Les antibiotiques augmentent le risque de polypes

Par Marie-Céline Ray Publié le 07/04/2017 Mis à jour le 29/05/2020
Actualité

Deux études récentes suggèrent que la consommation d’antibiotiques favorise les polypes colorectaux en agissant sur le microbiote intestinal.

Pourquoi c’est important

On le sait : les antibiotiques, c'est pas automatique ! L'abus de ces médicaments peut favoriser l'émergence de résistances chez les bactéries pathogènes, qu'il devient de plus en plus difficile de combattre.

Les antibiotiques tuent les bactéries, bonnes ou mauvaises. Or de plus en plus d’études suggèrent un lien entre des traitements antibiotiques et des maladies intestinales telles que les maladies inflammatoires de l’intestin, la maladie de Crohn, mais aussi l’obésité. Le rôle de la flore intestinale dans le cancer colorectal a aussi été évoqué. C’est pourquoi il est raisonnable de penser que des traitements antibiotiques qui modifient la flore intestinale puissent influencer le risque de cancer de l’intestin.

Une étude sur plus de 16 000 femmes aux États-Unis

Une étude parue dans la revue Gut en 2017 a montré que les femmes qui ont suivi un long traitement antibiotique ont plus de polypes dans le côlon. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs de Harvard ont étudié les données portant sur 16 642 femmes de plus de 60 ans. Les participantes faisaient partie de la Nurses’ Health Study et avaient eu une coloscopie en 2010. Cet examen a révélé la présence de polypes chez 1 195 femmes.

Un polype est un adénome colorectal, c’est-à-dire une excroissance de la muqueuse de l’intestin, généralement sans conséquence et retirable lors d'une coloscopie. Mais parfois les polypes peuvent être à l’origine de cancers de l’intestin.

Par rapport à celles qui n’avaient pas pris d’antibiotiques, les femmes qui avaient eu un traitement de plus de deux mois entre 20 et 39 ans avaient plus souvent des polypes : l’augmentation du risque était de 36 %. Celles qui avaient eu un traitement d’au moins deux mois entre 40 et 59 ans avaient 69 % de risque en plus d’avoir des polypes. En revanche, le fait d’avoir pris des antibiotiques dans les quatre années précédentes n’influençait pas le risque de polypes.

Les chercheurs en concluent qu’une utilisation prolongée de médicaments antibiotiques augmente le risque d’avoir des polypes.

Cette recherche ne prouve pas le lien de cause à effet entre antibiotiques et polypes, seulement une association. Mais les auteurs pensent que les antibiotiques peuvent jouer un rôle dans le développement d’un cancer intestinal : « Les antibiotiques modifient fondamentalement le microbiote intestinal, en limitant la diversité et le nombre de bactéries, et en réduisant la résistance aux bactéries hostiles. Cela pourrait avoir un rôle crucial dans le développement du cancer de l'intestin. »

Une étude sur une vaste population suédoise

Une nouvelle étude parue en 2020 et portant sur un nombre plus important de personnes a trouvé que celles qui prennent des antibiotiques augmentent leur risque de polypes colorectaux.

Ici, les auteurs ont étudié une vaste population suédoise : 45 000 personnes chez qui des polypes avaient été détectés, ainsi que 93 000 de leurs frères et sœurs non affectés, qui servaient de contrôles.

Le suivi a duré en moyenne 6,9 années. Par rapport à ceux qui ne prenaient pas d’antibiotiques, ceux qui en consommaient augmentaient leur risque de polypes. L’association était particulièrement forte pour les antibiotiques à large spectre, ainsi que pour la tétracycline et les quinolones. Chez ceux qui prenaient les antibiotiques quinolones, sulfonamides, triméthoprime, et des céphalosporines, l’association était plus forte chez les jeunes adultes (moins de 50 ans) que chez les plus âgés (plus de 50 ans).

Ces deux études montrent que l’usage des antibiotiques augmente le risque de polypes colorectaux, qui sont souvent les précurseurs de cancers. Les antibiotiques pourraient provoquer un déséquilibre du microbiote favorable au développement du cancer colorectal. En effet, il a été observé chez des patients ayant un cancer colorectal que leur flore intestinale était moins diversifiée.

Lire : Flore intestinale et cancer colorectal : un lien intriguant

En pratique

D’après Santé publique France, le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent en France chez l’homme et le deuxième chez la femme. Les facteurs de risque du cancer colorectal sont l’obésité, le tabagisme, la sédentarité, l’alcoolisme, une alimentation pauvre en fibres et riche en viandes rouges et transformées…

C’est pourquoi une modification du mode de vie peut aider à réduire son risque de cancer colorectal. Retrouvez tous nos conseils alimentaires dans notre article dédié : Le régime contre le cancer du côlon

Des livres pour aller plus loin : Le régime cétogène contre le cancer, Cancer – Un traitement simple et non-toxique et Infections – le traitement de la dernière chance

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