Thyroïde : pourquoi êtes-vous si mal soigné ?

Par Lanutrition.fr Publié le 23/04/2012 Mis à jour le 05/04/2017
Conseils

Nombreuses sont les personnes à avoir des problèmes de thyroïde mais sans réussir à s'en débarrasser, malgré leur traitement. Pourquoi ?

La thyroïde est une glande en forme de papillon, située à l’avant du cou, et qui produit trois hormones : la triidothyronine (T3), la thyroxine (T4) et la calcitonine. Les deux premières sont d’une grande importance. Produites à partir de l’iode et de la tyrosine (un acide aminé), elles vont se lier aux récepteurs intracellulaires et modifier l’expression de certains gènes, régulant ainsi un nombre impressionnant de fonctions de base de l’organisme. Le déficit en hormones thyroïdiennes pendant le développement du foetus ou les premiers stades de la croissance peut notamment entraîner un retard mental profond et irréversible, une situation aujourd’hui rarissime.

Les hormones thyroïdiennes régulent principalement le métabolisme, c’est-à-dire notre utilisation de l’énergie, donc notre poids, notre énergie, notre humeur, notre température corporelle, notre fonction musculaire, le fonctionnement du cœur et des vaisseaux, notre libido, la beauté de notre peau, de nos cheveux, de nos ongles, la solidité de nos os ou de nos dents. Leur production est régulée par la TSH, une hormone produite par l’hypophyse. La thyroïde agissant partout dans l’organisme, des erreurs de diagnostics sont fréquentes : une hypothyroïdie peut ainsi être confondue avec une dépression, une fibromyalgie ou se manifester via des symptômes inhabituels (troubles du rythme cardiaque, constipation, etc).

Les maladies de la thyroïde

Les maladies de la thyroïde sont très fréquentes dans le monde, et en particulier en France. Les femmes sont plus touchées que les hommes avec 8 femmes sur 100 qui présentent un dérèglement de cette glande après l’âge de 65 ans. Les causes sont multiples et peuvent aboutir à un cancer de la thyroïde comme de simples nodules (des zones de la thyroïde dont l’activité change) sans danger. Les personnes qui ont une maladie auto-immune ont un risque 25% plus élevé que les autres d’avoir un jour une maladie de la thyroïde, en particulier une maladie dite « thyroïdite de Hashimoto » dans laquelle les anticorps détruisent progressivement la glande.

Dans la plupart des cas, les problèmes de thyroïde, qu’ils soient soignés par chirurgie, radiothérapie ou sans traitement, finissent par évoluer vers l’hypothyroïdie. Fort heureusement il existe une forme synthétique de nos hormones naturelles utilisée pour remplacer notre T4, il s’agit de la lévothyroxine (aussi appelée L-T4). Problème : un grand nombre de personnes continuent à ressentir des symptômes d’hypothyroïdie même avec un traitement et d’autres présentent des symptômes d’hypothyroïdie avec une TSH normale et continuent de souffrir. Pourquoi et comment réagir ?

Lire Hypothyroïdie : êtes-vous concerné ? Faites-le test

 

Le problème

La lévothyroxine a beau être un des médicaments les plus prescrits au monde (et contrairement aux statines, il ne creuse pas le trou de la sécurité sociale), les études montrent que la plupart des personnes qui en prennent en reçoivent soit trop soit trop peu. Un constat qui, à lui seul, explique pourquoi on peut continuer à avoir des symptômes désagréables et chroniques comme de la dépression, des crampes, des troubles du sommeil, des douleurs diffuses ou des difficultés à régler son poids.
Mais comment déterminer si on en prend une dose adaptée ? En France, la surveillance de routine par les endocrinologues repose souvent simplement sur un dosage de la TSH dont la production est naturellement ajustée en proportion à la quantité d’hormones thyroïdiennes qui circulent dans le sang. Les laboratoires français indiquent généralement une norme de TSH située entre 0,3 et 5 mUI/L. Une valeur que tous les spécialistes s’accordent à reconnaître comme trop élevée. Entre 1970 et 1985 la norme pour la TSH était considérée comme normale entre 1 et 10. Pendant 10 ans on a donc laissé souffrir les gens qui avaient une TSH entre 5 et 10 en leur disant que tout était normal et qu’on ne pouvait rien faire jusqu’à ce qu’en 1985 la norme soit revue à la baisse entre 0,3 et 6 puis entre 0,3 et 5 et actuellement entre 0,3 et 3 aux Etats-Unis (avec ces nouvelles normes le nombre d'Américains atteints d'hypothyroïdie est passé de 13 à 27 millions !).

Par ailleurs, de nombreux facteurs peuvent affecter la TSH (stress, mauvais sommeil, médicaments, mauvaise alimentation...) ce qui explique que le taux de TSH n'est pas toujours un bon indicateur de la fonction thyroïdienne. Alors que la Haute Autorité de Santé (HAS) ne préconise que le dosage de la TSH en première intention, de plus en plus de spécialistes de la thyroïde estiment que les tests thyroïdiens devraient aussi comporter le dosage des hormones T3 et T4 libres (celles qui circulent dans le sang et sont biologiquement actives). Un taux bas de T3L peut ainsi signaler une déficience de la fonction thyroïdienne et un taux bas de T4L signer une hypothyroïdie. Aux Etats-Unis, les associations de malades demandent aux médecins intamment d'ajouter le dosage des T3L et T4L à celui de la TSH pour un meilleur diagnostic des dysfonctionnements thyroïdiens et une meilleure prise en charge des malades.

Pour en savoir plus sur le taux de TSH, lire : Thyroïde : la TSH est-elle un bon indicateur de l'hypothyroïdie ?

