« Les troubles digestifs sont souvent associés à une candidose »

Par Sarah Amiri Publié le 07/01/2020 Mis à jour le 07/01/2020
Point de vue

Stéphane Delage, diététicien-nutritionniste, prend en charge depuis près de 10 ans des patients pour les sortir du cercle infernal de la candidose chronique. Voici son expérience.
 

LaNutrition.fr : en tant que diététicienne, j’ai souvent été sollicitée pour apporter des solutions nutritionnelles contre la candidose. Est-ce un trouble que vous rencontrez souvent en consultation ?

Stéphane Delage : toutes les semaines. 8 fois sur 10 quand des patients ont des troubles digestifs ou une atteinte de la muqueuse provoquant des maladies de Crohn ou des rectocolites hémorragiques, il s’avère qu’il y a souvent une candidose cachée dont le degré de gravité est plus ou moins important selon les patients.

Comment se fait-il que la candidose soit si mal diagnostiquée par les médecins ? 

Étant donné qu’il n’existe pas d’examen totalement fiable, on s’appuie généralement sur des signes cliniques divers et variés, difficiles à associer les uns aux autres : notamment des troubles du sommeil, de l’humeur, du transit, des allergies cutanées, des migraines, des douleurs articulaires, des mycoses itératives… Le tableau clinique est incohérent, car le Candida albicans est un champignon qui fabrique des toxines qui vont perturber le sang, la lymphe et surcharger le foie organisant toutes les perturbations que je viens de citer. De ce fait les médecins, non formés à prendre en charge une telle pathologie n’y songent pas forcément.

Y a-t-il des personnes plus à risque de développer une candidose ?

Oui. Les sportifs par exemple. Ils consomment beaucoup de glucides et de produits sucrés, ils mettent leur corps sous un stress permanent par l’effort physique, ce qui impacte leur système immunitaire et leurs intestins. En effet, toutes les situations où le système immunitaire est fragilisé laissent la porte ouverte au Candida pour son développement, les personnes sous stress chronique augmentent leur taux de cortisol ce qui a pour conséquence de déprimer leur immunité : la grossesse, le diabète de type 1, les personnes greffées aussi.

Ce que je trouve dommageable, c’est la prise en charge des patients sous chimiothérapie, à qui l’on conseille de manger ce qu’ils veulent. Ce sont des patients dont l’immunité est déprimée et chez qui l’on observe souvent le développement d’une candidose (ils sont d’ailleurs pour certains sous antifongiques). Cela me surprend dans une telle situation de ne pas considérer l’alimentation comme une alliée du traitement.

Quels sont les principaux signes d’une candidose chronique ? 

Il y a en a 4 majeurs.
1.    Les perturbations digestives sont présentes dans 9 cas sur 10
Les troubles du transit, les diarrhées et constipations, l’augmentation de la fréquence des selles, les ballonnements, les démangeaisons anales, l’acidité, les douleurs coliques…
2.    Une fatigue chronique s’installe
Le Candida albicans fatigue l’organisme via la perturbation du cycle de Krebs, la surcharge hépatique et immunitaire liée à la libération de toxines.
3.    Les troubles émotionnels sont divers et variés
Le candida et ses toxines perturbent la fabrication des neurotransmetteurs et leur fixation sur les récepteurs. Ainsi de nombreux troubles au niveau de la sphère psychologique en découlent : dépression, tristesse incompréhensible, angoisse, nervosité, agressivité…
4.    Des troubles immunitaires chroniques 
Des signes d’une déficience immunitaire peuvent aussi alerter notamment des affections ORL fréquentes (rhinopharyngite, rhume…), mais aussi cutanées (acné, psoriasis…).

II y a aussi les signes d’un déséquilibre acido-basique et surtout des mycoses régulières au niveau des zones chaudes et humides (aisselles, pieds, orteils). Chez la femme, les mycoses vaginales et les infections urinaires à répétition peuvent être le signe de l’installation dans l’intestin du champignon. Même si une mycose vaginale n’est apparue qu’à une seule reprise, le dossier candida a été ouvert et risque d’être réactivé lors d’une situation apte à déséquilibrer le microbiote et à perturber l’immunité (choc émotionnel, maladie avec prise d’antibiotiques, compétition sportive longue/intense et effectuée dans des conditions extrêmes…).

Quelles sont ses causes principales ?

  • La prise d’antibiotiques cause la destruction de la flore intestinale apte à empêcher le développement du candida.
  • La naissance d’un enfant par voies naturelles d’une mère sujette à une dysbiose fongique lors de sa grossesse (durant les trois premières années de vie de l’enfant, il est possible d’agir sur la flore de l’enfant de manière durable) 
  • Une alimentation sucrée et industrielle crée des conditions favorables au champignon. En effet, le sucre est son carburant. Associée à une déficience immunitaire, la levure va muter sous une forme plus invasive que l’on nomme mycélienne contenant plus de 6000 gènes. Cette forme aura la capacité d’adhérer à la muqueuse intestinale, distiller ses toxines dans l’organisme, d’organiser un « chamboulement » métabolique et l’apparition progressive d’une attirance pour le sucre et les produits sucrés
  • Les dépressions immunitaires, une baisse de l’efficacité du système immunitaire provoquée par une maladie, un choc émotionnel, une activité physique intense constituent des facteurs favorables au développement de la candidose.

Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes du traitement ? 

