Angélique Houlbert : "En changeant d'alimentation, on peut inverser la maladie du foie gras."

Par Marie-Charlotte Rivet Bonjean Publié le 12/03/2019 Mis à jour le 14/03/2019
Enquête

Angélique Houlbert, diététicienne nutritionniste, chroniqueuse TV pour « Le magazine de la santé » sur France 5 et auteur de plusieurs ouvrages dont "Le Nouveau Régime IG" et "La Meilleure Façon de Manger", a publié le premier ouvrage pour soigner la maladie du foie gras « Le régime NASH contre la maladie du foie gras». Elle nous explique les grands principes de ce régime.

LaNutrition.fr : Que signifie NASH ?

Angélique Houlbert : C’est l’acronyme du mot anglais non alcoholic steatohepatitis, c’est-à-dire stéatohépatite non alcoolique : il s’agit d’un envahissement du foie par les graisses. La NASH est la phase avancée de la maladie du foie gras, celle qui expose aux complications comme la cirrhose et malheureusement le cancer.

Peut-on en guérir ?

Il est possible dans un grand nombre de cas d’inverser la maladie, c’est-à-dire d’utiliser les capacités de régénération du foie pour retrouver la santé. Plus on s’y prend tôt, et avec sérieux et détermination, plus les chances d’inverser la maladie sont grandes.

Comment peut-on savoir si on est atteint de maladie du foie gras?

La maladie du foie gras est silencieuse, on peut ressentir de la fatigue et des faiblesses musculaires, mais ces symptômes sont tellement vastes que ça ne permet pas d’indiquer cette pathologie. En revanche, il existe des signes qui peuvent mettre la puce à l’oreille.

Le critère le plus fiable est le tour de taille. Si une femme a un tour de taille supérieur à 80 cm et un homme supérieur à 94 cm c’est le signe d’un risque élevé. Bien sûr ce n’est pas fiable à 100% et cela ne renseigne pas non plus sur le degré d’atteinte du foie. Pour cela, il faut faire une échographie. Autre signe : une glycémie anormalement élevée. Environ 7 diabétiques sur 10 ont un foie gras.

Cela signifie-t-il que les personnes minces sont à l’abri ?

On peut être mince et avoir un poids « normal » (l’IMC entre 20 et 25), mais souffrir aussi de cette maladie, notamment lorsque le tour de taille est élevé.

Comment développe-t-on la maladie du foie gras ?

C’est une maladie de civilisation qui est due à de mauvaises habitudes alimentaires et au manque d’exercice. Essentiellement, trop de calories, de sucre, de fructose, de glucides à index glycémique élevé et trop peu d’activité physique.

Souvent les patients pensent que le problème vient du gras, vu que cette maladie affecte le foie par une abondance de graisse hépatique. Mais l’un des grands accusés, c’est le fructose, qui entre dans la composition du sucre. La graisse hépatique est formée à partir d’une surconsommation de fructose, car le foie est le seul organe à pouvoir métaboliser le fructose, et lorsqu’il en reçoit trop, il le transforme en graisse hépatique.

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Aucun médicament ne soigne cette maladie. Le seul traitement est alimentaire et physique. Il faut revoir le mode de vie, d’alimentation et la pratique sportive.

Comment avez-vous élaboré le régime que vous proposez dans le livre ?

Ce régime à deux phases : la première c’est 3 semaines de régime hypocalorique et la deuxième c’est un régime méditerranéen à index glycémique (IG) bas. Mais je propose aussi dans le livre deux alternatives à ces régimes : un régime de type cétogène suivi d’un régime low-carb de type Atkins.

Le régime de la première phase a été créé en se basant sur de nombreuses études dont celles de l’université de Newcastle qui ont été réalisés sur des patients diabétiques. Leurs travaux ont démontré qu’un régime hypocalorique pouvait diminuer de 30 % les graisses hépatiques en une semaine.

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Cependant, ils l’ont fait avec des poudres pour éviter tout écart dans le régime. Pour moi, il était hors de question de faire avaler ce genre de produits aux lecteurs / patients. Donc j’ai conçu des fiches d’aides, de recettes et des menus pour les aider à faire les bons choix et réussir cette première phase de 3 semaines.

Et le régime de la phase 2 ?

La deuxième phase a été élaborée pour renforcer et maintenir les résultats des 3 premières semaines. Les études ont montré que le régime méditerranéen était le meilleur pour la perte de poids, un retour normal de la glycémie et le maintien d’un foie en bonne santé. Je propose donc un régime méditerranéen avec des glucides à IG bas. Le patient a le choix de réintroduire des féculents petit à petit, mais de meilleure qualité et en fonction notamment de son activité physique. Cette phase est très importante, car c’est elle qui va permettre au patient d’apprendre à bien manger et d’oublier définitivement ses mauvaises habitudes.

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De plus il y a des recettes qui sont très faciles et rapide à faire pour éviter de passer trop temps dans la cuisine (pour ceux qui n’aime pas ça) et des recettes un peu plus élaborées pour ceux qui veulent tenter de nouvelles expériences dans leurs cuisines.

Il y a également plein de conseils pour apprendre à bien s’organiser au niveau des courses et des préparations.

Après ce programme de 8 semaines, comment doit-on manger par la suite ?

On peut continuer la phase 2 avec plus ou moins de féculents, mais attention, toujours en choisissant des aliments à IG bas.

Le but de la deuxième phase est de réapprendre à bien manger, donc ce n’est pas à la fin des 8 semaines qu’on doit recommencer à manger comme avant. Il faut garder les mauvaises habitudes derrière soi et continuer de bien manger comme pendant la deuxième phase.

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Que peut-on mettre en œuvre en plus du changement alimentaire pour optimiser ses chances ?

Le livre propose un programme d’exercices physiques à initier en parallèle du régime alimentaire. Ces exercices sont conçus pour être efficaces en peu de temps.  Ils sont indissociables de l’élimination des graisses et de l’objectif de perte de poids.

Il faudra toute sa vie continuer à faire des exercices physiques et limiter l’alcool et le tabac tout en gardant les nouvelles bonnes habitudes.

Existe-t-il des compléments alimentaires efficaces ?

Quelques plantes et compléments alimentaires font actuellement l’objet d’études, mais elles sont préliminaires et on n’a pour l’instant que peu de preuves de leur intérêt. L’alimentation et l’exercice restent la meilleure option.

Propos recueillis par Marie Charlotte Rivet Bonjean

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