Naturopathe, Marion Kaplan est adepte d’une alimentation ancestrale qui permet de réduire l’inflammation de l’organisme et ses conséquences néfastes. Dans son livre Symbiotique, elle expose un programme de 21 jours, fruit de ses années d’exploration dans le domaine de l’alimentation.
LaNutrition : Qu’appelez-vous la «symbiotique» ?
Marion Kaplan : La symbiotique, dans le sens où je l’entends, fait référence à une coopération étroite entre l’hôte, notre organisme, et les différents microbiotes qu’il abrite. Selon des études récentes, ces microbiotes jouent un rôle crucial dans le maintien de l’homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre interne du corps.
Les cellules humaines étant environ 10 fois moins nombreuses que les microorganismes présents dans notre corps, favoriser une bonne coopération entre nos cellules et nos différents microbiotes (buccal, nasal, intestinal, vaginal, cutané…) me semble essentiel. Cela permet de prévenir les déséquilibres, les dysbioses, qui peuvent conduire à des pathologies qui souvent deviennent chroniques.
La biologie du corps humain est-elle adaptée au monde moderne ?
Tous les êtres humains possèdent un corps dont les mécanismes biologiques sont en tout point identiques à ceux des hommes du Paléolithique. Nos corps sont encore programmés pour fonctionner selon la biologie de nos ancêtres du Paléolithique. Lorsque nous nous éloignons de ce mode de vie ancestral, nos organismes entrent en mode « adaptation », luttant pour survivre le plus longtemps possible. Les taux élevés de diabète et de syndrome métabolique observés mondialement sont édifiants. Ils illustrent de manière alarmante les conséquences de ce décalage entre notre biologie ancestrale et nos modes de vie modernes.
Nos corps sont encore programmés pour fonctionner selon la biologie de nos ancêtres du Paléolithique
Comment votre alimentation a-t-elle évolué au cours de votre vie ?
Comme celle de tous ceux qui s’intéressent de près à ce domaine et cherchent à optimiser leur alimentation : avec les informations disponibles. Le problème, c’est que les informations disponibles ne sont pas toujours justes, il faut savoir discerner les sources fiables de celles qui le sont moins. La nutrition partage de nombreux points communs avec la religion : elle a ses chapelles et ses paroles d’évangile, dont certaines sont souvent éloignées des principes de base qui garantissent la santé optimale de nos corps « paléolithiques ». Les génies font face aux charlatans sans savoirs et totalement décomplexés. Il faut donc un certain temps pour se frayer un chemin dans cette science avec clairvoyance. Les éditions Thierry Souccar se sont donné pour mission de faciliter cette démarche depuis plus de 17 ans. Pour ma part, cela fait maintenant plus de 45 ans que je me consacre à cette quête.
Diriez-vous aujourd’hui que vous suivez le régime « paléo » ?
Dans ses fondamentaux oui ! Mais j’y ajoute des éléments nutritionnels et culinaires qui facilitent la résilience avec laquelle un organisme est censé traverser une vie, malgré de puissants obstacles alimentaires qui s’opposent à sa nature même.
Il y a des paramètres métaboliques qui sont beaucoup plus difficiles à obtenir aujourd’hui, qu’à une époque où la pollution, la transformation chimique des aliments, et la surabondance de calories vides de nutriments (pour ne citer qu’elles) n’existaient pas.
Or, je le répète encore, nos corps ne sont absolument pas faits pour fonctionner d’une autre façon. C’est là toute la difficulté et l’art d’une approche en naturopathie fonctionnelle.
Que pensez-vous du gluten ?
Je pense qu’il ne doit surtout pas être surreprésenté dans une alimentation quotidienne. Son impact sur les organes digestifs, le cerveau et le squelette, est beaucoup trop déséquilibrant pour leurs bons fonctionnements respectifs. Les travaux du Dr David Perlmutter à cet effet sont sans équivoque, ainsi que ceux du remarquable Dr Robert Lustig. Notre pain quotidien a fait l’objet d’une des plus grandes transformations de toute l’histoire des aliments. Notre corps ne sait donc plus que faire avec une telle source de sucre à effet quasi-immédiat, et d’un effet si corrosif de sa protéine, concernant la paroi de nos intestins, pour ne citer qu’elle…
Faut-il absolument le supprimer de son alimentation ?
