Faut-il encourager les diabétiques à manger plus gras ?

Par Sarah Amiri - Diététicienne et journaliste scientifique Publié le 26/03/2014 Mis à jour le 14/01/2021
Actualité

Un régime qui ne restreint pas les matières grasses et limite les glucides améliore les paramètres métaboliques en cas de diabète de type 2, au point parfois de pouvoir parler de "rémission" ou d'inversion de la maladie.

Pourquoi c'est important 

Le diabète de type 2 peut avoir de nombreuses complications : rétinopathie, neuropathie, maladies cardiovasculaires... Il peut être prévenu grâce à des modifications du style de vie, par exemple en augmentant son activité physique ou en modifiant ses habitudes alimentaires. Mais son évolution peut aussi être limitée, voire stoppée et même inversée grâce à ce même type de modifications.

Un des changements alimentaires qui semble efficace pour contrôler ou inverser le diabète de type 2 est l'adoption d'une alimentation pauvre en glucides et riche en graisses, de type low carb ou cétogène. Au point que c'est reconnu désormais par des société savantes comme l'association canadienne du diabète.

À lire aussi : Les effets du régime cétogène sur la santé cardiovasculaire

Les études

Dans un article autrichien paru dans le British Journal of Nutrition (1), les chercheurs ont examiné les effets à long terme (plus de 12 mois) de régimes soit riches, soit pauvres en graisses, sur la glycémie et les facteurs de risque cardiovasculaires chez des patients diabétiques ou prédiabétiques. Les personnes dites prédiabétiques sont à risque accru de diabète de type 2 : elles ont une intolérance au glucose, une résistance à l'insuline et une glycémie à jeun élevée. Le diabète de type 2 accompagne souvent l'obésité, mais on peut être mince et diabétique. Le foie jouerait un rôle important dans l'apparition du diabète.

Les chercheurs ont recherché des articles dans les bases de données internationales : 14 essais cliniques ont été inclus dans l’étude comptant 1753 personnes. Pour les chercheurs, un régime riche en graisses devait fournir plus de 30 % des apports énergétiques sous la forme de graisses. Résultats : les régimes riches en graisses conduisaient à une diminution significative des niveaux de glucose disponible (-0,19 mmol/L), de la pression sanguine diastolique  (-1,30 mm de mercure) et une augmentation significative des niveaux de "bon" cholestérol HDL (+0,05 mmol/L). La réduction des niveaux de glucose à jeun était de 0,41 mmol/L en moyenne.

Une pression sanguine élevée augmente le risque d’AVC (accident vasculaire cérébral) chez les patients diabétiques ; c’est pourquoi cette diminution pourrait réduire le risque de maladie cardiovasculaire. Par conséquent, un régime riche en graisses semble favorable chez les patients diabétiques et prédiabétiques, pour limiter le glucose disponible ou la pression artérielle. Une perte de poids limite l’incidence du diabète ; or, un régime low carb (pauvre en glucides) peut favoriser la perte de poids. Le fait de diminuer la part des glucides dans un régime s’accompagne généralement d’une augmentation de celle des graisses dans le contenu énergétique. Un régime low carb riche en graisses pourrait donc représenter une bonne stratégie pour les patients diabétiques ayant besoin de perdre du poids et d’améliorer leurs facteurs de risques cardiovasculaires.

Si une alimentation pauvre en glucides est intéressante pour contrôler le diabète, limiter ses complications, notamment cardiovasculaires, elle a des effets encore plus importants : elle peut, dans certaines conditions, inverser carrément la maladie (à condition d'être suivie à vie). C'est la conclusion de diverses études ces dernières années, appuyée par celle d'une méta-analyse publiée en 2021 dans le British Medical Journal (2). Cette étude a évalué les données de 23 essais cliniques avec au total 1327 participants en surpoids ou obèses, âgés de 47 à 67 ans. Les chercheurs ont comparé les effets des régimes pauvres en glucides (moins de 26% de calories quotidiennes provenant des glucides), très pauvres en glucides (moins de 10% de calories quotidiennes provenant des glucides) par rapport à des groupes de contrôle suivant dans la plupart des études un régime pauvre en matières grasses. Les scientifiques ont examiné les résultats après 6 mois et après 12 mois du changement d'alimentation.

Résultats : après 6 mois, les régimes low carb ont permis d'atteindre un taux de rémission du diabète plus important, une utilisation des médicaments plus faible et une perte de poids, sans effets secondaires ou complications notoires. Les résultats à 12 mois sont plus mitigés, conséquence, selon les chercheurs, d'une moins bonne adhésion à l'alimentation low carb.

À découvrir : Le protocole Reversa contre le diabète, le surpoids et la maladie du foie gras

En pratique

Ces alimentations sont souvent qualifiées de "régimes". Pourtant, comme l'explique Gary Taubes dans son nouveau livre Révolution kéto, "Il est inapproprié d’utiliser le terme régime pour désigner un changement de notre alimentation et de notre façon de nous nourrir. Mode de vie ou habitudes alimentaires sont des expressions plus adaptées. C’est pourquoi je préfère parler d’alimentation cétogène et non de régime cétogène. La raison en est simple et relève purement de la logique. Les régimes fonctionnent lorsqu’un changement d’alimentation, qu’il s’agisse des quantités ou de la teneur, apporte la guérison. Arrêter un régime revient à reprendre les habitudes alimentaires ayant provoqué ou exacerbé nos problèmes. Il serait illusoire de s’imaginer que les conséquences de ce retour à l’alimentation d’avant le régime seraient différentes de ce qu’elles furent initialement."

Pour mettre en place un alimentation low carb ou cétogène, il faut être accompagné par un professionnel de santé capable de gérer les changements que cela va induire sur le traitement notamment sur la prise d'insuline.

Pour aller plus loin, lire Révolution keto et Inverser le diabète et le surpoids avec le protocole Reversa

Références
  1. Schwingshackl L et Hoffmann G. Comparison of the long-term effects of high-fat v. low-fat diet consumption on cardiometabolic risk factors in subjects with abnormal glucose metabolism: a systematic review and meta-analysis. British Journal of Nutrition. 2014. doi: 10.1017/S0007114514000464
  2. Goldenberg Joshua Z, Day Andrew, Brinkworth Grant D, Sato Junko, Yamada Satoru, Jönsson Tommy et al. Efficacy and safety of low and very low carbohydrate diets for type 2 diabetes remission: systematic review and meta-analysis of published and unpublished randomized trial data. BMJ 2021; 372 :m4743.

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