 

Que faire ?

Si vous présentez des symptômes de l’hypothyroïdie ou de l’hyperthyroïdie vous devez :

  • demander à votre médecin une prise de sang pour mesurer la TSH mais aussi la T4L et la T3L (pour affiner le diagnostic).
  • si la valeur de la TSH est supérieure à 3, demandez une augmentation de votre traitement ou une diminution si elle est inférieure à 0,2.

Certaines études montrent effectivement que les patients qui reçoivent de la L-T4 voient leur qualité de vie s’améliorer en adaptant leurs doses pour amener la TSH en dessous de 2,5. D’autres études ont montré que les personnes qui ont une TSH entre 0,4 et 2 ont un métabolisme plus rapide que ceux dont la TSH est plus élevée, pouvant être une explication à des difficultés à perdre du poids. Une TSH légèrement trop élevée (entre 4 et 10 mUI/L) augmente également le risque de maladies cardiovasculaires, d’hypertension et de résistance à l’insuline. En revanche, une TSH trop basse augmente fortement le risque d’ostéoporose et de troubles du rythme cardiaque grave, en particulier en dessous de 0,1 mUI/L.

Si votre TSH est tout de même dans les valeurs normales (entre 0,2 et 3 mUI/L), il semble qu’il soit possible que la lévothyroxine se convertisse mal dans votre organisme en T3, qui est l’hormone active finale. Dans ce cas ce trouble apparaît sur une prise de sang avec une TSH normale et une T4 et T3 légèrement abaissées. Votre médecin peut alors vous prescrire un mélange de T4 et de T3 (de la T3 synthétique), qui devrait ramener votre taux de T3 dans la norme et faire partir vos symptômes résiduels. Cette spécialité est délivrée en pharmacie sous le nom d'Euthyral ou Cynomel.

Pour l'instant les essais cliniques comparant les effets de la T3 synthétique seule et ceux de la combinaison T3-T4 ont donné des résultats mitigés, en partie parce que la T3 augmente et diminue rapidement dans le sang, ce qui rend difficile le maintien de taux thérapeutiques. "Ce n'est pas le ticket gagnant", explique l'endocrinologue Elizabeth McAninch (Centre médical de l'université Rush). "J'ai certains patients qui se sentent mieux grâce à la combinaison T3/T4 et d'autres non". Aux Etats-Unis, en attendant un essai clinique de grande envergure comparant les effets de la T4 seule, ceux de la combinaison T3-T4 et ceux d'un extrait de thyroïde, les médecins sont de plus en plus ouverts à la prescription d'une petite dose de T3 chez les patients dont les symptômes ne s'améliorent pas sous T4 seule.

Lire aussi : Les aliments à éviter en cas d'hypothyroïdie

Enfin, il faut signaler que certaines variantes génétiques de certaines enzymes (les déiodinases) peuvent modifier le ressenti face au traitement. Il faut donc être à l’écoute de son corps plutôt qu’à l’écoute des chiffres de la prise de sang et adapter les doses en fonction.

Un cas particulier : l'hypothyroïdie frustre

Si vous êtes mal soigné, cela peut venir aussi d'une hypothyroïdie particulière, dite frustre. Selon la HAS, « l’hypothyroïdie fruste est définie par un taux de TSH > 4 mUI/l, confirmé par un deuxième dosage à 1 mois, sans anomalie de la concentration de la T4L (T4 libre) ». Elle concernerait en moyenne entre 3,4 et 10 % de la population. Les femmes et les personnes de plus 60 ans (notamment celles qui ont des antécédents thyroïdiens ou de traitements comme l’amiodarone, le lithium, l’interféron) sont plus à risque d’hypothyroïdie fruste. 

1/3 des cas d'hypothyroïdie frustre évoluent vers une vraie hypothyroïdie, ce qui explique qu'il est important de la diagnostiquer. Par ailleurs les personnes qui en souffrent semblent plus à risque d'être atteintes de diabète, de maladies cardiovasculaires, de troubles cognitifs et musculaires, de troubles de l'humeur et de fractures osseuses. Malheureusement, à ce jour, les indications officielles concernant le dépistage et la substitution hormonale restent controversées.

Conclusion

En définitive, il est important de communiquer avec votre médecin. Les chiffres sont une chose, vos symptômes en sont une autre, non moins importante. Dans le cas d’une suspicion de symptômes résiduels, une augmentation légère de la lévothyroxine sur quelques mois en accord avec votre médecin est sans danger et peut vous permettre de voir une différence, ainsi que l'essai de la combinaison T4/T3.
Méfiez-vous également des symptômes trompeurs : beaucoup de symptômes de l’hyper ou de l’hypothyroïdie peuvent être aggravés par un déficit en vitamine D ou un autre problème hormonal, deux éventualités qu’une prise de sang pourra facilement écarter.

Deux livres à lire si votre thyroïde fonctionne au ralenti : En finir avec l'hypothyroïdie (EXTRAIT ICI >>) et Thyroïde, les solutions naturelles du Dr Philippe Veroli (EXTRAIT ICI  >>).

Références: Institut de veille sanitaire. Maladies thyroïdiennes dans la cohorte SUVIMAX. 1994-2002.
Spencer et al. AACC Expert Access. 08/15/06. University of Southern California.
Ali J Chakera, Simon HS Pearce, Bijay Vaidya. Treatment for primary hypothyroidism: current approaches and future possibilities. Drug Des Devel Ther. 2012:6.1-11.
"Doctors Hear Patients' Calls for New Approaches to Hypothyroidism", The Wall Street Journal, April 11, 2016.

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