Infections urinaires : de plus en plus de bactéries résistantes aux antibiotiques

Par Marie-Céline Ray Publié le 03/09/2018 Mis à jour le 04/09/2018
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Une étude américaine a trouvé que 6 % des infections urinaires étaient multirésistantes aux antibiotiques. Près de la moitié de ces "super-bactéries" avaient été contractées en dehors des hôpitaux.

La résistance aux antibiotiques est devenue un problème majeur de santé publique dans le monde. En France, l’antibiorésistance serait responsable de 12 500 décès par an ; dans le monde, ce serait 700 000 décès. Plus les bactéries sont exposées à des antibiotiques, plus elles ont des chances de devenir résistantes. Certaines, les « superbugs » ou « superbactéries », sont même multirésistantes. Un patient touché par une telle bactérie risque de se trouver dans une impasse thérapeutique en raison de l'échec des traitements habituels.

Pour éviter les infections urinaires, lisez notre article : Infections urinaires, les solutions qui marchent

Beaucoup de ces infections résistantes sont contractées à l’hôpital : ce sont des infections dites nosocomiales. Mais une nouvelle étude américaine montre que les infections urinaires multirésistantes se contractent aussi souvent en dehors des services hospitaliers…

Ce que montre l’étude

Dans cette étude, les médecins d’un service d’urgence californien se sont intéressés à des infections urinaires dues à des bactéries multirésistantes : des entérobactéries productrices de BLSE (bêta-lactamases de spectre étendu), des enzymes qui rendent les bactéries résistantes à différents antibiotiques. L’hôpital se trouvait en zone urbaine dans le nord de la Californie.

Toutes les semaines, pendant un an, le personnel de microbiologie transmettait ses résultats sur les bactéries productrices de BLSE résistantes à la ceftriaxone et à la ceftazidime. Ces deux céphalosporines de troisième génération sont utilisées dans le traitement des infections urinaires. En tout 1045 patients ont eu une infection urinaire qui a fait l’objet d’une culture bactérienne. Les résultats paraissent dans Annals of Emergency Medicine.

62 infections correspondaient à des bactéries productrices de BLSE, soit 6 % des échantillons. Les patients touchés par ces infections multirésistantes étaient à 60 % des femmes ; leur âge médian était de 50 ans, 18 % avaient été hospitalisés dans les trois derniers mois. Plus des trois-quarts de ces bactéries multirésistantes étaient des bactéries Escherichia coli.

Historiquement, ces infections résistantes concernent plutôt des infections nosocomiales. Mais dans cette étude, 44 % des infections urinaires résistantes (27 cas) avaient été contractées hors hôpital. C’est la plus forte proportion jamais enregistrée aux États-Unis. Parmi les personnes qui avaient contracté une infection urinaire multirésistante en dehors de l’hôpital, il y avait 8 femmes de moins de 50 ans, qui n’avaient aucun autre problème de santé. Elles n’avaient donc pas de facteurs de risque particulier.

Pour Bradley Frazee, principal auteur de cette étude, « l'augmentation des infections résistantes aux médicaments est inquiétante. ». Avec ses collègues, il  recommande donc un changement dans les pratiques cliniques : des tests plus fréquents pour identifier les bactéries responsables des infections, le recours aux antibiogrammes pour identifier les antibiotiques à utiliser…

Il ajoute : « Ce qui est nouveau, c'est que dans beaucoup de ces infections urinaires résistantes, il peut être impossible d'identifier quels patients sont à risque. Il est impératif de s’attaquer aux causes de la résistance aux antibiotiques et de mettre au point de nouveaux médicaments. »

En pratique

Les bactéries Escherichia coli peuvent contaminer des produits animaux. Ainsi, une étude récente parue dans mBio a montré que des volailles vendues dans des commerces de l'Arizona pouvaient être porteuses de bactéries Escherichia coli responsables d’infections urinaires humaines. En conclusion, si vous préparez du poulet ou de la dinde, veillez à bien cuire la viande pour tuer les bactéries présentes !

Pour prévenir les cystites, il est recommandé de manière plus générale, de boire beaucoup (voir les besoins en eau d'un adulte). La canneberge et son jus peuvent aussi être utilisés en prévention, notamment des récidives. Il faut également veiller à uriner après un rapport sexuel (pour les femmes).

Pour aller plus loin sur les infections : Infections, le traitement de la dernière chance

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