’utilité des médicaments qui sont prescrits. Et si le but des soins est uniquement de procurer du confort aux patients, ils devraient s’interroger pour savoir si les traitements pour prévenir les problèmes « futurs » ont réellement de l’intérêt » conclut le Dr Tjia.

Il existe des approches naturelles prometteuses dans la maladie d'Alzheimer, exposées par le Dr Michèle Serrand dans le livre Alzheimer - Et s'il y avait un traitement ? (lire un extrait ICI  >>).

Source

Tjia J, Briesacher BA, Peterson D, Liu Q, Andrade SE, Mitchell SL. Use of Medications of Questionable Benefit in Advanced Dementia. JAMA Intern Med. 2014 Sep 8. doi: 10.1001/jamainternmed.2014.4103. [Epub ahead of print]

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