Le stress augmente-t-il le risque de cancer ?

Par Priscille Tremblais Publié le 19/09/2018 Mis à jour le 19/09/2018
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Le stress est un facteur de risque reconnu des maladies cardiovasculaires. Mais les personnes stressées ont-elles plus de risque de déclarer un cancer ?

Les personnes souffrant de cancer sont parfois persuadées que leur maladie s’est déclarée suite à un stress intense ou à un événement traumatisant, ce que laissent aussi entendre certains auteurs de livres à succès. Mais la science a-t-elle établi un tel lien de cause à effet ? 

Par quels mécanismes le stress pourrait-il induire un cancer ?

Les mécanismes biologiques du stress sont complexes. Ils font intervenir le cerveau (hypothalamus, hypophyse) et, au premier plan, le système nerveux sympathique. Le stress entraîne une production d’hormones : adrénaline puis corticoïdes qui renforcent les capacités de l’organisme à faire face à la situation stressante et ont des propriétés anti-inflammatoires. 
Mais quand il devient chronique, le stress perturbe l'immunité et la défense contre les virus, favorise l'inflammation. Ces perturbations pourraient expliquer l’influence du stress sur certaines maladies (comme les maladies coronariennes), et possiblement certains cancers.
Mais il y a d'autres façons par lesquelles le stress pourrait induire un cancer : en conduisant à adopter certains comportements néfastes qui peuvent donner  l’impression de mieux gérer le stress, comme le tabagisme, la consommation d’alcool, l'ingestion d'aliments de réconfort (gras et sucrés) ou qui sont une conséquence du stress, comme le manque de sommeil.

Lire aussi : Pourquoi le stress fait vieillir, et comment réagir

Ce que disent les études

La recherche expérimentale sur les animaux a trouvé que le stress contribue à l’initiation, à la croissance et à la métastatisation de certaines tumeurs. Des expériences chez l’humain indiquent que le stress diminue les mécanismes de réparation du code génétique, favorise le vieillissement cellulaire, abaisse la défense contre les virus : autant de facteurs qui peuvent être impliqués dans les cancers.

Cependant, les études émidémiologiques (prospectives) peinent à trouver un lien clair entre le stress et l’incidence du cancer chez l’homme. 

C’est pour le cancer du sein que ce lien a été le plus étudié. Une étude chinoise de 2010 a ainsi trouvé que les femmes souffrant de cancer du sein étaient, avant le diagnostic, plus enclines à réprimer leurs émotions, à se mettre en colère facilement, à être déprimées. Une autre étude chinoise de 2016 trouve aussi que la répression des émotions est liée à un risque de cancer du sein augmenté de 15% tandis que la dépression (qui peut être la conséquence d’un stress chronique) à un risque accru de 32%. Une revue de 52 études, portant sur plus de 700000 femmes au total, a conclu en 2018 à un possible lien entre stress psychologique et incidence du cancer du sein.

Une étude prospective de 2017 conduite sur plus de 100 000 Japonais n'a trouvé aucun lien global entre le stress perçu et l'incidence de cancer. Mais l'analyse de la variation du stress perçu au cours de l'étude a permis de mettre en lumière une association ténue entre risque de cancer et perception d'un stress élevé (par rapport à un stress bas). L'analyse plus fine des personnes déclarant un stress élevé sur le long terme montre un risque de cancer augmenté de 11% chez ces personnes, et plus particulièrement chez les hommes.

C'est pour les événements particulièrement stressants de la vie que les études de population trouvent le lien le plus fort avec l'incidence de cancer. La perte d'un enfant a ainsi été associée à un risque plus important de cancer du pancréas dans une étude danoise, plus particulièrement dans les  années suivant le décès (27 % de risque en plus)  et lorsque l'enfant s'était suicidé (23 % de risque en plus).

La perte d'un parent durant l'enfance pourrait aussi augmenter le risque de cancer liés à des infections (cancer du col de l'utérus, par exemple)  et la perte d'un parent chez le jeune adulte élèverait le risque de cancer de l'estomac, du poumon et du sein d'après une étude suédoise. Le cancer du pancréas a été associé quant à lui à la perte d'un parent durant l'enfance comme au début de l'âge adulte.

Toutes ces études sont des études d'observation qui ne permettent pas de conclure à une relation de cause à effet, en particulier pour des risques modérément augmentés (moins de 50 à 100%). Il n'est pas sûr que le lien entre stress et cancer puisse être un jour établi.

En conclusion

Même si le stress augmente le risque de nombreuses maladies, les preuves de son implication dans la survenue d'un cancer restent faibles. Certaines études ont montré un lien entre différents facteurs psychologiques et le cancer, d'autres non.
Le manque de résultats convaincants pourrait venir du fait que beaucoup de cancers sont diagnostiqués plusieurs années après avoir commencé à se développer dans l’organisme, ce qui rend le lien entre le stress et l’apparition de la maladie difficile à démontrer.

Si le stress est réellement impliqué dans certains cancers, ce qui reste à démontrer, c'est plus vraisemblablement ceux qui sont liés à une baisse de l'immunité contre les virus : par exemple le cancer du col de l'utérus (virus HPV), les cancers du foie provoqués par les virus des hépatites, et les cancers en lien avec l'infection par le virus HIV.
Ce qui semble faire consensus en revanche c’est qu'une fois un cancer déclaré, le stress influence négativement sa progression et ses éventuelles récidives. 

Pour diminuer le stress, il existe beaucoup de solutions naturelles. La pratique régulière d'une activité physique est à privilégier car elle a des effets antistress et protègerait aussi du cancer. Les méthodes corps-esprit de gestion du stress, basées sur la respiration, comme la cohérence cardiaque et la marche afghane, sont aussi particulièrement utiles.

Pour aller plus loin : 6 programmes antistress personnalisés en fonction de vos symptômes (abonnés) et Stress les solutions naturelles

Références

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CHIRIAC V-F, BABAN A, DUMITRASCU DL. Psychological stress and breast cancer incidence: a systematic review. Clujul Medical. 2018;91(1):18-26. doi:10.15386/cjmed-924.
Huan Song, Eiko Saito, Norie Sawada, Sarah K. Abe, Akihisa Hidaka, Taichi Shimazu, Taiki Yamaji, Atsushi Goto, Motoki Iwasaki, Shizuka Sasazuki, Weimin Ye, Manami Inoue & Shoichiro Tsugane : Perceived stress level and risk of cancer incidence in a Japanese population: the Japan Public Health Center (JPHC)-based Prospective Study. Scientific Reportsvolume 7, Article number: 12964 (2017).
Huang J, Valdimarsdóttir U, Fall K, Ye W, Fang F. Pancreatic cancer risk after loss of a child: a register-based study in Sweden during 1991-2009. Am J Epidemiol. 2013 Aug 15;178(4):582-9. 
Kennedy B, Valdimarsdóttir U, Sundström K, Sparén P, Lambe M, Fall K, Fang F. Loss of a parent and the risk of cancer in early life: a nationwide cohort study. Cancer Causes Control. 2014 Apr;25(4):499-506.

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