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A fortes doses, la vitamine C pourrait aider à combattre le cancer. Des chercheurs ont élucidé son mode d'action.
La vitamine C est un nutriment essentiel, que l'homme ne peut synthétiser et qui doit donc être apportée par l'alimentation. C'est un puissant antioxydant qui intervient aussi comme cofacteur dans de nombreuses réactions enzymatiques. La vitamine C intervient essentiellement à l'intérieur des cellules. Elle doit donc pouvoir entrer dans les cellules, ce qui demande la participation de ce qu'on appelle des transporteurs. Dans le corps, sa forme oxydée, l'acide déhydroascorbique, est transportée à l'intérieur des cellules par des transporteurs du glucose (GLUTs) alors que sa forme réduite, l'acide ascorbique y est introduite par des cotransporteurs sodium-vitamine C (SVCT). (1)
Malgré plus de 50 années de recherches sur le rôle de la vitamine C dans le cancer, ce n'est que très récemment que l'on a commencé à comprendre comment cette vitamine intéragissait avec les cellules cancéreuses. Voici ce que disent les études.
Les cellules cancéreuses se nourrissent de sucre et c'est pour cela que ce sont les transporteurs GLUTs qui ont été les plus étudiés jusqu'à présent par les chercheurs travaillant sur la vitamine C et le cancer. Il semble aujourd'hui bien établi que les tumeurs ont un excès de GLUTs afin d'augmenter leur capacité à faire entrer du glucose. (2) Cela laisse penser que les cellules cancéreuses ont surtout accès à la forme oxydée de la vitamine C, l'acide déhydroascorbique. Cela a été confirmé par des études sur les cellules cancéreuses du sein indiquant qu'elles acquièrent essentiellement (voire uniquement) la forme oxydée de la vitamine C. (3)
L'absence de transport d'acide ascorbique semble liée au faut que les SVCT2 ne sont pas présents à la surface de la cellule cancéreuse (à la différence des cellules saines du tissu mammaire), on les retrouve en revanche en grand nombre dans leurs mitochondries. C'est même cette présence accrue de SVCT2 au sein des mitochondries des cellules cancéreuses qui expliquerait pourquoi ces cellules réagissent aux fortes doses de vitamine C, en générant plus d'espèces réactives de l'oxygène (ERO), conduisant ainsi à leur mort. Les cellules saines ne présentent pas ces SVCT2 mitochondriaux. Mais il faut de nouvelles recherches pour en savoir plus sur les composés impliqués dans le transport de la vitamine C dans la cellule et leur présence sélective à la surface des cellules ou dans les mitochondries, selon que la cellule est saine ou cancéreuse.
En se décomposant dans l'organisme, la vitamine C génère du peroxyde d’hydrogène, une espèce d’oxygène qui peut endommager les tissus et l’ADN. Mais si les cellules saines parviennent facilement à éliminer ce gaz et épargner leur ADN, les cellules tumorales, elles, ne le supportent pas. Il y a plusieurs mécanismes qui expliquent cette différence de sensibilité, dont un a été identifié dans une étude parue en 2017. Des chercheurs de l'université de l’Iowa y ont découvert que les cellules cancéreuses, au contact de vitamine C en forte dose, présentaient une "panne" de catalase. (4) Cette enzyme impliquée dans la dégradation du peroxyde est alors impuissante face à ce gaz mortel pour la tumeur. Problème : tous les cancers ne présentent pas la même atteinte de la catalase. Des études complémentaires restent donc à mener pour déterminer dans quels cancers la vitamine C pourrait être intéressante.
Mais l'effet antitumeur de l'acide ascorbique ne semble pas uniquement dû à la production d'espèces réactives de l'oxygène ou à la catalase. (5) La vitamine C pourrait jouer un rôle dans le reprogrammation cellulaire et la régulation de la croissance des tumeurs en améliorant l'activité d'une dizaine d'enzymes responsable de l'oxydation de la 5-méthylytosine (5-mC). Une 5-mC moins exprimée est en effet associée à des cancers plus agressifs et la vitamine C pourrait aider à réduire le risque de métastase en altérant le potentiel de différenciation des cellules souches cancéreuses. (6)
La majorité des études sur la vitamine C comme traitement adjuvant du cancer indiquent qu'elle permet d'améliorer la qualité de vie des patients et de réduire les effets secondaires des chimiothérapies. En revanche, peu d'études ont montré un effet antitumeur clair de la vitamine C ou un meilleur taux de survie pour les patients en ayant reçu. Ces différences de résultats sont en partie dues à des protocoles très différents d'une étude à l'autre.
Dans tous les cas, seuls des taux sanguins très élevés de vitamine C semblent nuire aux cellules cancéreuses, et de manière spécifique, sans abîmer les cellules saines. Mais pour atteindre ces importantes concentrations sanguines, la posologie est déterminante. Les scientifiques ont ainsi pu montrer que seule une administration par voie intraveineuse permettait d’atteindre ces niveaux (100 à 500 fois supérieurs à ceux induits par la voie orale habituellement utilisée).
Attention : les méga-doses testées dans ces études ne peuvent s'obtenir ni avec des compléments ni par l'alimentation. Des perfusions sont nécessaires : il s'agit d'un acte médical qui nécessite la supervision d'un médecin. Il existe des contre-indications et des effets indésirables potentiels (calculs rénaux à base d'oxalate).
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