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Autant l'aspirine est utile contre les maladies cardiovasculaires, autant elle ne montre pas de bénéfices sur l’espérance de vie quand on est en bonne santé.
L’aspirine est conseillée depuis longtemps en prévention cardiovasculaire, notamment pour les personnes qui souffrent de maladie coronarienne. Mais ce médicament basique peut-il apporter des bénéfices aux personnes en bonne santé ? Si l’aspirine semble prévenir des troubles cardiovasculaires chez les personnes à risque, elle est aussi connue pour favoriser des saignements gastro-intestinaux. Elle n’apparaît donc pas comme totalement inoffensive.
Financé par le National Institute of Health (NIH), aux États-Unis, ce vaste essai clinique appelé ASPirin in Reducing Events in the Elderly (ASPREE) voulait examiner les effets de la prise quotidienne d’aspirine chez des personnes âgées en bonne santé, sans antécédent cardiovasculaire. Les résultats sont parus dans The New England Journal of Medicine.
ASPREE est un essai clinique international, randomisé, contre placebo, en double aveugle, qui a inclus 19 114 personnes, dont plus des trois quarts en Australie, et les autres aux États-Unis. L’étude a commencé en 2010. Les participants avaient au moins 70 ans (1).
À leur entrée dans l’étude, les participants ne devaient avoir ni signe de démence, ni incapacité physique, ni besoin d’aspirine pour des raisons médicales. La moitié des volontaires a pris 100 mg d’aspirine par jour et les autres un placebo. Ils ont été suivis en moyenne pendant 4,7 ans. Il y a eu 1052 décès : environ la moitié concernaient des personnes souffrant d’un cancer, 19 % étaient liés à un AVC ou une maladie cardiaque et 5 % à une hémorragie grave.

Dans l’ensemble de la population étudiée, l’aspirine ne prolongeait pas l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire sans démence ou incapacité physique. 90,3 % de ceux qui prenaient de l’aspirine étaient toujours en vie et en bonne santé, contre 90,5 % du groupe placebo. Les taux d’incapacité physique et de démences étaient similaires dans les deux groupes.
Un résultat a cependant surpris les auteurs : les personnes qui prenaient de l’aspirine avaient plus de risque de mourir que les autres puisque 5,9 % d’entre eux sont décédés pendant l’étude, contre 5,2 % du groupe placebo. Ceci pouvait s’expliquer par un taux plus élevé des cancers dans le groupe qui prenait de l’aspirine, mais les auteurs ne savent pas si c’est un hasard ou si l’aspirine est en cause.
Les résultats de cette étude ne s’appliquent pas aux personnes qui ont une prescription d’aspirine à cause de problèmes cardiovasculaires. Si votre médecin vous a prescrit de l’aspirine pour ces raisons, il faut suivre ce traitement.
Pour les autres, inutile de vous y mettre. Pour augmenter votre espérance de vie, vous avez plus intérêt à faire des jeûnes de temps en temps, ou à suivre un régime cétogène.
Le concept d’espérance de vie en bonne santé désigne le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, donc dans de bonnes conditions de santé.
Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la santé a évalué l’espérance de vie en bonne santé des Français (2). En 2023, les hommes ayant atteint 65 ans peuvent espérer vivre 10,5 années sans être limités par un problème de santé. Pour les femmes, cet indicateur est de 12 ans. L'espérance de vie sans incapacité est donc de 77 ans pour les femmes françaises, contre 75,5 ans pour les hommes.
L’espérance de vie sans incapacité augmente régulièrement depuis 2008 en France et est supérieure à la moyenne européenne, de 2,5 ans pour les femmes et de 1 an et 4 mois pour les hommes.
En 2024 en France, l'espérance de vie à la naissance est de 85,6 ans pour les femmes et de 80 ans pour les hommes, d'après l'Insee.
L'espérance de vie a continué à progresser en France ces 25 dernières années, puisque l'espérance de vie des hommes à la naissance a gagné 5 ans entre 1999 et 2024 et celle des femmes 3 ans. Mais la courbe a connu un léger infléchissement en 2020 lors de la pandémie de Covid-19.
D'après les statistiques canadiennes, en 2017, une personne pouvait espérer vivre 69,7 ans en bonne santé.
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