En vérité oui, mais dans les faits, sa suppression totale, peut avoir un impact social d’exclusion trop important, pour penser que cette recommandation puisse vraisemblablement s’appliquer à tous. Je ne suis pas partisane de la stratégie de la peur pour transmettre une information importante.
J’aime le goût du pain comme la plupart d’entre nous, mais j’ai fait le choix dans l’intérêt de mon capital santé, de ne pas en consommer depuis plus de 20 ans.
Les alternatives industrielles du sans gluten, sont d’ailleurs souvent pires que ce que l’on souhaite éviter avec la consommation de céréales contenant du gluten. Cela étant dit, un pain au levain naturel, cuit au feu de bois (si possible) avec des céréales anciennes, n’aura pas un impact sérieux sur votre organisme, s’il est consommé occasionnellement et avec une vraie modération.
C’est dans cette optique, que je propose des recettes de pains à la vapeur dits cétogènes, afin de préserver au maximum, le plaisir en bouche du goût du pain, tout en veillant scrupuleusement à ne pas léser la santé de ceux qui choisiront d’en consommer fréquemment sous cette forme, via mes recettes à cet effet.
Toutes les connaissances en matière de nutrition ont un point commun, qui peut les réduire à néant très facilement. Ce point en commun c’est : LA CUISSON. L’actualité récente sur les ustensiles de cuisson, en est le parfait exemple. Les aliments les plus sains peuvent mettre votre corps au supplice, avec une cuisson inappropriée.
J’ai constaté depuis déjà longtemps, que la cuisson à la vapeur douce effectuée dans le Vitaliseur, en plus de préserver la saveur, préserve également la plupart des nutriments que les aliments contiennent. Un aliment vide de nutriments et c’est la promesse d’une faim sans fin…
Quel rôle joue-t-il dans votre alimentation ?
Il me permet de varier les plaisirs sans craindre d’ingérer des éléments toxiques dus à une cuisson mal adaptée. Il est simple d’utilisation, peut être ludique avec les saveurs, et plein de possibilités nouvelles, même après des années d’utilisation. C’est mon troisième enfant en réalité. Mais ça, il ne faut le dire à personne (rires).
Très régulièrement en effet. Je m’impose au quotidien une fenêtre d’un minimum de 12 heures de jeûne voire beaucoup plus. C’est l’un des outils les plus puissants permettant au corps de se rééquilibrer en profondeur. Il y a des processus d’élimination essentiels, qui ne peuvent se faire que comme cela. L’autophagie par exemple peut nous débarrasser de bien des matières organiques inutiles au corps, qui n’ont pas été éliminées, faute d’un temps suffisant sans avoir à digérer.
C’est la meilleure façon de faire revenir la flexibilité métabolique à un niveau réellement efficace. Flexibilité qui fut l’atout majeur de l’homme paléolithique.
Dans votre livre, vous parlez des apports de la génomique pour la nutrition. Qu’est-ce que cela peut apporter ?
Pour moi, c’est l’une des plus grandes aventures que va offrir le siècle en la matière. Pour nos organismes, les aliments ne sont pas que des amas de calories : ce sont des INFORMATIONS puissantes. La nutrigénomique affirme que les aliments, en plus d’apporter de l’énergie, contiennent aussi des messages chimiques, qui peuvent induire une réponse de la part de certains de nos gènes, dans leurs expressions.
Quand nos corps baignent durant des années dans le bain d’aliments appropriés ou pas, ils induisent forcément une réaction récurrente sur l’activité de certains gènes. J’ai donc la ferme conviction que la nutrigénomique garantira la symbiose adéquate, de tous les organismes qui constituent nos microbiomes. Cette science est encore dans son enfance malgré les milliards consacrés à l’étude du génome humain, mais pour moi, elle est l’avenir de la médecine et de la nutrition juste. À n’en pas douter.
Une équipe internationale impliquant l’INRAE a identifié une signature spécifique du microbiote intestinal dans la maladie de Parkinson. Ces résultats ouvrent la voie à un test de dépistage précoce et suggèrent que l’alimentation pourrait ralentir la progression de la maladie.
Il existe actuellement en France un projet de recherche ambitieux pour mieux comprendre les liens entre microbiote, santé et alimentation : le French Gut - le microbiote français.