Coronavirus : l'inquiétant aveuglement des experts

Par Thierry Souccar Publié le 16/03/2020 Mis à jour le 16/03/2020
Point de vue

Nous avons eu des mois pour nous préparer à une crise sanitaire "imprévisible"... que beaucoup pourtant avaient prévue.

Pénurie de tests, de masques et de gel hydroalcooliques, services hospitaliers déjà sous tension, supermarchés dévalisés, et cette image d’infirmières attachant des sacs poubelles autour de leurs jambes par manque d’équipement. C’est à croire que nous n’avons rien vu venir. Nous, citoyens avons des excuses : la plupart d’entre nous n’a pas de connaissances scientifiques, ne suit pas ces affaires quotidiennement, ignorait il y a peu l’existence même du mot « coronavirus ».

Mais la France est conseillée par un comité d’experts « indiscutables ». Comment ont-ils anticipé la crise ? La question est importante, non pour faire le procès du passé, mais parce que sauf à être congédiés, ce sont ces mêmes experts qui vont décider du destin sanitaire de la nation dans les semaines et les mois qui viennent.

Le dimanche 15 mars, s’exprimant à la télévision, le ministre de la Santé Olivier Véran a reconnu qu’il y a quelques jours encore ce conseil scientifique était divisé, avec une partie des spécialistes arc-boutés sur l’idée que le SRAS-CoV-19 pouvait être assimilé à une grippe, l'autre poussant pour des mesures drastiques comme en Italie. De là les tergiversations sur la conduite à tenir.

Les spécialistes « grippette » ont longtemps tenu la corde, préconisant comme en Grande-Bretagne et en Allemagne, le concept d’immunité de groupe : laissons 50 à 70% de la population s’infecter et le virus mourra de sa belle mort. Stratégie risquée, d’abord parce que la capacité de mutation de ce virus est inconnue ; ensuite et surtout parce que le virus ne serait pas seul à mourir, mais qu'il entraînerait avec lui selon les estimations, 250 000 à 1 million de personnes pour la seule France. Et je ne parle pas des handicaps des survivants dus aux atteintes pulmonaires, qu’il faudra soigner. "Pas une bonne stratégie", dit le virologue Jérémy Rossman, de l'université de Kent. Revirement ces derniers jours, avec les messages alarmistes provenant du terrain, des soignants eux-mêmes en première ligne ! Exit la grippette, l'heure est, un peu tard, au lock out.

Les pays d’Asie nous avaient prouvé que des mesures diverses selon les états : confinement général (Chine), testing généralisé (Corée), blocus sur les entrées (Taïwan, Singapour), distribution massive de masques à la population (une mesure probablement utile !) ont permis de maîtriser la progression des infections (Corée, Japon) ou de la terrasser (Chine). La Chine nous a donné deux mois pour nous préparer, opter pour une stratégie et s’y tenir. L’Italie nous a donné à entrevoir le spectacle dont nous serions bientôt les acteurs. Un aveuglement général, pas seulement français, nous a fait tourner la tête. Et attendre.

Remontons dans le temps comme nous y invite un article de CNN. « Les épidémies vont devenir plus fréquentes. Le monde sera vulnérable à des pandémies pouvant entraîner des taux de mortalité et de handicaps massifs. » Cette prédiction émane d’un rapport sénatorial américain publié le 29 janvier 2019. Le même comité avait formulé la même mise en garde un an plus tôt.

Remontons encore dans le temps. Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft a déclaré en 2018 que la prochaine menace sera « probablement un agent pathogène inconnu que nous verrons pour la première fois lors d'une épidémie, comme ce fut le cas avec le SRAS, le MERS et d'autres maladies infectieuses récemment découvertes. ».

Jeremy Konyndyk, ancien directeur du bureau de l'Agence américaine pour le développement international chargé de l'aide en cas de catastrophe à l'étranger, a écrit en 2017 ceci : « Une nouvelle crise sanitaire mondiale majeure est une question de quand, et non de si », notant que « chaque président depuis au moins Ronald Reagan a fait face à des épidémies majeures et inattendues - VIH/SIDA, SRAS, grippe aviaire, Ebola, Zika ».

Et dès 2015, une étude dans Nature mettait en évidence le risque qu'un coronavirus circulant chez les chauves-souris en Chine, similaire au coronavirus du SRAS identifié en 2003, apparaisse chez l'homme.

En février 2020, des spécialistes comme Marc Lipsitch (Harvard) ont tiré la sonnette d’alarme en disant craindre que deux tiers de la population mondiale soit infecté. Marc Lipsitch pense d'ailleurs aujourd'hui qu'il est trop tard pour contenir l'épidémie.

Nos experts ont raillé le dirigisme chinois, brocardé les « catastrophistes », assuré que l’hôpital français était bien mieux équipé que l’italien, puis devant l’incendie, décidé en catastrophe de mesures contradictoires, qui sèment la panique dans la population.

Nous partons en guerre sans masques, sans gels, mais Dieu merci avec des sacs poubelles au pied.

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