Les effets du sport sur le microbiote intestinal

Par Christian Boyer Publié le 13/04/2018 Mis à jour le 24/04/2018
Article

Une partie des vertus santé de l'activité physique serait due à ses effets positifs sur la flore intestinale.

La pratique d’une activité sportive régulière constitue un moyen efficace de se prémunir contre les maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète et certains cancers. Il semblerait qu’une partie des bénéfices constatés passent par des effets sur le microbiote (ou flore intestinale) avec, à la clé, une amélioration de la diversité microbienne, qui est un marqueur de la qualité globale du microbiote.

Pourquoi c'est important 

Chaque humain possède dans son tube digestif de très nombreuses bactéries qui forment ensemble un vrai écosystème appelé microbiote ou encore flore intestinale. 
La recherche a montré ces dernières années que la plupart des pathologies actuelles ont un lien (plus ou moins fort) avec la qualité de la flore. En effet, une faible diversité bactérienne du microbiote (un marqueur qualitatif) est associée à des maladies telles que l’autisme, le diabète, l’obésité et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin comme la maladie de Crohn. 
Très souvent, dans un contexte pathologique, cette diminution de la diversité bactérienne est associée avec une diminution globale des bactéries bénéfiques au profit de mauvaises bactéries qui vont alors favoriser l’inflammation, la perméabilité intestinale et la production de substances toxiques (endotoxines bactériennes) capables de traverser l'intestin et de se retrouver dans la circulation sanguine. 

Lire aussi : Maladies inflammatoires de l’intestin : il faut soigner son microbiote

L'étude

Afin d’évaluer de quelle manière la pratique d’une activité sportive influence le microbiote, des chercheurs irlandais ont recruté dans une étude des joueurs professionnels de rugby ainsi que deux groupes contrôle de personnes en bonne santé : le premier groupe avec un poids normal (IMC ≤ 25) et un second groupe en surpoids (IMC > 28). Des analyses d’échantillons fécaux et de sang ont été réalisées et montrent chez les athlètes une diminution de marqueurs inflammatoires et une augmentation de la diversité microbienne par rapport aux individus en bonne santé. [1]

Le nombre de groupes bactériens de la flore intestinale est plus élevé avec en parallèle une plus grande proportion de bactéries de la famille des Akkermansiaceae. Le groupe d’individus ayant un poids normal présente une proportion plus importante de cette famille bactérienne comparé au groupe en surpoids. Il a été montré par la suite que cette famille bactérienne est inversement corrélée à l’obésité et les désordres métaboliques. 
Evidemment, en plus de l'activité sportive, d'autres paramètres, diététiques notamment, jouent un rôle important dans la qualité du microbiote chez les athlètes.

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Les liens entre microbiote et sport

Comment expliquer que l’activité physique a un effet sur la flore intestinale ?
Une équipe de chercheurs japonais s’est intéressée en 2008 à l’effet d’une activité physique chez l’animal. Une différence de flore entre le groupe de rats qui réalisait de l’exercice et le groupe de rats sédentaires a été mise en avant ainsi qu’une production plus élevée de butyrate pour les animaux non sédentaires. Le butyrate est un acide gras à chaîne courte protecteur produit par certaines espèces bactériennes et il s’agit un métabolite majeur dans le maintien de la bonne santé intestinale de l’hôte. [3] Ces résultats ont depuis été confirmés à maintes reprises chez l’homme.

Autre piste d’explication : l’axe intestin-cerveau qui est un réseau de communication établi entre le système nerveux central et l’intestin par le biais de neurones. Des informations sont en permanence échangées entre ces deux organes, notamment par le biais du nerf vague et de médiateurs tels que des neurotransmetteurs ou des hormones, dont certains sont produits par le microbiote.
L’équilibre du système nerveux central et de l’intestin sont ainsi intimement liés, tout dysfonctionnement touchant l’un des organes se répercutera sur le second. C’est notamment par le biais du nerf vague qu’une modulation de l’inflammation intestinale et une diminution de la perméabilité intestinale peut avoir lieu, très probablement via une modification du microbiote intestinal. [4] Il a été mis en évidence que l’activité sportive puisse agir sur le tonus du nerf vague de manière positive. [2]

En pratique

Si microbiote et activité physique sont liées, que peut-on en faire concrètement ? Quel type d’activité sportive est la plus bénéfique pour le microbiote et la santé ? Selon les études existantes, la pratique d’une activité physique régulière et modérée est le paramètre le plus important. Des exercices ponctuels très intenses ou très prolongés ne semblent pas avoir d’effets bénéfiques supérieurs, au contraire. 
L’activité physique régulière fait d’ailleurs partie des recommandations pour les patients souffrant de maladies avec une composante inflammatoire. Les entrainements aérobie (course, cyclisme) ou de résistance (crossfit, musculation…) chez des diabétiques de type 2 provoque une diminution de cytokines (protéines) inflammatoires et une augmentation de cytokines anti-inflammatoires. [2]
Les exercices extrêmes et prolongés ont en revanche plutôt une action délétère sur la fonction intestinale. 
D’un autre côté, la pratique d’une activité modérée est associée avec une perméabilité intestinale plus faible et la préservation de la couche de mucus protectrice à la surface des cellules intestinales. [2]

En conclusion, l’activité physique modérée et régulière couplée à une bonne alimentation permet le maintien de l’équilibre intestinal, une diminution de l’inflammation ainsi que l’augmentation de la diversité microbienne au profit de bonnes bactéries telles que les espèces productrices d’acides gras à chaîne courte comme le butyrate.
Alors faites du sport et musclez votre microbiote !

Lire aussi : Comment restaurer son microbiote

Références

[1] Clarke, S.F., Murphy, E.F., O’Sullivan, O., Lucey, A.J., Humphreys, M., Hogan, A., Hayes, P., O’Reilly, M., Jeffery, I.B., Wood-Martin, R., et al. (2014). Exercise and associated dietary extremes impact on gut microbial diversity. Gut 63, 1913–1920.
[2] O’Sullivan, O., Cronin, O., Clarke, S.F., Murphy, E.F., Molloy, M.G., Shanahan, F., and Cotter, P.D. (2015). Exercise and the microbiota. Gut Microbes 6, 131–136.

[3] Matsumoto, M., Inoue, R., Tsukahara, T., Ushida, K., Chiji, H., Matsubara, N., and Hara, H. (2008). Voluntary running exercise alters microbiota composition and increases n-butyrate concentration in the rat cecum. Biosci. Biotechnol. Biochem. 72, 572–576.

[4] B., Bazin, T., and Pellissier, S. (2018). The Vagus Nerve at the Interface of the Microbiota-Gut-Brain Axis. Front Neurosci 12.
 

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