Autisme : l’Afssa rejette le régime sans gluten et sans caséine

Par Lanutrition.fr Publié le 31/03/2010 Mis à jour le 17/02/2017
Le régime sans gluten et sans caséine semble améliorer la santé des petits autistesLes autorités sanitaires déconseillent pourtant d’y avoir recoursCe rapport serait plus crédible si la composition du groupe de travail était inattaquable

Faut-il conseiller le régime sans gluten et sans caséine aux enfants autistes ? De nombreux parents y ont recours et rapportent une amélioration parfois très nette de la santé de leurs enfants. Pourtant les preuves scientifiques de l’efficacité de ce régime manquent encore. L’agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) s’est penchée sur la question et a rendu en avril 2009 un rapport intitulé « Efficacité et innocuité des régimes sans gluten et sans caséine proposés à des enfants présentant des troubles envahissants du développement (autisme et syndromes apparentés) »

Des études non considérées

Conclusion du rapport : « Les données scientifiques actuelles ne permettent pas de conclure à un effet bénéfique du régime sans gluten et sans caséine sur l’évolution de l’autisme. » Certes, les études d’intervention en double aveugle avec un groupe contrôle qui sont généralement considérées comme les plus fiables, la « Rolls » de ce que l’on peut faire en sciences, sont peu nombreuses et ne sont pas toujours concluantes (lire l’article sur l’efficacité du régime sans gluten et sans caséine). Mais on ne peut pas non plus ne tenir compte que de ce type d’étude.

Teresa Binstock, une chercheuse américaine (Colorado) spécialisée en neuroanatomie du développement et du comportement met en garde contre le recours à ce seul type d’étude pour juger de l’efficacité des interventions alimentaires chez les enfants autistes (1). « La différence entre les résultats de ces études et l’expérience pratique des parents vient probablement de cette méthodologie traditionnellement utilisée en médecine où ces études d’intervention en double aveugle contre placebo font autorité », explique la chercheuse. Dans le cas de l’autisme, les « single-subject research », celles qui vont se pencher sur un seul enfant et observer sa réponse à une alimentation sans gluten et sans caséine par exemple, pourraient être plus efficaces pour évaluer ce régime (2). « Le cabinet du médecin ou la maison de l’enfant sont mieux adaptés pour ce type d’étude que des centres de recherches situés sur des campus universitaires par exemple », souligne-t-elle. Pourtant le rapport de l’Afssa considère qu’il est « impossible de tenir compte du résultat de ces études ». Motif : « elles ne respectent pas le minimum de conditions unanimement reconnu comme indispensable à l’évaluation objective d’une intervention (en particulier : groupe contrôle et attribution du traitement par tirage au sort). »

Un régime jugé dangereux

L’Afssa met même en garde les parents qui y auraient recours contre d’éventuels risques pour la santé de leur enfant : « Il faut insister sur le fait qu’il n’y a aucune raison d’encourager ce type de régime. Cependant, si un tel régime est mis en place, les conséquences nutritionnelles potentielles imposent une surveillance attentive par des médecins qualifiés. L’apparition de conséquences nutritionnelles indésirables devrait conduire à abandonner un régime dont on ne peut attendre de bénéfice. » Motif : selon les experts qui ont réalisé ce rapport, l’exclusion des groupes d’aliments qui contiennent de la caséine et du gluten, soit les produits laitiers et les produits céréaliers, comporte un risque pour l’état nutritionnel et la croissance d’un enfant.

La réalité des études

Pourtant, chez un enfant en bonne santé, un régime sans gluten ni caséine ne présente pas de risque particulier. Céréales et laitages ne sont apparus qu’au néolithique, il y a moins de dix mille ans. C’est donc en suivant pendant près de sept millions d’années un régime sans gluten sans caséine que l’espèce humaine a conquis la planète. Une idée difficile à faire passer compte tenu de la place qu’occupent le blé et le lait dans l’inconscient alimentaire collectif et plus prosaïquement à leur contribution au chiffre d’affaires de l’industrie agro-alimentaire française.

Les études scientifiques montrent en particulier qu’un enfant peut avoir des os en bonne santé même s’il ne consomme pas de laitages. Dans une étude publiée en 2005 dans la revue Pediatrics, des chercheurs américains ont passé en revue les études portant sur la consommation de produits laitiers et la santé osseuse chez les enfants (3). Après avoir analysé les résultats de 58 études, les chercheurs sont parvenus à la conclusion que la consommation de produits laitiers n’était pas particulièrement associée à une meilleure santé osseuse chez les enfants et les jeunes adultes.

