Parkinson : une signature intestinale détectée

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Une équipe internationale impliquant l’INRAE a identifié une signature spécifique du microbiote intestinal dans la maladie de Parkinson. Ces résultats ouvrent la voie à un test de dépistage précoce et suggèrent que l’alimentation pourrait ralentir la progression de la maladie.

Une maladie neurodégénérative fréquente

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer, selon Santé publique France. Elle touche principalement les personnes âgées : l’âge moyen au début des traitements se situe autour de 75 ans, même si 15 à 20 % des nouveaux malades ont moins de 65 ans. Si le vieillissement reste le principal facteur de risque, certaines prédispositions génétiques jouent également un rôle : un quart des patients sont porteurs de mutations d’un gène appelé GBA. Mais seulement 10 % de ces porteurs développent la maladie, ce qui suggère que d’autres facteurs, dont l’environnement et l’alimentation, entrent en jeu.

Aujourd’hui, les examens de diagnostic sont longs et coûteux. Il est impossible, en pratique, d’identifier à l’avance les individus les plus à risque pour intervenir avant l’apparition des symptômes. 

Une méthode d’analyse innovante

Une équipe internationale dirigée par l’University College London, avec la participation du laboratoire MetaGenoPolis de l’INRAE (Université Paris-Saclay), a suivi une cohorte de 464 personnes au Royaume-Uni et en Italie : 271 patients atteints de Parkinson, 43 individus porteurs des mutations génétiques sans avoir développé la maladie, et 150 personnes sans prédisposition connue.

La nouveauté méthodologique réside dans la façon d’analyser le microbiote. Les approches classiques étudient les espèces microbiennes une par une. Ici, les scientifiques ont cherché les variations coordonnées de plusieurs espèces simultanément. Mathieu Almeida, chargé de recherche à l’INRAE, explique : « Cette méthode novatrice d’analyse du microbiote, en suivant l’ensemble des espèces microbiennes plutôt que chaque espèce individuellement, a rendu possible l’identification des altérations spécifiques à la maladie de Parkinson. »

Une signature du microbiote liée au stade de la maladie

Les analyses ont révélé une signature caractéristique : certains groupes d’espèces microbiennes s’appauvrissent dans le microbiote des patients Parkinson, tandis que d’autres s’enrichissent. Les patients aux stades les plus avancés présentaient des altérations de leur microbiote 15 fois plus sévères que ceux aux premiers stades.

Pour valider la robustesse de cette découverte, les chercheurs ont ensuite confronté leurs résultats aux données de trois autres cohortes de patients, aux États-Unis, en Corée du Sud et en Turquie. La même signature était présente dans tous les pays étudiés, indépendamment des origines géographiques et des habitudes alimentaires locales.

Un outil pour identifier les personnes à risque

Un résultat concerne les individus porteurs des mutations génétiques mais qui n’ont pas (encore) développé la maladie. Leur microbiote présentait déjà des altérations similaires à celles des patients, mais à un degré moindre. Mieux encore : les 10 % d’entre eux affichant les altérations les plus importantes étaient aussi ceux dont l’examen clinique les rapprochait le plus du diagnostic.

Même constat chez les personnes sans prédisposition génétique connue : les 20 % présentant les altérations les plus fortes du microbiote montraient des signes cliniques compatibles avec un risque accru. En d’autres termes, l’analyse du microbiote pourrait détecter un risque Parkinson avant même l’apparition des symptômes moteurs. Le professeur Stanislav Dusko Ehrlich, de l’University College London, conclut : « L’analyse du microbiote intestinal permet de repérer les individus à risque de développer la maladie de Parkinson et de leur proposer un accompagnement et des actions pour réduire ce risque, par exemple par l’alimentation. »

L’analyse du microbiote intestinal permet de repérer les individus à risque

L’alimentation, un levier de prévention

L’étude apporte un éclairage supplémentaire sur le rôle de l’alimentation. Indépendamment du traitement médicamenteux, les patients ayant une alimentation équilibrée présentaient des altérations moins marquées du microbiote et des symptômes moins sévères. Des études antérieures avaient déjà suggéré qu’une alimentation proche du régime méditerranéen pouvait retarder l’apparition de la maladie.

Ces observations ne permettent pas encore d’établir une relation de causalité directe entre alimentation et risque Parkinson. Mais elles orientent vers une piste de prévention concrète : prendre soin de son microbiote intestinal par une alimentation riche en fibres, en polyphenols et en aliments fermentés pourrait contribuer à moduler le risque ou ralentir la progression de la maladie chez les personnes identifiées comme vulnérables.

La prochaine étape sera de développer un test diagnostique utilisable en pratique clinique, à partir d’un simple prélèvement fécal. Un tel outil pourrait transformer la prise en charge de la maladie : plutôt que d’attendre les premiers tremblements, intervenir des années plus tôt, quand le microbiote commence à envoyer ses signaux d’alerte.

Le régime cétogène : une piste thérapeutique

Puisque l’alimentation influence à la fois le microbiote et l’évolution de la maladie, certaines approches nutritionnelles suscitent un intérêt, notamment le régime cétogène. Dans leur ouvrage Le régime cétogène pour votre cerveau, Bernard Aranda et Michèle Houde expliquent pourquoi les cétones pourraient protéger les neurones dopaminergiques touchés par la maladie de Parkinson.

Le mécanisme en cause serait celui des mitochondries : les neurones de la substance noire, en raison de leur complexité et de leurs besoins énergétiques élevés, seraient particulièrement vulnérables à un dysfonctionnement mitochondrial. Or les corps cétoniques produits lors d’un régime cétogène constituent une source d’énergie alternative au glucose, susceptible de relancer la production d’énergie là où les mitochondries défaillent.

Pour aller plus loin : Le régime cétogène pour votre cerveau

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