Le candida ne se traite pas avec des médicaments, car ils peuvent aggraver la dysbiose intestinale. Avec mes patients, j’utilise deux stratégies afin de créer un environnement hostile au candida.
La première est censée priver le champignon de son carburant (alimentation) et la deuxième doit éliminer au maximum la forme mycélienne du candida (compléments alimentaires).

1.    L’alimentation

À supprimer À privilégier
•    Sucre et produits sucrés
•    Légumes : tomate, champignon, betterave, +/- carotte
•    Aliments sources de levure et moisissure (fromages, bière, cidre, pain à la levure…)
•    Aliments fermentés 
•    Charcuterie industrielle contenant des sucres ajoutés
•    Noix décortiquées
•    Produits laitiers
•    Céréales sources de gluten
•    Aliments sources d’acidité 
•    Alcool
•    Fruit 1 à 2 max/ jour
•    Viande, poisson, œuf, crustacés…
•    Céréales complètes et semi-complètes sans gluten (quinoa, sarrasin, riz…)
•    Patate douce et pomme de terre (1 fois/semaine max.)
•    Légumes (sauf les déconseillés)
•    Oléagineux (attention aux amandes vendues en vrac qui sont souvent source de moisissures. À rincer éventuellement avec de l’eau et quelques gouttes d’extrait de pépins de pamplemousse)
•    Huiles bio, vierges, PPF

2.    La cure en trois phases

  • Foie pendant environ 1 mois 

On traite le foie surchargé de toxines avec des compléments divers (chardon-marie, artichaut, boldo, glutamine, acides aminés soufrés, vitamines, minéraux, antioxydants…). Il faut veiller cependant à la vitalité de la personne pour éviter de provoquer la réaction d'Herxheimer (exacerbation du système immunitaire qui peut avoir lieu notamment avec les plantes détoxifiantes) en ajustant les posologies. Je conseille aussi de bien s’hydrater pour éliminer les toxines.
Des compléments tels que la broméline et la papaïne peuvent être utiles aussi pour fragiliser le tapis de moisissures que le candida forme au niveau des intestins.

  • Intestin pendant environ 1 à 2 mois

Durant cette phase, il est possible d’utiliser diverses huiles essentielles (origan, ail, thym, cannelle) ou de l’extrait de pamplemousse, de l’acide caprylique pour lyser la membrane et tuer le champignon. En association, je conseille de prendre des algues comme la spiruline ou la chlorelle pour chélater les cadavres de champignons.

  • Restructuration durant 3 à 6 mois

Pendant 3 mois, le but va être de réimperméabiliser la muqueuse intestinale et de la protéger avec des compléments tels que la glutamine, de la camomille et de la mélisse, du curcuma, de quercétine et de la vitamine B2. En parallèle, il s’opère une tentative de réensemencement du microbiote intestinal via l’apport de probiotiques et de prébiotiques. Le but est de restaurer les fonctions affectées par la candidose. 
Durant cette phase, je conseille aussi des oligoéléments contenant notamment le molybdène qui est un cofacteur de la glutamine synthétase.

En quoi est-ce important pour les patients d’être bien guidés ?

Ce n’est pas facile de mettre en place de tels changements alimentaires qui vont notamment à l’encontre de ce qui tout ce qui est proposé par l’industrie alimentaire. J’accompagne mes patients tous les deux mois pour m’assurer qu’ils ne baissent pas les bras et réajuster si besoin.

Combien de temps dure en moyenne le traitement d’une candidose ?

Entre 3 à 6 mois de traitement, il y a normalement déjà une amélioration. Mais il faut 1 à 2 ans pour vraiment retrouver un mieux-être. Pendant deux ans, la cure en trois phases que je mets en place est répétée 2 à 3 fois en variant les compléments afin d’altérer la résistance et les capacités d’adaptation du champignon. Mais prudence, car beaucoup se croient délivrés au terme de plusieurs mois de mieux-être et ont tendance malheureusement à reproduire d’anciens comportement alimentaires inadaptés. Les récidives sont fréquentes. En effet, si l’on a souffert d’une candidose, notre organisme sera toujours sensible à cette levure qui peut très facilement retrouver une forme agressive et invasive si les conditions et l’alimentation le permettent. Il faudra donc veiller à faire de cette nouvelle alimentation une hygiène de vie. 

Avez-vous des conseils pour éviter de contracter une candidose ou une récidive ?

Il faut limiter la consommation d’antibiotiques et limiter leur usage. Il faut limiter la consommation de sucre et préférer le pain au levain à celui à la levure. Pour les sportifs, il faut veiller à bien s’hydrater et à prendre soin de l’intestin. J’évoque fréquemment le terme d’endurance digestive avec les sportifs. Pour les personnes sujettes au stress chronique, songer aux techniques de relaxation (méditation, cohérence cardiaque). 

Durant la grossesse également, une alimentation anti-candidose s’impose. C’est une période critique d’immunodéficience. Quant aux écarts alimentaires pour les personnes sujettes à ce problème, je conseille de les limiter à 1 seul/semaine, sous peine de rapidement redevenir un candidat au candida. 

Propos recueillis par Sarah Amiri.

La sélection

Publicité

Les meilleurs livres et compléments alimentaires sélectionnés pour vous par NUTRIVI, la boutique de la nutrition.

Découvrir la boutique logo Nutrivi

A découvrir également

Back to top