Les enfants autistes n’ont pas toujours une alimentation équilibrée, certains consomment toujours les mêmes aliments, avec une aversion marquée pour d’autres. Une étude de 2008 sur 75 garçons autistes âgés de 4 ans, qui s’intéressait à l’épaisseur des os de leurs mains a trouvé que ces enfants avaient des os plus longs mais moins épais que des enfants non autistes (4). Dans cette étude, les garçons qui suivaient un régime sans caséine et sans gluten avaient les os les plus minces. Les auteurs de l’étude concluent que les enfants autistes pourraient manquer de certains nutriments comme le calcium et la vitamine D, et qu’ils n’ont probablement pas suffisamment d’activité physique. Ils ajoutent que le régime sans gluten sans caséine pourrait aggraver les déficits en calcium et vitamine D (la vitamine D étant ajoutée au lait aux Etats-Unis). Mais il est très délicat de tirer des enseignements de cette étude. Pour commencer, seulement 9 garçons suivaient un régime d’exclusion, ce qui ne permet pas des statistiques fiables. Ensuite, la mesure de l’épaisseur de l’os est un indicateur parmi d’autres qui ne permet pas de prédire valablement le risque de fracture. Enfin, des travaux antérieurs ont trouvé des taux élevés d’hormone de croissance chez les enfants autistes, ce qui pourrait expliquer que leurs os soient plus allongés et moins épais (5).

Il reste que les parents doivent rester attentifs au statut nutritionnel de leurs enfants autistes, qu’ils suivent ou non un régime d’exclusion. De nombreux aliments autres que les laitages contiennent du calcium, à commencer par l’eau et d’autres aliments aident à fixer ce calcium. Pour prévenir les déficits en vitamine D, les enfants, autistes ou pas, doivent être exposés au soleil aux beaux jours, et recevoir un supplément pendant la saison froide.

Les bénéfices du régime sans laitages sans gluten

Il est tout à fait possible qu’un régime sans blé ni laitages bien conduit, évitant les carences, mène enfants et adultes autistes à une meilleure santé. Les aliments qui contiennent du gluten élèvent souvent anormalement le sucre sanguin et ceux qui contiennent de la caséine font trop grimper l'insuline : donc ces aliments activent ce qu'on appelle la voie insuline, qui peut favoriser diabète et obésité et qui est un moteur majeur du vieillissement. Ils s'accompagnent d'une hausse marquée de facteurs de croissance, ce qui n'est pas une très bonne nouvelle pour la prévention des cancers. Ils augmentent aussi l'expression de marqueurs de l'inflammation, ce qui n'est une bonne nouvelle pour aucun système biologique. Enfin les uns et les autres apportent à l'organisme une charge acide nette qui est accusée de favoriser l'ostéoporose, la fonte musculaire et les troubles rénaux.

Le choix douteux des experts

Le rapport de l’Afssa qui fustige les régimes sans gluten sans caséine serait plus crédible et mieux accepté par les parents si la composition du comité d’experts choisis pour évaluer ce régime était irréprochable. Le professeur Jean-Louis Bresson, président du groupe de travail à l’origine de ce rapport est également président de la mission scientifique de Syndifrais, une organisation professionnelle qui regroupe les industriels des secteurs privé et fabriquant des yaourts et laits fermentés, des fromages frais, des desserts lactés frais ainsi que des crèmes fraîches. Une position qui ne fait pas du président de ce groupe de travail la personne la plus objective pour juger de l’intérêt d’un régime sans gluten et sans caséine et qui aurait dû le conduire à refuser cette mission en raison d’un conflit d’intérêt flagrant.

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(1) Teresa Binstock, Researcher in Developmental & Behavioral Neuroanatomy, Generation rescue, April 26, 2009

(2) Use of the single subject design for practice based primary care research. Janosky JE. Postgrad Med J. 2005 Sep;81(959):549-51.

(3) Amy Joy Lanou, Susan E. Berkow and Neal D. Barnard Calcium, Dairy Products, and Bone Health in Children and Young Adults: A Reevaluation of the Evidence Pediatrics 2005;115;736-743

(4) Hediger ML, England LJ, Molloy CA, Yu KF, Manning-Courtney P, & Mills JL. (2007). Reduced bone cortical thickness in boys with autism or autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, DOI:10.1007/s10803-007-0453-6

(5) Mills JL, Hediger ML, Molloy CA, Chrousos GP, Manning-Courtney P, Yu KF, Brasington M, & England LJ. (2007). Elevated levels of growth-related hormones in autism and autism spectrum disorder. Clinical Endocrinology, 67:230-237.

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